‹ C. de Feuillide. L'Algérie francaiseChapitre 4 sur 12 · IV · texte numérisé non relu

IV

La coIoni£(atioD traînée à la remorque de la conquôle. — Conséquences de ià siiprémalîe du pouvoir militaire. — Les capitaineries, — £n|eigiBBi6Dt8 qtd cm doivent sortir. — Action des grandes armées syr les mœurs. — Habitudes développées par la vie militaire. — r Les cabarets. — Les absinthistes. — Sophistication des boissons. — Ce qo'etit fait im gouvernement civil. — Premières industries d'une coloiiie.

La part générale qai revient aux immigrants dans les désastres de la colonisation algérienne , je Tai faite très*-sincèrementy très-largement. J'ai donc acquis le droit de faire la part , si large qu'elle soit , qui a incombé aux pouvoirs publics, dans un pays où TËtat avait la prétention de tout faire, de tout conduire.

Sous ce rapport, le premier malheur de notre établissem^t a été que, durant bon nombre d'année, le gouvernement de la France n'a su ni à quoi notre conquête pouvait servir, ni s'il voulait s'y étendre pour en faire une colonie, ni même s'il devait s'y maintenir et la garder à Tétat de comptoir commercial et d'étape maritime.

Le second malheur né de ces incertitudes a été de donner à la conquête un caractère d'hésitation, de tâtonnement, d'intermittences, de temps d'arrêt, de mouvement de recul , qui en ont indéfiniment prolongé la période. Il est résulté de là que la colonisa-

U L'&LGËHIE FRANÇAISE.

l^q, œuvre (les tempsde pais, a dû suivre fâlalnnml toutes leâ phases dea temps de guerre. CoutniSiioq avdit la prétention de Taire simultâaéoioQt la befiogne de la guerre et le travail de la paix , que tiécessaùrexuent le soldai iQarchait devant le qoIou , ou sutior-

douna l'acliot l'action de celui-là, et

l'autorité milil lon-seulcment prépoit-

déranle , mais inipoleuce ubsoluo pour

la colonisation pit^te.

Loin de moi frapper sur aucune des

gloires, sur i ds noms militaires que

l'Afrique a rév et au monde. J'admets ,

pour le moment, comme iiécessiliis inévitables loua les fails de guerre qui ont été imposés à l'Algérie; n'étant pas écrivain militaire, je n'ai pas à les discuter; écrivain de la colonisation, je ne veux les juger que dans leurs résultats au point de vue de la colonisation même.

Envisagée ainsi,' la réunion absolue dans les mêmes mains de l'autorité qui conquiert et de l'autorité qui colonise a été bien longtemps funeste à l'Algériei' A celte heure encore, les conséquences s'ea font sentir, je ne dirai pas seulement par le sauvage syB"* tème des razzias à fond sur tout ce qui vivait eD> croissait au soleil, par les haines et les répulsionA que tant de deuils avaient laissées dans la race inâi-* gène, par la nudiûcation complète du sol, livré wnc extirpations, aux incendies, et où forêts, vergeMp moissons , faisaient place à l'envahissement des 1bz«»

i PREMIÈRE PARTIE. 33

Hanteët liroddSâiileà, tout cela, je ne Tinscris que poofiméidoire; mais je signale, et j*y insiste, les déipaMB dtis auit créations à la russe de villages militaires, de colonies militaires, de capitaineries ^ comme on les appelait , et dans lesquelles laboureurs , j^ntôcm, femmes, enfants, population uniquement eîvîle^ étaient, pour leur vie et leurs travaux, menés aux sonneries du clairon ou du tambour, comme des soldats dans un camp, comme au moyen âge ils Tauraient été par le fouet du majordome ou la cloche du befiFroi..,. Si même ce n'eût été que cela!

Le travail de la terre, plus encore que tout autre travail peut-être, pour attacher et porter des fruits de civilisation , a besoin de liberté. Or, le travail des capitaineries n'était libre ni à Tégard de Thomme ni à l'égard des productions de la terre. Il y fallait défricher, labourer, ensemencer, récolter, où , quand et comme le voulait le capitaine qui avait pris le villageà exploitation.

Voici qui était non moins exorbitant encore. L'autorité militaire s'étendait aux actes mômes de la vie sociale que les peuples entrés dans les voies de la civilisation laissent à la compétence des autorités civiles. Le capitaine mariait, et aussi, dit-on, démariait; il recevait les actes de naissance, de décès; rédigeait an besoin les testaments; à lui seul, compoaantVQ tribunal, il prononçait sur les litiges, et condâSHUrit niAurellement, sans rémission, tout ce qu^il omyait devoir lui faire obstacle.

LALfiÈRIE FHANÇAISK.

.. C'était rintroDisation d'une sorlo (le régime^, h targue, commQ autant de petits pachaliks oit souy^^i OD ressuscitait, au graud déplaisir des admioi^fréii, cerlaius droits et pratiques qui avaicat lini par dispurattre même du code féodal. Aussi les capàtaioerj^ n'onl-elles rier "-"■•"=• ■'" -ïôriaux et de boa.qqe

deux enseigD' militaire pouv mais DOQ la ci et le canon, a que le soldai t qu'à l'état de

cruier, que le pouvoir \oies à la colonisatioD, qu'il y faut, doq l'âpée la cbarruc ; le accond , urait exister autrement graphie ou de chanson,

et encore dans aes contrées si lointaines que nul i l'y puisse voir à l'œuvre.

Quant aux villages élevés par les niveleurs terribles du génie militaire, qui veulent tout aligner comme en face de l'ennemi et comme la fortune du combat les place, oii et dans quelles conditions de topographie et d'aménagements avaient-ils été coostruits? Hélas! mou Dieu! on ne s'était inquiété ni de la nature des terrains ni de la qualité des eaux , pas même souvent de leur existence , ni des insalubrités de l'atmosphère formées par les lieux environnant^. Parfois même , contre les faits qui auraient dû ouvrir les yeux et les entrailles, on s'était mis à bâtir df3 villages rectilignes dont tes maisons étaient liées ifie unes aux autres, sans espace, sans air, ni cours. 91 jardins, comme les baraques d'un camp, dan^ <lw positions où, durant la guerre, on avait Étati)^4^

t^bstes; îdks blockhaus d'où, tons les deuxjonrs, il iHilàiC aller retirer sur des prolonges les soldats minés

pktla' fièvre.

Tbilà ce qu'ont été les premiers villages de la colo* fiie, dont il me souvient que les journaux du pouvoir d'alors faisaient néanmoins sonner haut la construc*^ tion et Foctroi aux immigrants. C'est là que les gou*« verneurs militaires poussaient les populations d'agriculteurs venues de TÂlsace ou du Béarn. Deux fois, en moins de cinq ans , ces villages , que je ne veux pas nommer, remplis par les émigrations, ont été vidés par la mort. A cette heure encore, l'un d'eux, devenu une ville, est le seul où, vaincue par l'énergie et les travaux successifs de ses trois ou quatre couches de colons , la terre de marais , de broussailles et de palmiers nains, n'a pas conservé sa triste repu*tation de nécropole coloniale.

Il ne faut pas croire que, seules, des populations françaises aient ainsi engraissé le territoire des villalages primitifs ; il y a eu là aussi bon nombre d'Espagnols, de Mahonais , que n'ont pu sauver leur nature similaire à celle de l'Arabe et leurs habitudes de tempérance.

Ces villages sont encore debout et vides. On a parlé de les rouvrir aux immigrations nouvelles , dont je ne sais quel projet de compagnie en formation invite les conseils généraux de département à prendre l'initiative et à faire les frais. Mais je crois qu'il me sera pêrmid de dire qu'une expérience récente, faite pour

le cantonnement de deux oa trois cents tninspOrt^ envoyés ù l'empîerremeiil des routes, a prooVé'qoe ces affreux ossuaires étaient demeurés en possesèTori entière de leur poissancede déciinalton. Ah! pintôl que de continuera colonisation à ce prix, la FVeQce crierait : Péiiss ; non pas plutôt qu'un

principe, mais, jarilé humaine! "'i'

Que, livrés tre, prévenMs des dJBfilî

gers qu'ils y c( ms srtrs d'eox-m^mw!'

ayant foi dans on, dan» la trempe de

leur âme, s'y aventurer, c'est leur

affaire! mais le: nom de l'État, en faire

comme un don de joyeux avènement, tme sorte de première mise de fonds qui ne serait pas à dédaigner, oh! qu'on laisse dire les projets et crier lès compagnies! mais ce serait là un piège indigne.

Après tant d'expériences mortelles, l'État, aujoard'hui , refusera certainement d'en prendre la responsabilité.

L'omnipotente suprématie du gouvernement milî-' taire a exercé aussi une certaine influence sar fes mœurs des premières années de la conquête. OelH' tenait, et à l'essence même de ce gouvernement i"'ét' aussi à la permanence sur le pied de guerre dMod' armée nombrense. ' '"'"'

Il faut le dire, les habitudes de la vie des dâttps^ et de la caserne ne sauraient pas plus être des ^iments de colonisation dans les pays uottvëenï'^"/' qu'elles ne le sont de civilisation perfectionnée 'dia^â'

taiP) i^|pp^¥ 4(Kieime3» Partout, et plus encore dan& l^pC^p^j à^ expérimenter, le travail a besoin de* J^ip^^Qfi^^^^ioq^ra, de tempérance, de continuité : la pi:ésf^ce;4e grandes armées, avec leur cortège obligé dQ:P9ii|tiwer;B., ^eGIles, de muletiers, de convoyeurs qqi ^nocimbrenil les villes, les hameaux, les routes et qui s'épajrpillent; dans les campagnes, ne répand gu^re^que des exemples de fainéantise, d'ivrognerie, de libertinage*

. Cest que da^s les pays qui ne forment qu'une immense ville tenue en garnison, qu'un vaste camp englobant dans son enceinte une population civile égale à peine au nombre de la population militaire , celle-là, si forte que soit la discipline de celle-ci, en deviendra comme la très-humble servante, plus oa moins volontaire. Ses femmes, ses filles, son argent, son crédit, tout ce qu^elle possède, elle semble ne l'avoir que pour le tenir à la disposition des guêtres de cuir, des grosses bottes, ;des panaches et des broderies.

. Outre que je n'en ai point la pensée, le moment serait mal choisi pour dire tout ce qu'il y aurait à en raconter; maïs certaines passions, certaines habitudçi^:4év^oppée8 par la vie militaire, sont tellement tombées dans la notoriété publique, qu'il ne saurait y^^ycÂr d'wconvénient à les faire ress(H*tir.

A^ J^çp^^ de ces passions est celle des liqueurs for^}»;8(^), cambre de ces habitudes est celle de la sa^fipiif^/)(i|[}|a)BUres existent indépendantes de celles^

38 L'ALGÊBIE FRAS'ÇiAISE.

ci sans doute, tuais elles en reçoivent nne singulière puissance de surexcitation. On peut donc dire, sans calomnier les armées, que là où elles sont il y a un foyer et des élémenls toujours actifs de libertinage et d'ivrognerie. En Algérie, les ardeurs mêmes du climat avaient < )assious au delà de ce qu'on pourrail i moins que 168 mojWM nécessaires à 1 nent.

Le caractèrt on civile , trop bien dis-

posé, du reste nel primitif qui la com-

posait, en avi -ement affecté. Dan<^ les

villages, dans \ les campagnes , \e long

des chemins et des sentiers, il s'était élevé, et il y a encore, un nombre de cabarets, d'auberges, de ctintines, de cafés, hors de toute proportion non-seulement avec l'ensemble de la population militaire et civile de la colonie , mais , et bien plus encore , avec la population respective de chacune des localités où cette population réside. II est tel village, sur telle route que je pourrais citer, où les quinze ou Vingt maisons qui le composent portent toutes au rez-dechaussée l'enseigne d'un débit de boissons, et dont les étages supérieurs n'ont presque jamais été occQpés , et sont encore aujourd'hui complètement vidés.

Cause ou effet , peu importe ! l'nsage immmt^ des boissons en sortit, ou en fut moDstrùeuéeihéDt perpétué. La liqueur d'absinthe était la plus géfiiéiWementofferte, son usage est encore le plus unlversehement répandu. Aelleseule, l'Algérie en a éofaèbrttiié

, J^BEMIÈRE PARTIE, 39

'plq$.4ue tQutes les autres parties du inonde réunies. J^persomne, aujourd'hui, pas plus en Afrique qu'en ,praipce^, n'^t à savoir quels ravages cette boisson à .•exercés dans Torganisme tout entier des malheureux que l'on désignait par le sobriquet d'absinthistes. Tous s'en allaient et s'en vont encore trébucher à la iBort ou à la folie idiote , pire encore! Que de régiments Tabsinthe a décimés! que de hauts courages elle a abattus! que de jeunes et vigoureuses constitutions elle a ruinées ! que de nobles intelligences elle a éteintes! Et dans l'œuvre coloniale, que de défrichements elle a interrompus ! que de moissons elle a fait abandonner sur pied! que de ressources elle a épuisées! que de ménages elle a appauvris! que de femmes elle a rendues veuves, et d'enfants orphelins! Mais ce n'a pas été seulement de Texcès des liqueurs alcoolisées qu'étaient nées tant de maladies, aggravées de complications si diverses qu'elles ont longtemps fait l'incertitude et le désespoir de la science. Je ne sais où nos producteurs et nos commerçants vinicoles expédiaient leurs vins, les vins vrais , les vins des vignes de la France : ce n'est pas en Algérie , du ipoins. Malgré le haut prix auquel les ..vins y étaient tenus, je ne sache pas que, dans les .,Jhiàtel.s méme^les plus en renom, on pût s'avouer K^^'op, a,vait bu du vin dont le nom ornait l'étiquette ..^eotm^iné^ d'arabesques et de dorures. C'était quelque ,.çfao^df)plos> déplorable encore pour les vins de qua- .. J|t4JiQ(i^dQprey dits d'ordinaire , la boisson des petites

iO LALGÉRIF. FR.VNr,\ISF:.

fortunes, la boisson des pauvres. Lia vins natureliil étaient à l'éUit de mythe; on n'osait, on ne sardil leur appliquer le nom d'un pays quelconque: c'étail| bleu ou c'était blanc, voilà tout ce qu'on en pouvait | dire. Il en résultait une sorte d'empoisounemeifl 1 général qui brAUit 1rs entrailles, sous la Ooublsl inûuenca de i la soif , dont les effet» ]

sont multipli* m et une réaction ma* ]

tuelles.Si d'i 'altère, d'un autre côtéij

comme dit | i, rien n'alLère composa

de boire. . i . i| 1

Si, à la pla rnement militaire, qaii

par le milieu même sur lequel il agit plus parliculiùment , peut n'avoir ni l'idée ni la volonté de se heurter à de tels excès pour les affaiblir ou les briser, l'Algérie avait eu au début un gouvernement civil, dans l'essence duquel il entre une plus grande étendue de surveillance et de police sociale, j"ai toujours pensé que ce gouvernement se serait ému des périls que l'usage des boissons alcooliques et la sophistication des vins faisaient courir à ta colonie. Certainement alors, armé comme le sont en France le? pouvoirs sociaux pour intervenir dans toutes les choses qui, de près ou de loin , tiennent à l'utilité publique, il aurait, au nom du salut colonial, limité le nombre des débitants de boissons, ainsi que, dans un intérêt moins majeur et pour servir un odieux monopole, on avait limité le nombre des boulanger^ et des bouchers. , ..i .i)

1 II Iftorait avisé aosB à ce que, par une commission touîoQrs active de salubrité publique, une surveillance continue et sans merci eât été exercée sur la qualité! des liquides mis en circulation. A ceux qui auraient crié contre la diminution des recettes de douanes y d'octrois ^ de droits réunis, il aurait répondu par Taugmentation des forces vitales des colons. A ceux qui auraient hypocritement invoqué la liberté de l'industrie et du commerce, il aurait répondu que la sophistication des denrées n'était pas le commerce; que la gargottericy la ranrtwene n'étaient pas les premières industries à répandre dans une colonie naissante; qu'il y fallait d'abord les industries qui moralisent, enrichissent, créent le travail 9 et non celles d'où il ne peut guère sortir que paresse, misère et dépravation.

Tableau de la société algérienne aux premiers temps de la conquête.

— Effets du gouvernement militaire sur la colonisation et sur le budget de la France. — Une légion suffisait iiux Romains pour garder l'Afrique. — Fatalité attachée au gouvernement militaire.

— Obstacles à son acclimatement.

Absorbés qu'ils étaient par le tumulte des armes, pai^lesi préoccupations stratégiques et administratives de la guerre ; toujours entraînés à des déplacements

12 L'ALGÉBir FRANÇAISE.

qui porlaient leur quartier ç;éiiéral à toatea les nr^ 1

conférences où les appelaient les nécessik's de la conr 1

quête, les gouverDcurs militaires, ea euesenL-il$ oui

toujours l'intelligence et le vouloir, ne se montrtiieot I

guère soucieux et prévoyatits des inléri)ls tnalériols I

et moraux sur *

société civile.

la plus rompit

passer, qu'ils i

refréner dans i

tiennent aux (

danger pour la

e la formation do toutçl ^rent dans son exlensioç ï lu laisses faire , laisses I Cl pas toujours le droit de 1 me pour les choses quj j gi /ice. S'il y avait là 119 I :][ des armées, il y en eut im 1 bien plus grand pour l'organisation du pays.

Ne sentant plus sur elle l'œil et la main d'un pouvoir dirigeaat, l'administration, dans toutes ses branches, à tous les degrés de sa hiérarchie, se défend, s'individualise, s'habitue à ne voir dans les fonctions publiques qu'un moyen de servir plus sûrement et plus vite ses passions, ses intérêts, ses besoins, ses convoitises. Les administrés, qui ne voient la règle nulle part, et qui, venus là , pour la plupart, parce qu'ils en avaient été considérablement gênés dans la mère patrie, ne tardent pas à donner libre carrière à tous leurs appétits; ils s'appuient aux administrations, qui n'ont plus te droit de résistance, et le pays tout entier roule dans le cercle d'une sorte d'assurance mutuelle par complicité.

Que devraitnl donc arriver le jour où, ne so bornant pas au laissez faire, laisses passer de l'œil qui

ne vo\i pas , de Tôreille qui n'entend pas , le gouvernement militaire, entraîné par les ivresses d'un pouvoir qàê nul auprès de lui n'est ni assez osé ni assez fort pont contrôler ou même pour avertir, serait le premier à donner l'exemple du relâchement de tous les liens moraux qui rattachent l'homme public aux devoirs de sa charge ? Jusqu'où n'iront pas les imitalions de tous les fonctionnaires , anneaux d'une même chaîne où frissonne et court l'impression de la main qoi les fîait mouvoir? Les administrés, voyant lés barrières enlevées par l'autorité même qui avait mission de les dresser, jusqu'où n'iront-ils pas aussi dans leurs déportements ?

Or, qui ne se souvient de ces exactions, de ces pilleries, qui, commencées aux trésors de la.Casbah , s'en allèrent se continuer dans toutes les branches de l'administration militaire durant les premières années de notre conquête ? La France en a été toute murmurante; la presse, la tribune en ont flagellé les impudeurs; la justice en fit comparaître sur ses bancs les auteurs pris parmi les plus hauts ; et le souvenir de toutes ces vilenies est tellement resté attaché à leurs flancs, que les services rendus plus tard, Téclat des victoires et les suprêmes dignités de l'armée n'ont pas toujours suffi à les laver.

'Aussi la société algérienne offnt-elle alors, dans ses mœurs et dans ses allures, un ensemble et des détails dôàt le tableau serait bien capable de faire reculer Hiistôriëti et le moraliste.

« I.ALGEKIE FRANÇAISE.

L'aaure, la spoliation , la vénalité'étaienl'{tQit«l0{*,' s'étendaient à tout. . -mi.,

i Que de récits j'ai entendus tout haut, en place publique, touchant des dossiers fatalement tombés aux mains des parties adverses, des billets rendus, des actes fraudule— -, -""s ti',res altérés, de (ans envois en possessif 5 arbitrages vidés au moyen

d'un chiffre de cor iju'on cite jusqu'au dernier

centime, des suc as l'ées avant scellé, des

propriétaires dépo et | sant ensuite pour de»

coquins qui ne pi u pas leurs dettes! Que d'achats

et de ventes illicites! que de marchés passés dont les contractante su volaient à qui mieux mieux! Que d'avances d'argent sur des milliers de bceufe od â^ cliameaux qu'on se proposait de conquérir dans uno razzia prochaine, et à laquelle il fallait bien se lanc^ pour payer ses dettes et renouveler son créditl Qudle extravagance onéreuse dans les Trais de justice! Que de concussions , de vols audacieux dont l'État a été la victime, dont le personnel et le matériel de l'année, hommes et chevaux, ont eu à souffrir!

Les révélations contenues dans les mémoires du roi Joseph-Napoléon sur ce qui se passait dans les'' armées des premiers temps du premier empire ne' sauraient donner qu'une faible idée de ce qui â'eslJ> passé dans toute l'Afrique bien longtemps ■encore après tes premiers désordres de la conquête. Un jdni* l'historien n'en finira pas s'il veut recueillir tons'iegi: faits de ce genre qui vivent dans la mémoitendeB'-

cQPlei»pprain8 de 1 -occupation, et dont les héros , venns en Algérie avec des bottes éculées , ont fait la ftmMtfimd^ûB de belles maisons mauresques et sur de tnagnifiqaes chevauK arabes!

Oh:! la ¥ieilie Afrique, TAfrique romaine, l'Afrique desiprooonsols, des préteurs, des exacteurs, l'Afrique des pensionnés de Jugurtha, des grandes concoB^ns civiles et militaires, a dû tressaillir dans les ruines dont lesGoths et les Vandales vengeurs lui ont fait un tombeau. Elle a pu croire un moment que rheure de la renaissance allait aussi sonner pour elle!

Si de l'inSuence exercée sur les mœurs par le gouvernement militaire nous passons à Faction quMl eut sur la fortune publique de la métropole et sur l'extension du principal élément de la colonisation, nous serons amené à dire que le maintien de ce gouvernementy quand il n'a plus eu. sa raison d'élre dans les besoins offensifs et défensifs de la guerre, a lourde* ment grevé les finances de la France, et qu'il a gêné la saisine et le travail des terres par les immigrants de TEurope.

Il a gêné cette saisine et ce travail par la division de l'Aigrie en territoires civils et en territoires militaires^ s'enchevètrant les uns dans les autres dans des. conditions souvent arbitraires, de pure conven* tiouf «etconiservées bien en deçà des lignes d'opération eliidQ frdntières, après que ces lignes et ces frontière^' a¥0fmt ^té portées plus loin. La cause en a été sans aMbn doute dans le désir de conserver le plus poé-^ '

5ible des influences et des iwsitions dans les admi^ nistrations mililaircs auxquelles lea territoires tiB guerre étaient confiés, et qui gravitaient autour dti goavernement général pour en rehausser l'éclat 01 l'aclion. "'

Il a Ole oni^rptix au budiret de la France, par lit nécessité qu'il mr conserver un grand

comraandemer la te d'Abd-el-Kader et lil

paciScaiiou gt », de maintenir l'armée

au grand comi ;d d guerre. De là des divi-

sions et des SI ù )l y avait plus de soldats

que d'hatiitan ; qui se vent, tant elles étaient

pressée^^ Ils unes contre les autres, n'étaient pas séparées par six faeares de marche à travers des solitudes : ainsi dans le seul département d'Alger, la division de Blidah, et les trois subdivisions d'Alger, de Médéah, de Milianali.

Cette permanence d'une armée, cette organisation tonte militaire, ont eu aussi leur contre-coup sur les destinées de la colonisation. Bien certainement le peuplement de l'Algérie en a été retardé.

Il s'était accrédité en France cette opinion qu'une terre qui, pour être gardée, avait besoin d'un nom^ bre si considérable de soldats, de la permanenèë d'une sorte de mise en état de siège, après même qu'on avait proclamé ta soumission des indigènes <il la consolidation définitive de la conquête, était une terre qui n'était m aussi conquise ni aussi pacjflé^ qu'on le disait, et qu'à tout prendre il ne devait>p^

UroPifaire bon s'y aventurer. On allait jusqu'à dire qoeai^aprèa vingt années de razzias, de refouleinent3 «i(4'^lirpatiaD0 , on n'avait ni conquis ni pacifié TAlgérifiy le.plus sage était d'y renoncer. Ainsi la confiance allait au rebours des eCTorts et des systèmes d'où on l'attendait.

, Or, quatre* vingt mille hommes, soixante mille hommes même, après la chute de l'Émir, et aussi un peu avant, ont*ils été nécessaires à la pacification, à la conservation de notre conquête? Je dis non. Cette réponse ne va pas tarder à être justifiée dans la suite de ce travail par l'étude des mœurs et du caractère arabes, individus ou nation.

Aujourd'hui je dis seulement : Sous Auguste, l'Afrique romaine, ayant pour frontières au midi le grand Désert et au nord le grand Atlas, a été occupée et maintenue par une légion seulement, soit 1 3,500 hommes; sous la domination turque, les deys ont pu tyranniser l'Algérie tout à leur aise avec huit mille janissaires environ ; et la France, quand elle ne possède qu'une partie de l'Afrique romaine, ne pourrait pas faire ce que Rome a fait! Les résultats que la tyrannie a obtenus par la violence, nous ne pourrions pas les attendre des enseignements pacifiques de la civilisatJM>n? Mais alors que sommes-nous allés chercher en Algérie? Qu'y attendons-nous ?

Au demeurant, Texpérience s'en fait à cette heure. 3ien qu'elle ne s'accomplisse point à la suite des con- 4iitions matérielles et morales qui auraient pu nous

i» L'ALGÊBIE PBANÇATSE:

attacher ei omis asamilâr ^m b-4 les .arabes, U en ressortiia la preuve que Jepoiâ longtempe b Franoft poQvait, sâDs danger pour la IraoquîlUlé et la eom^ serratton de sa coaqnèle, ilê^rnir lAlgérie de Itoapes, et réduire leor eOéclir mâaie à mcHoe de via^ cinq mille hc— — " - ■

!rcbes à Iravera les aclM leur innuenoe snr notre ux que j'ai signalés ont loduirc; c'est poor o^ les signaler. Quant ans jours , les Qlts poemnit rue dans la suite de cei

Je dois boi

du gon^ ernei établissemenl pour la pluf que je nie su Taits qai se a

arrÏTer à leur |...ve nutu chapitres; les autres, je devrai les laire : le gouvernement militaire est encore le gouvernement de l'Algérie.

Quoi qu'il en soit, je reconnais que les mains auxquelles ce gouvernement est confié aujourd'hui ont fait de leur mieux pour lui enlever son caractère . absolu, pour le plier aux nécessités et an progrès de la colonisation.

Mais si la plupart des faits qu'il ne m'est point permis d'indiquer sont fatalement condamnés à M perpétuer, ne sera-ce pas la preuve la plus banté qu'ils sont inhérents au système même du gouverne^ ment militaire, à l'essence de sa constitution et de sa suprématie, contre lesquels, par conséquent, ni l'ià»lelligence, ni le caractère, ni le bon vouloir d'uv homme ce pourraient prévaloir? i -^r

Le pfatt' grattd obstacle à raccHmatement do goamilitaire parmi nous viendra toujours des I, ée^ babitndes, du caractère que nous a faits le km|; exercice des franchises de la vie et de la société civiles.

Nous aimons le bruit des armes , le son du tambour, les chants des fanfares; nous courons aux riches uniformes, aux habits brodés, aux grands plumets, à la belle tenue des régiments : notre fierté nationale en est rehaussée en môme temps que nous y trouvons une garantie de notre force et de notre indépendance comme peuple. La protection même de répée ne nous déplaît point trop ; car avant tout le Français a le besoin et veut la certitude d'être protégé. Mais il entend que celte proteotion se tienne à distance, ne vienne qu'à ses heures, quand il l'appelle, quand il se sent disposé à lui faire le sacrifice passager de sa liberté d'action et de locomotion; sa permanence l'inquiète vite, et jeîtle la perturbation dans les aflaires. A la ville, aux champs, une sentinelle toujours placée à sa porte ou à la tête de ses sillons le générait; il travaillerait mal ou ne travaillerait pas du tout, il fermerait sa maison et ses ateliers, et ferttt rentrer ses bestiaux à Tétable. C'est que dans le gouvernement militaire il y a une rondeur de eomniandement, une soudaineté d'obéissance, une absenœ d'initiative et une abnégation de libre arbitre auxquelles répugne essentiellement la vie civile, quelque peu formaliste, très-friande du droit d'examen,

W L'ALGitniE FRANÇAISE.

el dont toas les progrùâ sont das principalement à la libre volonté et à l'esprit d'initiative.

On se plaint trés-sduvenl que, dans l'administration civile, dans ses complications , dans ses rouages, dans la consciraoe exagérée qu'elle se fait de soa importance, " — '"■" """^'lactés , Irop d'entraves, trop d'immi: <ar voie de réglementa-

tions et d'au nous semblera-t-il donc

si , après avi li tant d'entraves, on esl

condamné e. comme par un deroi£r

degré de juri .ralive, à travers lc<t im-'

mixtions, le a, les autorisations et les

îrresponsabitiies eu dron et en fait de radministralioD de la guerre?

C'est là pouEtant la loi imposée à la colonisatJoa algérienne.

Après avoir dit quelle influence le gouvemeraent militaire a exercée sur la race conquérante anx premiers temps de notre établissement en Algérie, Je vais dire ce qa'à la même époque Tinfluence de ce gouvernement a été pour la race conquise, pour les Arabes. '

Ml>irBMlÈRfi 1»ABT1B;

si I- \iy>'r. 'i;:*j! .(!>■; A,

Faute de« premiera chrfs de la couquéte. — L'élément arabe mécoaiia et o|)primé, -7- Pourquoi? — Les brocanteurs et leurs spoliatious.. — Aspect du Sahel algérien. — Abus de la con(]uéte. — Causes de la gxierre h outrance. — Dénigrements et démentis. — Les deujt côiés (le U nature arabe. •*- Tout contre l'un, rien pour l'autre.

. — Système d'extermination et de refoulement. — Son impuissance colonisatrice. — On voudrait retendre à la Kabvlic. — Moven pacifique de la conquérir. — La loi de l'intérêt.

Bien avant mon séjour en Afrique , quand on reoevait lea bulletins de nos victoires et parfois aussi de nos revers , j'avais entendu poser et je posais moi-0iéffle cette question : « Ne pourrait-on s'établir en Algérie sans exterminer et sans opprimer les Arabes? »

Aujourd'hui y en toute sûreté de conscience , je réponds : Oui !

Quand nous entreprîmes la conquête de l'Algérie »

Dous n'avions aucun système arrêté d'occupation :

très-différents en cela des Anglais, qui ne préparent

et n'accomplissent une conquête que le jour où ils

savent bien ce à quoi elle peut leur servir et qu'ils

sont résolus à lui faire porter tous les fruits espérés.

Nos hommes d'État, nos généraux, nos marins n'en

connaissaient à fond ni la mer, ni les côtes, ni les

{K>pulation8 , ni les mœurs , ni le pays, ni la société,

ni le gouvernement. Pour nos hommes d'Etat, pour

M L'ALGÉRIE FltANÇÀLâE.

DOS généraux, comme pour le vulgaire, l'Algém'l était, sui' les côtes, un nid de pirates qu'il fallait ae^ toyer, oL dans les terres, uoe tourbe de saiiyagftâ qu'on poui rait exterminer ou refouler comme Jea tribus de l'Amérique.

A riieiire ■ ■ ' ■ ■" )n rencontra wjr.ia cOAB I atricaine le n q le Toudroya. A l'l>eui;e

de l'occupaiif que la tourbe sauvage

était des pop au sol par ragricullure

et par une a îié. Elles se monlrèreot

peu disposée: xlerminer; elles étaient

nombreuses i avaient dans leurs œw

tagnes des positions lormiaables. Elles furent ausa fort peu soucieuses d'élre refoulées; derrière leurs moDtagnes il n'y a plus que des subies, le désert.

C'étaient les races arabes.

Le ressentiment de la conquête turque^ alourdie par la perpétuelle oppression du sabre, y vivait énergique dans toutes les âmes; et on y était prêt à faire alliance avec toute puissance, indigène ou étrangère, sans distinction de religion ou de mœurs, qni.^a délivrerait le pays. Aussi, au moment de l'iny^iqn de notre armée, la race arabe ne se leva:t-ellje,,j;99 en masse. Malgré les appels réitérés faits au^.fj;ib98 de la plaine et de la montagne, on ne vît guère ii>^s les combats de Sidi-Ferruch et de Staoiieli qufljps burnous des environs ou les goums enrùlés d^IW^ longtemps dans les troupes turques à tilCQ. 4'8|ifr'~ liaires. „ „„„^

'^' ^ ©i^l toùjôtirs le châtiment de la tyrannie de s'a* |ièfdéW>Çf, StfîC jotïre de l'invasion, que des bras 'liiètaftHâ de chàines n'ont ni la force ni la volonté de sië^le^r ïrtimr la défendre.

Il y eut plus : quand la chute du gouvernement ttn'c fut^'ûonsômmée, les chefs des principales tribus ' 'de )i plaine se hâtèrent de faire parvenir ou d'ap- ' portée leur ^umission. Bien que par leur position 'géographique ils fussent pour longtemps à Tabri de nos armes, les beys de Tittery et d'Oran en firent autant : celui-ci même prêta serment à la France entre les mains du vainqueur. Cette défection des Arabes ne fut pas comprise. Peut-être les chefs de Texpédition eurent-ils, après quinze ans de paix, des intérêts de gloire et de combats à ne pas la comprendre et à ne pas l'utiliser pour asseoir pacifiquement notre domination.

Il est dé principe élémentaire , en matière de conquête, de se servir des indigènes pour avoir action • sur les indigènes , et s'il existe des rivalités de races 'ou de castes, de les opposer les unes aux autres pour 'téduire à Timpuissance toutes les résistances de Ten- ^i^emble. Or en Algérie il y avait, il y a encore trois '^'éïî'mêmè quatre races fort distinctes et fort hostiles "èrifré èllie* 'r les Maures, les Juifs, les Arabes, les Ka- " bylëàl Peut- savoir la race à laquelle il fallait s'ap- " *|itiyfer tdtit d'abord, et avec elle contenir les autres, ""li^i^f àVà?t qu'à connaître leurs forces respectives, comme nombre d'abord, et ensuite comme instru-

ïi L'ALOÉRfE VHANÇAISE.

tnente die l'orcu{}atlon , suivant co qu'on 'ènTOultilt' ferré. ■ ■• ■ I ■■ ; -.,■;■. , „.'|

' Si l'on n'eût Voulu l'oudef à Alger, surlo litlor«4^, ■que des enircpôls, des radOreries, des cOBijil pour notre comàïerce, des poinis de relâche pourj notre maririe, ertl lallii s'adresser aœf!

Maures, mf^nn itani les villes, tenant le

commerce; m ime oale fit pew de jours

après la prise cer dans l'intérieur du

pays, il aurai iréocruper de l'élémaft

arabe, puisqu' aient la presque lotalilé

du sol. Sons ] maux qui s'en sont éni-

soivis, il eût été à ta foi?! habile et moral de montrer qu'on voiiliiit faire coinpio avec lui, v.n réglant la nature des relations des vaincus avec les vainqueors, en garantissant des conditions de bien-être et dé liberté individuelle, sinon de nationalité indépendante. Certainement, fatalistes comme ils le sont, les Arabes auraient accepté; façonnés au jong, ils auraient trouvé un maître meilleur dans le maître nouveau.

Au lieu de cela, que flt-on? Ce que le gouTerae^ ment turc lui-même n'avait p^ essayé, le goovwnffment militaire de la conquête l'entreprit. Des Mdnre6 furent nommés agbas, caVds, cheiks, pour adminf»^ trer les Arabes. Or, c'était, et ce devait être là poiàr les tribus lé comble de l'humiliatton et de la (yrannMi: la France y atteignait du pmmier coup. tVA^Âbe', agriculteur et pasteur, professe le plus grand nùép'^ pour le Maure citadin, marchand : un marcantèt Q^

n'ai fMiB entendu Tacoeot de dédain qup^ les Arabesi à Toccasion , mettent à prononcer ce mot de la langue 5(i6ir> ne se fisra jamais une idée de ce qu'il y a d'orgueil de race dans celte nation .

Les chefs des tribus firent entendre des réclamations ^ XHi n'en tint aucun compte. Ne voulant pas se résoudre à passer sous l'exploitation des Maures, avec le sabre français pour protecleur, ils se résolurent alors, mais seulement alors, à faire parler la poudre. Nous lançâmes dans le pays les colonnes victorieuses du littoral où déjà, par des actes inutiles de dévastation, d^ sauvagerie, nous avions démenti les belles phrases publiées sur le but civilisateur de Texpédi-* tion. On aurait pu croire que nous étions, non le châtiment, mais la conlinaation de la barbarie.

L'ardeur belliqueuse des généraux et des soldats, non plus que les idées de domination absolue, ne furent pas les seules causes de cette première chasse aux Arabes, qui a été suivie de tant d'autres.

Les premiers arrivages de France avaient apporté celte foule d'opérateurs et de brocanteurs avides qui se précipitent sur les pas des armées victorieuses |K)ur ramasser et se partager les dépouilles des pays conquis* Déjà, dans Alger, la terreur avait fait bien des émigrations; bien de belles propriétés étaient p^i^^s pour un peu d'argent, fort au-dessous de laiir valeur, aux mains de spéculateurs qui en avaient jété mricbis. Les soldats racontaient des merveilles 4€i plateaux et des vallons qu'ils avaient franchis,

36 LALGEHIE FRANÇAISK.

etoù ils n'avaient encore ni tout Iirt^li';, ni lont dà' vaste. Dh haut des ruines du fort de rKm|XTe«r, des tours de la Casbah, des terrasses élagces da la ville, des collines qui dominent la mer, l'œil courait sur le magnifique et verdoyant emphilhi^âlre du Sahel algér'""* ""■■■"«■■f -^^ belles maison» maoresqups qui, : -ailles blanches, Iclin;

feni'lres grillée 3, leurs saillies, leurs

angles rentrant s de roses et de hauts

jasmins, ressen lupes de vîlla^R. Puiii,

loin , hien loin ■■ immense qui du Salicl

s'étend à l'es) ong de l'Atlas sur une

superficie de so in longueur ot de dix

ea largeur, apparaissaient de riches et fertiles Imnwhx avec leurs bois d'oliviers, d'orangers, de citronniers, de myrtes, leurs moissons jaunissantes d'orge et de fromeot, les gourbis des Khammas, leurs tentes en' poil de chameau, leurs innombrables Iroupeau'x de bœufs et de moutons, et leurs chevaux bondissant' dans les prairies de TArracb, du Hamise et de l'Ooed-r Kerma.

C'était à renouveler la tentation du Christ sur la: montagne; c'était à donner son âme au démon pour' devenir maître et fwssesseur sur cette nouvelle lerro' promise. . ■ . ; , .)

— Que de bonnes spéculations, de bons marcbési il y aurait à faire, si peu qu'on sût exploiter la frayeur! répandue par les premiers succès de nos «rmes ! Certes, les Arabes ne demanderaient pas mieps^ ait

échange de quelques pièces d'or, que de s'en aller bien loin: de ceê Rmimi, de ces chiens de chrétiem qui yenaieaV fiûuilier de leur présence la terre des vraiS' croyanis, des enfants de Mahomet! S'ils refusaient, bonne aubaine ! on les chasserait. S'ils résistaient par )ea anne», meilleure aubaine encore! le papier des^ cartouches du soldat ferait une œuvre plus solide et surtout plus rapide que le papier timbré des notaires : il n'y aurait plus rien à débattre ni avec les possesseurs , ni avec leurs héritiers. La terre au premier ocoupant, sans bourse délier, et possession vaut titre : voilà le droit de la conquête !

C'est de ces convoitises, qui, des brocanteurs arri^ vés de France, passaient par les employés de l'administration, pour monter de là, par la complicité de hautes tètes, jusque dans les conseils supérieurs de l'armée;, que les généraux subirent la pression. A l'heure qu'il est encore, comme quelques-uns des indigènes qui avaient fui sont revenus; comme ceux qu'on avait foudroyés ne sont pas tous morts, ou qu'ils ont laissé des enfants échappés par miracle, les* tribunaux de l'Algérie ont souvent à revenir, pour en faire justice, sur quelques-unes de ces brutales et commodes mises en possession, auxquelles sauvent les moyens les plus honteux et les plus retors de la iiiicane avaient donné une sorte de consécration légale.) •

Si^t des premiers faits de la politique militaire, qui dès les I premiers jours ont violemment molesté la Mh^

L'AIGËIUE fBANÇAISE.

UoQalité arabû, on veut entrer dans la muUiplicilé iaSnio des actes de dévaslatioiie, d'exacttous, du meurlres, de; viole qui en ont spolié, ruiné, outragé, déciuiti les individualités; si l'on ee dit que l'Arabe

est une race intelligente, ûODséquent à — "*"- ''" ches de ses e oOQvaincu, co vre avec cette Juitke, doucm démontrent, ( suivi la ruine

ne, réservée, habile par "tes les fausses démarou crimes; ai l'on est qtie la politique à suiisumer en trois mots ; )mme tous l(?â faits \a la pacification qui a r, les tribus, qui n'ont

plus de déboucu^^ |»)u> le» |Jioduclions de leurs cul* tures, se fatiguent vite de la guerre et courent d'ellesmèmea au-devant de la soumission; si, eo se rendant compte des succès de l'Émir en dehors de toute superstition soit religieuse, soit politique, dans la résurrection de la nationalité arabe , conquéraate et dominatrice, on est réduit à s'avouer que l'Émir n'a si longtemps passionné les Arabes que parce qu'il les gouvernait avec douceur et justice; s'il est vrai» et cela est vrai , que les gouverneurs et les généraux français, en petit nombre, qui ont été justes et doux avec les Arabes, comme les Voirol, les d'Uzer, les Duvivier, à Alger, à Bône, à Oran, ont été respee-f tés, aimés et fidèlement servis dans leurs louables efforts de pacification ; s'il est vrai aussi , et caJa est encore vrai, que, durant la première période «teU conquête , les grands soulèvements des tribus^i >les

Éèufêvèitteiits 611 masse ^ ont ea pour cause, de notre pbrt, *âeë eolèrements, des incarcérations, des exé^ ceiioM "à «lort accomplis sans jnsiice, sans raison, 9dr dei marabouts, des caïds, des aghas, alors même que (M'Cbeft étaient porteurs de nos sauf-condnits, ainsi ipie cela est arrivé sous le gouvernement du ducde Rovigo, à Alger, et du général Boyer à Oran; si, la rougeur au front, on est forcé de convenir que, dans cette première période de la conquête, la France n'a guère présenté à la race arabe, comme spécimen de notre civilisation, qu'un ramassis impur de spéculateurs s'abattant sur les propriétés, maisons et terres, poussant aux batailles, pour obtenir à vil prix, par la terreur, des ventes, des transactions, des marcbés, il fandra bien reconnaître que les Arabes, non plus seulement comme peuple qui ne veut pas être exterminé, mais comme membre de la grande famille humaine «yant droit à la vie et à la propriété , ont été contraints par nous, pour se défendre, de guerroyer à outrance; que c'est par nos propres excès, et non par les leurs, que nous sommes entrés dans le système de T extermination et du refoulement. ' Cela est clairement apparu par les actes dont, malgré leurÉ légitimes griefs, toutes les fois que nous leon en avoi» ofiert les moyens , ils ont fait un dédaenti pour les hommes qui prétendaient qu'où ne ^i^avait les gouverner qu'avec le sabre et le bâton.' 'On exterminait les Arabes, disait^on, à cause de

fthr'pèrfidie et du peu de foi qu'il fïillkilà(/tfà^ëi"l^ leurs promesses les plus solennelles; ëh biëDÏ'ett 1833, à OraD, sous le général Des Michels, noè soldats eurent pour auxiliaires volontaires contre une Htlaqiie dirigée par Abd-el-Kader les otages mêmes

qui nous avaie Nantie de la soi forcée l'épée î On exterraii vailleraienljac leur présence toute en [repris tnenfs, de cuKuk

ar les Zméta, pour gaj iribu que l'Émir aVail rcher avec lui.

in disant qu'ils ne Irai pour nous, et qu'ainsi t un éternel obstacle à canaux, de défriche- . voua que, sous le gouvernc-

nienl du général Voirol, malgré les destructions, les razzias qui avaient désolé les tribus, il se présence un si grand nombre d'indigènes pour travailler sur les territoires de la Ferme - Modèle , delà MalsOn- Carrée, del'Arrach, de l'Oued-Kerma, où le géniô militaire exécutait des travaux de terrassement et dé dessèchement, que, les crédits ouverts ne éufRàant plus à les payer, on fut obligé, pour les ^enToyer, de restreindre les travaux.

On exterminait les Arabes sous prétexte qu'its'éà^ (erraient , gâtaient ou brûlaient leurs defiré^' 'potik* n'avoir pas à nourrir nos troupes; et ' voilà '(jù^rt camp ayant été établi sur tes bords du Haoiièe |Mtt^ protéger la coupe des foins dans les belles prâ^ék que celte rivière arrose, les Khrachnas, Tuné dëé'Jiltl's pùissanted tribus de la plaine, loin de contrarië^'d^tië

PHEMIÈRE PARTIE. 6^

^p^rajliçiQ 9 . ^Il^jent chaqae jour approvisionner en ^OBfJ^ppe le ma^rché du camp.

^]^On^jp.l^vjpin^i les Arabes parce que, disait^n, i)s. ne. .voudraient pas louer leurs bras aux travaux §^qÇQ|eâ^,de3 conquérants, et que dès lors il fallait . b jen , jfj^ire de Ja place aux travailleurs qui viendraient. d'Europe; or l'administra tion concède à un Polonais, le prince de Mir, cinq fermes du domainç de la Bassquta, d'une étendue de plus de trois mille hectares, Il n'avait même pas été tenu dans cette C0QCÇ3sipn le moindre compte des droits de la tribu des Aril^s^ auxquels partie de ces terrains avait été donnée antérieurement à titre d'échange, quand, en récompense de services rendus, on les transplanta da0S cette partie de la plaine. Il arriva néanmoins que les Aribs^ au nombre de deux cents, s'établirent et travaillèrent sur le domaine, à titre de colons partiaires du cinquième. L'exploitation fut presque tout arabe , et la tribu entière vivait en parfaite intelligence avec les quelques familles européennes qui s'y étaient établies. .

Bien plus, le prince de Mir avait élevé une croix en fer sur le fpiUe du bâtiment principal, et les Aribs r^peclèrent ce signe, qui s'y trouve encore, d'une ,çray2|nee contre laquelle on prêtait aux indigènes une l^^jiie fqq^tiqiie. Or, ceci était d'autant plus signijS,çal,i^,que: les 4^^^^' sont originaires du Sahara ; que, ^yi^nu^^; anciennement sur les terres de la province ^]9f^H^,jl^yj3iyflûentété inquiétés, dit-on^ pour l^\^rp

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