L-AL(rÉHIE FRASPAISK
brigandages, parles autres tribaa; et que, loraqu'elld les établit dans la plaioc de la Middju, l'admlnietra"^ tion française fut obligée de leur délivrer en masse dM lettres d'oubli et de pardon.
On exterminait tes Arabes parce que, assurait-on edcore, les tri" cofunie une n< alliées, nos au de la Tafna , i Kader, les tribi maintenu notr cations, aux n m^e do l'Émi
qoi forment chez eux ne seraient jamais nos es le traité malheureux la puissance d'Alid-elesquelles ce traité avait résistèrent aux provosmesses, aux violences iiie» eriirerent avec leurs chefs dans les rangs de notre armée, et formèrent ces corps réguliers et irréguliers de Spahis qui ont si vaillam<-' ment combattu pour la conservation et rextenston de notre conquête.
Ce. sont eux qui , agents actifs et dévoués de TiHi-' torité de leurs caïds, de leurs kalifas, investis par la France des soins de la police arabe, mainlienoent parmi les outhan l'ordre et la sécurité. Dans les vallées qui s'étendent entre les deux chaînes parallèles du grand et du petit Atlas, les tribus dont nous avions dévasté les terres, et qui s'y étaient réfugiées,, fon^' mèrent elles-mêmes les passages aui irraptioos' de' l'Ouest et de la Kabylie.
Enfin on exterminait les Arabes sous prétexte 'que' nous n'aurions avec eux et par eux ni commercev ni' culture, ni rien de ce qui met en communicatJoo'pa»*'
ejfi(|oç Aun peuple avec on autre peuple; et toujours pan {4106; iùootradiotkm flagrante qui oondamnaît le Sfatèmeï de > Textermination et du refoulement , aw moment même où ce système était pratiqué sans merci, les généraux les plus batailleurs faisaient entrer dans leurs calculs de pacification future et de soufflussion immédiate la nécessité où allaient se trouver les Arabes de se présenter sur nos marchés pour les échanges et Técoulement de leurs produits et de leurs denrées.
Comme je n'ai point l'intention d'écrire une his^ toire comparée des nécessités du système d'extermination adopté avec les démentis que les Arabes leur donnaient, je dois me borner aux faits que je viens d'indiquer. Mais je les tiens pour autant de jalons entre lesquels les historiens futurs de notre conquête auront à en grouper une multitude de semblables. Il en ressort cet enseignement qu'après avoir manqué de volonté pour faire compte avec l'élément arabe, on a manqué d'intelligence pour en tirer parti, ou qu'on n'a su ni voulu étudier et reconnaître les deux côtés bien tranchés du caractère qu'il présente. Dans l'un, il y a l'orgueil de nation, qui enfante l'humeur belliqueuse quand il est humilié; dans l'autre, il y a Famoar excessif du lucre qui Tassouplit et l'éteint.
On s'acharna sur le premier, dont on fit arriver la conséquence jusqu'à une sorte de paroxysme qui le reculaitdaas la barbarie. On refoula, jusqu'à Tanéantifî^ile second, qui aurait hâté l'entrée dans les voies
té, L'ALGÉniK KRANÇAISE,
4» U civilisatioD. Les peu[>les civilûâSt en eQfet,.iM soDt poiut ceux qui se bdlleut : ce goat œuitqui foo^ l'écliange et le commerce. L'or, et non pas lo féri est le signe teprésentatif de la valeur intellectuelle iJe:^ nations et des.,wdiv4âiis. Avec le Ter on e\(«nDiH les Arabes; f — ''~ " '3» eût conquis.
C'est du n 'uou de la oalure arsbe
qui , puissiiu les iiupossibilit(^s que
l'autre côté me de rextcrmioalion,
a fini à ta to) ur la conscience même
des eslermini ïu uioiag que uo» vic-
toires, il a Ci ;e sysiàne. U suiaceiw
tain qu'en prenant ainsi la question, l'hisloire dira un jour que co sont les Arabes qui nous ont paciTiés comme malgré nous.
Cela est si vrai que, même bien avant la ruine complète d'Âbd-el-Kader, ce ne sont pas les tribus qui cherchaient à secouer le Joug de notre conquête ; ce fut le gouvernement militaire qui, pour démontrer la nécessité de la permanence d'une grande «rniée en Algérie, toutes les fois que le pays ou le» chambres en demandaient la réduction, se mit et quête de prétextes pour rompre la paix. Alors, comme aux premiers jours de l'occupation, il aubis^ sait la pression de cupidités ruinées ou iaaatiaUflH qui s'en prenaient aux Arabes des insuccès de leuni spéculations.
L'esprit de ces gens-là ne fut pas vaincu, méoie ^très qu'il n'y ent plus un seul yatagan h&n d« fow-
MEMîftRE PARTIE. 65
rstQj A rteure oà fécris, il en reste un vieux levain (|wi8t|^te et nftve encore nne extension nonveUede cMttqièlé' {MIT jestermi nation et refoulement.
QmÊÊi nous occopàmes le Sahel , il fallut raser le ni et exterminer les raœs ; sans quoi , disaient ces hommes , on ne pourrait ni s'établir ni cultiver. On rasa, on extermina. Depuis plus de vingt années, les travailIeufB et les cultures de France n'ont encore, ni en nombre, ni en étendue, remplacé les bras et les cultures arabes.
Quand nous nous étendîmes dans la province d'Oran, sans laquelle, disaient-ils, notre conquête serait toujours menacée par les tribus du Sud , ils demandèrent qu'on rasât et qu'on exterminât, pour qu'ils pussent cultiver. On rasa, on extermina encore. Dans ia province d'Oran, les bras et la culture de France n'ont pas plus, en nombre et en étendue, remplacé les bras et la culture arabes que dans le Sahel et dans la Mitidja.
Quand nous nous lançâmes dans les deux expéditions, si coûteuses d'or et de sang, de la province de Gonstantine, sous le prétexte aussi d'abriter notre conquête contre les tribus de TEst, ce furent les mêmes exigences d'extirpation et d'extermination. Même satisfaction leur fut donnée; mêmes résultats pour le peuplement et les cultures que dans les provinces d'Alger et d'Oran.
Pendimt les deux années de mon séjour en Afrique, j'tt entendu invoquer les mêmes prétextes , pousser
«e LALGftRlE FRANÇAISE.
les mêmes clameurs contre la gratide Kabylie. Qu'a jour ou l'autre les cxîailleries du vieux parti aigôrû soieol écoulées, et j'allirnae d'avance que cette a(^ jonctioa violente à notre conquête aura le méaie«orb que celui qui alllige les trois (irovinœs. Oq taera des
"■nés, on brillera des vtbi , on rasera le soi d'oUt' , d'orangers; la K^ylie les possesseurs français kabyles, mais non \6S intations et les caltureaif 1 illesT la montagne sera
hommes, on '""i"--
lages, on refo
viers, de mûr
sera n édifiée )
remplaceront
travailleurs, i
et dans ving
dépeuplée, inculte, comme la plaine lest eacore après
vini^L années. Je dis qu'il en sera ainsi , parce que j'ai
entendu entasser contre les Kabyles, contre leur famA
tisme, contre leur indomptabilité, les sophismes qui
avaient 6ni par faire croire que les Arabes des trois
provincee n'étaient pas des hommes; parce que ee
qui se disait du blé, de l'orge, du tabac, des four*
rages, des orangers des Arabes, se redit de l'huile et
des raisins des Kabyles.
Or, les Kabyles, de leur côté, et par tous les moyenb eu leur pouvoir, ont donné et donnent eDCOre les mêmes démentis que les Arabes donnaient jadia. Les Kabyles, comme les Arabes, ne demandent pas misax que d'être conquis paciSqueoient, par toutes les votaa possibles du trafic, de l'échange, des transactiODa,id4 facile et libre accès sur nos marchés, et surtout deâ perfectionoementâ de l'industrie. Donc, au ïieaiiào
monter chez eox , forçons-les à descendre chez nous, par l'ouvertare de débouchés pour leurs denrées, pins sers, plus prompte que ceux qui, confinant presque ao désert, leur sont ouverts par Tunis et par le Maroc. Quand les Kabyles auront pris ainsi le chemin de notre plaine , nous prendrons avec eux et par eux les chemins de leurs montagnes.
Mais pour cela, n'en déplaise aux convoitises qui déjà s'y découpent de magnifiques concessions, à titre gratuit ou à titre onéreux, il faudra qu'ils soient bien assurés que nous ne voulons ni les tuer, ni les exproprier, ni leur prendre avec nos baïonnettes ce qu'ils ont bien le droit de ne nous donner que contre notre argent. J'ajoute que les Kabyles sont essentiel* lement industriels, en tant du moins que l'industrie se rattache à l'agriculture. Il est dès lors certain que leurs montagnes s'ouvriront à tous les progrès mé* caniques qui leur feront obtenir des rendements plus avantageux; et comme les mécaniques ne vont pas sans les mécaniciens, ils se trouveront, à leur insu, envahis, conquis, par toute une population d'élite d'ouvriers européens.
Cette conquête sera plus longue peut^tre , et encore j'en doute; mais aussi elle sera moins coûteuse.
Ebl mon Dieu! son travail commence déjà. Au moment de la taille des vignes, de la coupe des foins, de l'engrangement des céréales , des préparations des terres pour le tabac et pour le coton , les routes sont oûuyertes de Tabliers de cuir qui, pour le temps à
es L'ALGÉRIE FBANÇAISB.
a'éooQler eolre les semailles el la moisson dans laura moDtagDos, viennent louer lenrs bras à notre 8gri< cuUare à nn pri\ bien au-dessous des bras «iropéens, espagnols ou mahonnais, français sarloal. Il n'est pas de coton de bonne foi qui ne ee loue de leors mœurs, ' ~ ' ' é, de leur loyauté dans
leurs engagar e les retienne d'avance
pour la campi
Déjà aussi , izzan , assez avant dans
les terres, où inalion et où commence
la Kabylie, i m jeune et aventureux
Français, M. '. ivanl les préjugés et les
prophéties des Algériens, est allé fonder un grand et beau pressoir i'i vapeur pour les olives, le principal el le plus riche produit de la Kabylie ? Il a démontré aux indigènes des environs que son moulin doonail à l'heure un rendement de 20 0/0, au lieu de 8 0/0 obtenus par le travail long et pénible de la grossière meule tournée par un cheval. La nouvelle s'est propagée; la vérité des résultats, aidée de la bonne foi dans les marchés et de l'affabilité dans les manièi^, une fois reconnue , on est accouru de tous les pointe de la montagne soit pour vendre les olives a(i p^lx de Tancien rendement, soit, moyennant lés fïn^a'^fe pressoir, pour en rapporter le rendement aoOVéfttft Avant peu les Kabyles trouveront, les uns;'qlie'cblte usine est trop éloignée, les autres qu'elle ne'siifflt plA aux récolles, et de là à en introduire de'ptartillës dans l'intérieur du pays il n'y a pas loin ': Tïbtë^
valte qasisépare- deux récoltes, une année penlrétre! Qni^cait^'il £alki de- temps et de sang pour arri¥er à eewéBjà^j 4i>0B' t'eût demandé à coups de canon? : i Ponr^les peuples comme pour les individus , Tinté* térét sera toojours Targument le plus fort, le mieux écotitéi 1 (Mais Tîntérôt ne s'impose pas, il se révèle. Qui' sait* r«tteDdr6 et y aider voit toute chose venir à point.
Au système (Vintîmidation succède le système de compression. — Territoire d\il et territoire militaire. .— Institution du bureau arabe.
— A quoi elle servit. — Elle maintint un danger pour la France.
— Elle ne poussa point les indigènes dans la voie coloniale. — Hle nédîgea les intérêts de leur civilisation. — Bilan administratif du bureau arabe. — Du caractère belliqueux attribué aux Arabes. — Ce qu'il fut, ce qu'il est. — V Arabe et son coursier. — L'administration civile aurait suffi avec la loi commune.' — V Arabe et (eé deurof,
,.le côté par où les Arabes donnent prise à la civi- Jis^tioa, et qui ^vait été si peu compris, si mal sqrvi 9IAX pregiiers temps de la guerre , ne le fut pas da- .\faD(9ge aprè^ la chute d'Abd-el-Kader. Ils s'y étaient pQprt^nt. bi^n ai^és.
.;i|:ie^,tribust continuèrent à être gouvernées militaiin^ei^t^-r^eulement^ après le système d'extermination iBti'dQiiF^rQMlement, vint le système de compression ^rij^l^ce.j;
L'ALGÉRIE FRANÇAIBE,
On ne |ionvail cppondant pas se dissirtniler que les grandes prises d'armes qui avaient tant retardé DOlre conquête avaient eu leur principale cause dans le gouvernement militaire auqncl l'Algérie avait été soumise. J'estime que, si la France avait tout d'abord mis des diret ' ' i de PagriculHire et do
commerce à II oirs algériens, et solwr-
donné l'armée inds interdis, les propen-
sions des in( merce et à ragrtcalture
sont telles, qi les sonnés par TKaiir ne
lui auraient p ents cavaliers des tribus
même réputé* 'Iwes. Du jonr, en effet,
où, dans les intermittences de guerre et de paix qui ont Iratné notre occupation en longueur, les tribus avaient pu s'assurer de notre protection loyale pour le travail de lenrâ terres, pour la libre vente de leurs produits, non-seulement elles demeuraient Goordes à l'appel du promoteur de la guerre sainte, mais au besoin elles tournaient leurs armes contre lui.
Des nécessités commandées par le ronctionnemeDl de l'administration militaire dans les tribus est sortie la division de l'Algérie en deux territoires : le territoire militaire, te territoire civil. Cette division eat pour effet d'assurer la mainmise absolue des boreaax de la guerre sur les tribus, mais aussi de fertner'Ia zone militaire à toute action des mœurs, deR'kMs, des progrès de la société civile, et d'en éloigner pont longtemps les entreprises et même les essais de éolonisation. . .'..|,
' ,( D0;ceite dîviaion en deux territoires est née Tinstit-otioD:^ bureau arabe, exclusivement chargé de iradmbistration des zones militaires.
Il M' peut qu'aux jours de la grande guerre , alors que» par les doubles liens de la force et de la politi- (|iie, il fallait maiotenir dans la soumission les tribus que la pression incessante d'Abd-el-Kader cherchait à soulever, le bureau arabe, composé d'officiers d'élite, maniant également bien la plume et Tépée, menant de front la guerre et la diplomatie , et aussi habiles à parler et à écrire la langue arabe que la langue française y ait rendu de grands services à Tarmée.
Je ne nie pas non plus qu'il n'ait accompli avec intelligence ce pour quoi il avait été créé: c'est-à-dire qu'il n'ait empêtré les tribus sous un puissant réseau d'administration 9 de police et de justice militaire.
Je reconnais que, sur quelques points éloignés vers le désert 9 à Test ou au sud, un laissez-passer signé par lui et flanqué de deux spahis assurait au voyageur, commerçant ou touriste, la sécurité et les honneurs de la Di/fa, sous les gourbis ou sous la tente.
Il est certain encore que le jour où les gouverneurs voulaient expédier au chef de l'Etat, en France, des ispécîmens de chefs arabes, et donner à ceux-ci une idée fascinatrice de la grandeur de notre nation ; que lonqu'ils se plaisaient à faire , dans le champ de maa43eiivr^. de Mustapha, une grande montre de c^ïds ^ de khalîfats des trois provinces, sur des chevaux caparaçonnés de soie, harnachés d'or, exécutant au
L'ALGÉHIE FHA'NÇAISB.
son des galoabels et des lamtams de brillantes fantasias, avec simulacres de charges à fond de train, avec des écuyers servants, coname au moyen fige, pOBr tenir l'étrier et porter les armes; il est certain que ces jonra-là les officiera du bureau arabe avaient pour
îns très-persuasifs, el rs de carrousels fort in-
ïs avantages du borean ie, ne pouvaient com- ^reols à son institution enienis d'autorité, non 1 pouvait tout et au delii — mais
leurs raccoleu qu'ils étaient génienx et for
Mais, à m( «rabe, si haut penser les inc mt^mo, et sur sur les Arabes sur les intért^ls et les pouvoirs coloniaux , (ju'il eutravait presque toujours, se subordonnait souvent, et • fîDissait même quelquefois par absorber.
Sauf les désordres qui suivent fatalement la coufu'sioD des pouvoirs, d'où naisseot les antagonismes dont les intérêts sociaux soulTrent toujours, je ne vois pas grand mal à ce que ceux qui savent et veulent faire se mettent à la place de ceux qui ne veulent pas , ne savent pas , et enfin , pour une raison ou pour une autre, ne font pas. On ne dira point que je ne suis pas de facile composition. Mais le malheur du bureau arabe a été qu'il ne savait, ne voulait et ne faisait que continuer le système turc, parfois même jusque dans ses exactions, dans ses formes expéditives de brutalité et de justice sommaire. i'
Par là, il maintenait contre sa volonté, je pensè^
a FPEAiiÈUE PARTIE. 73
.[a pieim !p€iupl$ iadi^èoe dans un état absolu d^lasser- ^i^V^ein^tf :DPP à^ L égard des Français, des vainr ^|)QarS|t:^ai£^ des tkanles létes des tribus, joste au jaaéq[)€t{)9i9t ou les Turcs l'avaient trouvé et laissé. Le hoFeaçi arabe semblait ne passe douter que cet état de çhps^ «f^v^t été précisément ]e point d'appui leploâs éner£Îque.d6.ia :^uerre, qui, du côté des indigènes*, avait toujours été la révolte des grands ^ dans laquelle les petitS: étaient entraînés par Torganisation en quelque sorte léodale des tribus. N*y avait-il pas au coutraire progrès de civilisation et prévoyance politique à briser ce réseau pentarchique dont la France aurait encore à souffrir le jour où les grands auraient le moindre intérêt de rébellion à satisfaire?
Aussi ne serait-il point vrai, comme on Ta cru, qu'en accaparant, en enfermant dans les sabretaches de maroquin rouge pendues à T arçon de leur selle Tadministration et pour mieux dire le gouvernement des indigènes, les officiers du bureau arabe s'étaient fait un pouvoir absolu « indépendant de toute autorité civile, sociale^ judiciaire, même politique et ministériel^; car le ministère de la guerre ne voyait l'Afrique qu'à travers la direction des affaires arabes, conduites iclans ce département par un bureau spécial, qui lui* HiémesoeJes voyait qu'à travers les rapports du bu*reau.|d' Alger; .
,11. ne serait point vrai, comme on Ta prétendu, que cette absorption sans contrôle du gouvernement de^infligènes paralysait complètement l'action régu-
Ijère de la loi commune, de la police et delà justice, |K)ar une foule de délits et même de vols qualifiés; ■que de la aorte bon nombre de déprédations restaiont sans cliâliment, parce qu'elles restaient sans (loursuites, les plaignants ne sachant pas toajouri< à qui s'adresser: les ' ardes champêtres, les
gendarmes eus ant le plus souvent: —
« Cela, croyor le le bureau arabe; le
fait s'est passé >mtoire militaire^ » ou
bien : tf Le pr^ ta telle ti-ibu plac^ eo
dehors de la m itorité civile; »
Il lie serait , s'il arrivait jusqu'au
bureau arabe, le plaignant y trouvait le plus souvent des préventions, une sorte d'esprit de corps fort résistant; qu'en Algérie, dans nos temps d'égalité et d'unité légale, c'était comme le renouvellement de ces époques d'anarchie dans le droit et dans la loi qui ont été la honte de la France, et que le bureau arabe, en conflit avec les autres juridictions, avait pour ses administrés toutes les faiblesses des anciennes cours ecclésiastiques pour leurs justiciables;
II ne serait point vrai, comme on l'a dit, que measieurs du bureau arabe faisaient souvent servir leur autorité à conduire, en brillante fantasia, de grandes chasses à l'autruche et à la gazelle, ayant des oentaines de cavaliers pour piqueurs, et traînant en rer morque les chefs de tribus , comme autrefois les seigneurs suzerains faisaient de leurs vassaux ei vavassaux; . ..!.
• Il ne sèràit'ponit vrai , comme il l'est, que T Algérie esfiiekicore toate pleine da récit des faits par lesqfiefe 4e IrtR^eaii arabe , pour faire pièce auK Européens et à rantorité civile, exhumait, de Ton ne sait quels dé* eombresy des titres indéchiffrables et interminables de propriétés transmises et transmissibles à des degrés Mmleux > et qu'au nom de quelques Béni, qui n'y pensaient pas, il opposait durant des années entières à. des envois en possession, même judiciaires, à des titres de concession , à des entreprises et à des exploitations sérieuses qui mouraient à l'attente;
Toutes ces choses, et d'autres dont je ne parle pas, ne seraient point vraies, que je me croirais encore le droit de dire que le maintien du bureau arabe au delà des premiers temps de la pacification fut une faute: une faute contre la France, contre la colonie, contre la civilisation, but annoncé de la conquête, et sans lequel la conquête perdrait son caractère moral et légitime.
Le bureau arabe tint les indigènes divisés en tribus , groupés en corps de race , parqués dans des territoires en quelque sorte murés, sans interstices par on les lois, les mœurs, la propriété française se pussent introduire pour y rompre les mailles du vieux réseau de préjugés, de coutumes, de religion, d'ignorance. l\ perpétua ainsi un peuple en face d'un autre peuple, sans que rien de social, de moral , de légal, de gouv^nemental , de français enfin , le poussât graduellement à se mêler, à se confondre, à faire cause
'6 LALGÉRIE FHANIJAISE.
contmiinc, sinon qu'accideniËllement aux lieurGS dé
la vente et de l'achat.
Il donna force et droit à la race, à la nationalité conquises, se dressant jourDellement , sygléfnUiqaenient contre la race et la nationalité conrjuéraotes. Il
les tenait prr^ '-~' ' — 'ever au premier signa)
comme un Sf jour où une puissancâ
quelconque c t eu intérêt à uous lao-M
cer dessus l'i ader ou tout autre til^
d'un nouveai nr leur donner à croir^
qu'elles ponri Blituées dans leur indât
pendanre d'Iii pies et do pays, et pour
faire d'un soulèvement arabe une diversion qui retiendrait en Afrique une partie considérable de nos forces de terre et de mer.
Voilà contre la France.
Après la pacilication, que lit, pour l'exploitalioa coloniale, le bureau ar^be, maître du gouvernemeqt et de l'administration des tribus? En quoi les a-t-il alors poussées, excitées, encouragées, enseigQé«s : soit pour les façonner à nos modes de colturet qui donnent un rendement plus considérable; soit pour perfectionner leurs procédés en industrie, choses poiir lesquelles les Arabes ont des aptitudes et un bon. vouloir remarquables; soit pour leur inspirer le gpÀt^,|^ besoin de nos objets manufacturés et fabriq^iéSmeD leur en faisant connaître l'utililé et le comfort,. choses encore auxquelles les indigènes ne sont pas io^n^ blés? Quel eoin seulement prenait-il de faice.cepf^^w
Id) eb»mie sur œs grands . espaces de terre que la guerre avait rendus aux broussailles et aux palmiers nain8?»r<r>:-> ■ • ^ -
- MQoelg genres si variés de cultures et de plantations, en prodiidà>n florissante même sous les Turcs » et disfianies som notre odieux système de razzias et d'extrrpaiioaQ, remettait-il en honneur et en vigueur? Et sortbut quels moyens, pris dans rintelligence et TapplicatioQtt du côté intéressé du caractère arabe, emp1oyait*^il pour engager les bras inoccupés dans les travaux des* exploitations françaises où manquaient les premiers instruments du travail?
Voilà contre la colonie.
Pour connaître la faute contre la civilisation, il n'y a qu'à se demander ce que le bureau arabe, non pas accomplissait, mais seulement essayait, proposait pour répandre, je ne dis pas les idées françaises, question complexe de philosophie et de politique sujette à controverse, mais quelques notions élémentaires sur notre organisation sociale , sur les progrès généraux deTesprit humain , sur les c<auses du temps d'arrêt du génie arabe dans la marche de la civili- ^tion?
- Sans même aller si haut, comment les Arabes auyàfent-'ils su quelque chose de nos mœurs, de nos ëdutiittféë, de nos lois, pour les comparer avec les tetitê , pour savoir s'ils n'auraient pas tout intérêt à les aidopt^ ccymnie moins tyranniques, plus favorables tttridÔVêloppenient intellectuel et physique des races
78 L'ALoRhie française.
et des individus ? Si on leur eilt dit, comme les peaui 1 plee conquéranU l'onl dit t*oiiveal, en Angteterre^' i dans les Giiulis : Sr>u-i quelle loi voûter: -rous vîtve? comnacnl auraienUils pu vouloir qailler la lui mtaut* ' mane pour vivre sous la loi française, sous la loi (]ui les eût assiu'''^ "•— '•^"■"^rants? Ils ii« savaionl rien de ce ijui it en droits iiidividu^s.
en di'oil comi civils, en droit torrilO"
rial. Ils negav s mœurs, de nos codes,
de notre jus )% acle»« de dévastation
conomis pendi i par les décisions à ta
turque dont n aau arabe ne se faisaient
point scrupule.
Les écoles muâuliuanes, le bureau arabe chercfaail-il à y étendre le cercle des études? Les surveitlait-il seulement pour voir si, à l'aide de faux commentaires du Coran, on n'y entretenait paa dans la génération nouvelle la vieille haine du lioumi? Se préoccupai t>il de l'avantage qu'il y aurait dang l'eoseignemeot de notre langue en concours avec la langue iadigèoe? Travaitlait-il l'esprit des chefs des tribus, des caïds, des agas, des khalirals^ desoheika, de tous les fonctionnaires à sa dévotion, relevant de sa nomination et de son autorité , pour que les ^ands, à l'imitation du pacha d'Egypte, eussent le désir et le pouvoir de faire initier leurs enfants à quelqa'oné des branches de nos arts, de nos sciences? S'était-* le moins du monde ému de la mortalité rapide (fi# décime l'enfance de 4a (wpalalion arabe, et diaiaoMi
PRjEMIÈRE PARTIE. 79
aittttj diacpiek Jour le personnel soumis à sa doini-
JNi> pour le progrès de la civilisation ni pour bt oonservation de k race, le bureau arabe ne prévoyait rien ^ ne faisait rien, pas même pour vaincre \B.fré)^gé oonUre la vaccination des enfants, dans un paya oit la petite vérole -tue annuellement un enfant sur trois.
S'il est vrai que toute administration se doive jauger à ses résultats, ne faudrait-il pas écrire zéro à ravoir administratif du bureau arabe après la pacifiacation? S'il est vrai que qui a charge de gouvernement a charge de progrès humain et social, le bureau arabe n'avait-il pas complètement jelé à terre le second fardeau pour ne faire du premier qu'une machine à compression, à émoluments, à fantasias, à suprématie? Aussi les Arabes étaient-ils naguère encore ce qu'on les avait vus dans la première période de Toccupation. Ce qu'ils avaient pu devenir dans leur frottement forcé avec nous pour les besoins de leurs marchés, ils l'avaient acquis sans le concours et souvent contre le vouloir du bureau arabe, malgré la pression jalouse qu'il exerçait sur eux, criant à Tempiétement contre quiconque voulait, conseillait antre chose; déclarant tout net que, si Ton essayait de toucher en quoi que ce fût au slaiu quo de sa police , de aa mainmise sur les tribus, de son rôle de gar-^ 4ien et d'embaumeur de tous les préjugés et fétiches iadigèoes., il ne pouvait plus répondre de la paix.
"istres les plus convaiD-i" pris à la métropole d'àt^ i» se dit eucore, que !*' (iellemetit belliqueuse;' roalcr par la victoire, el étal de compression*' ^ d'administratioti et dè^
8ir L'AÊttEmÉ PRA'N?*!;'^-
Lfi paix, là maiotion de ta paix! tel fUt tottjonltfM en effet le grand cheval de bataille qae le burëâiri aFSibe enfourchait, et que par tons les éperons dont ÎP I pbDvait disposer en Afrique et en »ance il fat^flf I caraiSoler, cabrer' et ruer devant les gouverneurs l«# mieux intcDtir^--'" ' cas que la gm et de sang. Ou race arabe est qn'ii n'avait j qu'il fallait la I par tous les m gouvernement.
Je crains fort qu'il n'en fût de ce prétexte de compression comme des prétextes auxquels s'était appuyé !e système du refoulement et de l'extenDÎnation.
Le caractère belliqueux, en effet, n'est pas cehri qui se révèle dans les origines de la race arabe. Agriculteur et pasteur, voilà sa nature primitive. La vie nomade, l'organisation en tribus, qui en furent'IeS instruments, auraient fort mal servi au contraire niïé humeur belliqueuse et conquérante. Si la culture dii' sol et l'élève du bétail exigent, à l'enfance de cflsdeox sciences, un grand nombre de terres, des déj^ce^' raents fréquents pour les chercher et des fraciionoemenls continuels dans la collectivité humaine pou^' rendre cette recherche facile, la guerre et la conquête' exigent au contraire la fixité sur le sol pour y éli^ltr'' et y développer le point d'appui d'une conœotrtitftW
PilEMiËRË PARTIE. «1
l^q^fMflpte ^ Hioyens d'action , et pour en faire un Ifljjkii^^fxnfi aggloméralion incessante d'individualités v^Uskfàkéffè les ânes aux autres par les liens de la commumuté d'intérêts. Une race réunie en corps de nation peut donc être belliqueuse, car elle possède la fi3i.ité et rbomogénéité ; une race fractionnée en tribu», si nombreuses qu'elles soient, ne saurait Tôtre, car elle ne porte en elle que des éléments d'inconsistance ^ de séparation.
Il se peut qu'à un moment donné , sous la pression dun danger, sous Tempire d'une grande idée, ces tribus menacées par l'extirpation, illuminées par le fanatisme, se réunissent en faisceau pour combattre le danger, pour répandre Tidée. Mais le danger passe, l'idée s'affaiblit, T agglomération perd sa raison d'être; les rivalités qui en sont la conséquence fatale hâtent la dissolution, et après quelques années de bruit et de débordement, les tribus reviennent à leur fractionnement, la race retombe dans sa nature; de même qu'après leurs inondations, les fleuves et les torrents retournent à leur pente et rentrent dans leur lit.
La race arabe n'a pas failli à cette grande loi des hommes et des peuples.
A un moment, le plus puissant de son histoire, une idée religieuse l'envahit, Tesprit de prosélytisme la passionne; elle s'agite, s'assemble, monte comme les .flots d'un océan, et la loi de Mahomet dans une nMiîn.i le glaive dans Tautre, elle déborde en masses
81 L-ALGÉBIE FKANÇAISE,
d'iavasion sur les peuples de l'Asie, de rAfrique^l-î de l'Ëurupc. Mais, comme lous les (orrenU, dont II I nature esl de dévaster sans rieu féconder, elle (r&t 1 verge leâ peuples et les royaumes de ces troia ooDti^>| nents san."; se Sxer nulle part, sans rien fonda:, ni \ empires ni — '■ — *" — imicr el puissant éclieo | qu'elle subit, seule, se brise, a'éparr ]
pille et rciou ris , où elle se remet à ]
dresser ses te ' ses troupeaux.
. Depuis, ell< lou vêlé ce grand eiïortj :
et elle a été ( a eu besoin de ses rî- '
cheases ou de i a été refoulée, par lea
Kabyles, dominée par les bspagnols, domptée par tes Maures, subjuguée par les Turcs; aujourd'hui elle est tombée sous la domination de la France. Eu faisant vibrer en elle les passions même les plus ardentes el les plus ciiores, dont le cœur des hommes et \m instincts des peuples sont les foyers, Abd-^ Kader n'a pu les galvaniser qu'un moment avec les mots de religion et de patrie. On sealait qu'elle faisait violence à sa nature de peuple pasteur et agricoltear* Sa foi en Mahomet était sincère, mais son faDatism^ n'était pas réel. Elle aimait la terre cil elle avait sot) cheval, ses bœuf^, ses moutons, ses femmes, sefl olives, ses oranges, ses moissons de blé et d'or^ dans ses silos; mais elle ne trouvait en elle ni les ckh sirs, ni les forces de cohésion qui constituent ks peuples dans leur homogénéité et dans leur iod^pefli dance. Aussi, de même qu'elle n'avait rien «$ipint«
rien gardé du moins de la science de la guerre, à travers les défaites et les sujétions violentes qu'elle avait subies autrefois; de même les quinze années de victoires que nous lui avons infligées n*ont pu lui rien donner du génie des batailles.
Elle n'a jamais pu seulement se plier à la moindre régularité des mouvements sur le terrain. Au moindre obstacle y elle reculait; à la moindre résistance , elle hésitait, et finissait par lâcher pied. De bonne foi, si la race arabe eàt été une race belliqueuse, en eût-il été ainsi? Il fallut moins de temps à la nation russe pour mettre à profit les leçons de Charles XII de Suède, et vaincre ce batailleur avec les enseignements mêmes qu'il lui avait inculqués à coups de canon.
Non, en vérité, la race arabe n'est pas une race belliqueuse. Elle n'est que fantaisiste ^ aimant les ar^ mes pour leur éclat, la poudre pour le bruit qu'elle fait. Et si, comme je l'ai dit, le Soldat laboureur n'est qu*un sujet de chanson et de lithographie, V Arabe ei son coursier j en Algérie du moins, ne se retrouvent plus que dans les contes et les poésies de l'Orient et dans les peintures ou les enluminures qu'on en fait. Le Coursier est neuf mille neuf cents sur dix mille un cheval de bôt pour les transports les plus vulgaires de la vie de laboureur, de maraîcher, de trafiquant, de porte-balle. V Arabe, le maître du coursier^ est un laboureur, un vigneron, un presseur d'olives, un tisseur de nattes, qui, si haut qu'il soit placé dans sa
Si L'ALGÉRIE FRANÇAISE.
tribu, s'en vient deus ou trois fois par sanaine i les grands ou les petits marciiés, dans les villes l les villages, le long dos roules, vendre gon blé, orge, ses légumes, ses raisins, son huile, ses bœuffi^ ses brebis, ses poules, ses bourricots et ses ïw/ktô*
■ vraiment très-lieu retisli en est encore la ruUujBf ^ns, on aurait manqw Bs moyens de satisfain de la via
itorilé que peut donm vu et entendu, qaao^
covrsters euX' " "" Al) point où du sol posséc souvent , sam aux plus vulg
Je le répètt le témoigna^
on croit avoir oien vu ei Dien entendu : t'institulioifr^ du bureau arabe devint, après la paciCcatioa, na0t instilulion malheureuse.
Elle annihila, ou tout au moins fit dévier souvent les intentions colonisatrices des gouverneurs eux-^. mêmes, qui ne pouvaient toujours rompre son actiOB appuyée aux intérêts et aux complicités des cheiâ des tribus. Elle compliqua, gêna les rouages administralirs, déjà si compliqués, et qui se gênaient mu-. tuellement dans l'expédition des afaires algériennes.. Elle fit des intérêts arabes une spécialité en antago-r, nisme perpétuel avec les intérêts de la colonisation^! un obstacle aux concessions de terrain et à lexpaQr sion du travail par les capitaux et par lés bras du cohi Ion venu de France. , . ;;,.,i
Il n'est rien de ce que le bureau arabe fit QomiMi in^tilutioD inilitaire, plans, carier, statistique&f,-tf,im>
t*ifit: t(!ypiôgraphiqQes, recherches scientifique^, lah\&xttic de mœurs, qui n'eût pu être fait, et dans des oonditions aussi méritantes, par les officiers des corps spécllaux de Tannée, l'artillerie, le génie, Télalmajor. Le mal qu'il accomplit comme institution ad-* ministrati ve , une administration civile n'aurait ni pu ni osé l'essayer; et pour faire le bien, pour imprimer le mouvement français aux. Arabes, elle aurait en sur eu K autant d*autorité.
Certainement, après In pacification, les indigènes eurent à souffrir du gouvernement du bureau arabe, par qui leur vasselage , sous le joug des grands, fut perpétué, autant, sinon plus, qu'ils avaient souffert do régime turc. Il n'y a pas d'exemple cependant que dans leurs excursions, dans leurs missions, dans leurs cours plénières, des officiers de ce bureau eussent été insultés, menacés ; que même une seule exécution de leurs décisions, de leurs jugements, eût douué lieu à quelque mutinerie.
Serait-ce donc que le bureau arabe fit devancer et suivre ses officiers par une force matérielle impotaute? non ; un, deux cavaliers spahis au plus étaient les courriers et les éclaireurs de ces grands JH^lrcîers des tribus. Ce qui les couvrait, ce qui courbait toute tête et toute volonté, c'était donc une idée morale? Oui, c était l'idée que le bureau arabe représentait la France , et qu'il en avait derrière lui tcwiela [Puissance pour faire respecter ou venger son amorilé. Ci que le bureau arabe obtint en obéissance'
et en résignalion de la part des tribus , malgré sa tar-1 querie, ces tribus l'auraient donc à plus forte raLsoiil accordé à une administration civile lenue par l'esprit J de son institution, par les habitudes de ses mœurs 1 à avoir plus de mansuétude dans ses rapports, plus.j
à se montrer plus équias brutale, moins vexali enfin aurait été bien incts de bien-être, leur , dans laijuelle ils Iroature, de commerce, Ei^ Car c'eat ta le poiHfr^
de douceui table dans sei toire dans s plus appropr amour inlére vent toute s( 8artoul bon
essentiel pour i Araue, le trait c-araciérisiique el saillant de sa race: gagner des douros, beaucoup de douroSj à tout prix, sans nul souci de rdigion, de nalionalité, les entasser dans un pot ou dans ud sac de cuir, et les mettre en terre pour le jour éloigné ou prochain, n'importe, où il aura un besoin, une passion , UD caprice, n'importe encore, à satisfaire : haine ou amour, naissance ou funérailles, femme ou ch^ val, terre ou troupeaux.
Répartition de responsabilité. — Los hommes et les choses. — Administration civile et colons. — Extension en Ali^érie du système» de proteetion absolue. — Son impuissance. — Du chinai do l'Ali^'érie. — CiBUses transitoires de son insalubrité. — Moyens do le^ faire disjwraître. — D'un projet d'assainissement. — Pourquoi il a échoué. — Désolation de la plaine.
Il n'y aurait ni vérité ni justice à faire remonter au seul gouyernement militaire les causes des retards et des désastres éprouvés longtemps par la colonisation algérienne. L'administration civile, bien qu'elle puisse invoquer la subordination de son rôle, en doit prendre sa part. En cela, cependant, je n'accuse pas les hommes : le temps a pu manquer, les circonstances mal servir, les moyens être insuilisants, Tinteliigence faire défaut; presque toujours les intentions ont été bonneç. Je ne m en prends qu'aux choses , à leur pente forcée, aux conséquences inéluctables de leur essence et nature. Il n'y aurait donc pas davantage vérité et justice à tout mettre sur le compte des administrations civiles de TAlgérie. Sans doute , leur part est grande; mais j'ai déjà reconnu et je reconnais hautement que la part qui doit revenir aux colons eux-mêmes est bien plus grande encore. C'est pour eux que semble avoir été dit le le ipsum qui fecisii ; car les hommes sont ainsi faits : ils se plaignent
8ft L'ALGERIE FRANÇittSB.
du fonctionnement des insiituitonSf ettliïioubliQiit qu'ettX'iuémcs se le? mat données, qiio et qu'elles! sont devenues, elles le doivent souvent à eus seab ;'■ que, si elles ue produisent pas tout ce qu'ils en «Uen-
dent , c'est parce qu'il leur dernière [ dent plus qu'< qu'elles ne peu ûang les paj droit de tout fit accorder, et O' le droit, il doit
) veulent tendre jusqu'à j'ainsi ils leur demaii- , par conséquent plus „|.,,i ns donnent à l'I-Stattott :)oser le devoir delodtl' le devoir pour obIenir<' ivoir bien des préteoi-i
tiens illégitimes, bien des intéri^ts en souffrance, bien des besoins incomplètement servis, et |)ar cooBéquent bien des mécomptes et bien des ruines. L'Elat y prend une contiance exagérée en ses ressources et ' dans son intelligence de leur emploi; les citoyens s'y habituent à se reposer beaucoup sur lui, à prendre peu sur eux-mêmes, et ils tombent dans le décoora- i gement et dans Je désarroi quand ces ressources el celte intelligence viennent à leur faillir.
Le gouvernement de juillet, qui, pour s'asseoir et' ' pour se maintenir, subit la pression de tous les inté^-' i rats du milieu politique et social où il avait son j^pvi;" se laissa pousser si avant dans le système de protec". . tion par l'État, qu'il en devait mourir un jouri'BQ'i Algérie , pour repousser les accusations de mauvais vouloir dont on le harcelait, il se crut tenu à eXagéh''rer le système, à étendre encore le cercle,- d^ toi''-
étende «en- France, des devoirs mis à la charge do poavoîi] social* c! coDstructions de villages, concessions dé-^ terres r iBstmineHts d'exploitation , peuplement , installation, mise de fonds, indemnités, assainisse^ ment 4q olÎH»t, enseignement des cultures : il promit, ioat, loominença tout, et sembla vouloir, à se» seuls riaqoes et périls , se faire en quelque sorte Ten^^ trepreneur de tout, le créateur de la colonie. En dixhuit années il fit passer dans TAlgérie un million d'Européens et de Français. Il y dépensa cent miU lions par an, quelquefois davantage. Et quand il tomba, la population allait diminuant de plus en plus,, ainsi que le travail, ainsi que la production. Agriculture, commerce, industrie, capitaux, con* fiance, tout agonisait, dépérissait, désertait. L'Algérie n'en avait ni pour les générations qu'elle avait absorbées, ni pour l'argent qu'elle avait englouti.
— rQuoi! vingt années, un million d'hommes, près de deux milliards de francs, ce n'avait été ni assez de. temps, ni assez de bras, ni assez d'argent! — Non , rÉtat n'avait ni assez fait , ni assez peuplé , ni' assez dépensé. Malgré son kixe de rouages et de personnel administratif qui aurait sufii au gouvernemeut de plus de dix millions d'âmes, et mc^me à cause de oda^ il avait surtout mal fait, mal peuplé^ mal dépensé. Sans choix, sans unité de vues, sans cohésion : d'ensemble , sans continuité d'exécution, flott^nl^ au souille de tous les projets, de tous les sy^tèofNi^,, voulant par lui-même atteindre un peu à
W L'ALOÈllIE FRANÇAISE.
tout, avec l'œil , la pensée ou la main ; por sa fureilt de réglemeutulion , soulevant retards sar retarda, obstacles sur obstacles; gâuanl, minutieux, vex! toire, faisant de la colonisation une sorte d'ticole de peloton et de charge eu donze temps; très-désireux de pousser de bruyantes et fanfaronnes, d'indenii iiliecs d'une origine fbrt pea douteuse 3 aux inléi-ôts collectifs d'avenir et de as ; donnant ainsi beaucoup à l'indiv mante qui disparaissait, et très-peu au unes de U fortune alg6* Tienne qui sen
C'est pour cela qu'au moment oii j'ai vu l'Algérie, j'ai pu me demander ce qu'étaient allées y faire les populations que l'État y avait attirées ou puusâée^; ce à quoi avait servi les deux milliards que ta France lui avaient jetés.
Ce que les populations y sont allées faire? Je l'ai dit ; se ruiner et mourir. A quoi ont servi ou plutAt n'ont pas servi 15 ou 1,800 millions, en dehors de l'entretien, soit d'une administration ruineuse par son nombre et ses complications, soit d'une armée de quatre-vingt mille soldats sur le pied dé guerre? Je vais le dire.
En montrant que là où il prend la charge de tODt, un État subit, au mâme degré, ta responsabilité des choses qui ne se font pas et des choses qu'il fail^ j'apporterai ta preuve de ma conclusion contre le protectorat colonial des métropoles, qui, en notre len^,
n'auva pas pia^ réussi en Algérie quMl ne réussit, le siècle! dernier 9 dans les possessions anglaises en AméFiqoe.
En AfHqae , dana la portion la plus considérable et pent^tre la plus fertile de la terre algérienne , le climat a été et sera le plus rude ennemi de la colonisation. Sa puissance meurtrière lui vient à la fois de ses ardeurs torrides et de son humidité pénétrante. Durant quatre mois de Tannée, des pluies torrentielles et continues inoùdent et ravinent ; durant quatre mois, le soleil bràle et crevasse, sans qu'une seule goutte d'eau vienne rafraîchir la surface du sol, sans qu'an seul nuage au ciel tempère et voile les éblouissantes ardeurs du soleil; les quatre autres mois, septembre et octobre , avril et mai , qu'on dirait placés entre l'hivernage et la canicule, comme les transitions bienfaisantes de l'automne et du printemps de l'Europe , ne sont occupés, par leurs subites évolulions atmosphériques, qu'à développer les germes morbides des deux saisons absolues qu'ils remplacent. Pour tout dire, pendant huit mois , le jour et la nuit, en Afrique, semblent avoir pour fonction unique, le jour, de pomper les miasmes paludéens que les pluies ont déposés dans le sol inondé ; la nuit , de les laisser retomber en manteau humide et froid sur la terre. Ce travail de pompe aspirante et refoulante produit dans le climat africain ces transitions subites dessoue torride et de zone glaciale, dont les intermittemfieB de douze en douze- heures déterminent les
t'ALGÉRIE FlUNÇAliiE.
âCOl'- I
maladies peroicieuses qui, parleurs ravages, resâcoi' blent à des épidémies , et, en peu d'années, oril sou' vent décimé, jusqu'au dernier homme et sa dernrèi* «nfant, trois ou quatre populalique de coIob& dans M même village, Bur la même exploitation. ->'iq
Ce climat mi — '" '* produit moins du pvjtf
en lui-même e "il occupe sur le globp,
que de sa conf aphique et do sn topo-
graphie dans lus considérable do sa
superficie. La ; la terre alpérieiine esl
de nature art >, marneuse et salilon-
neuse dans des 'ers degrés , et par cela
même richement appropriée pour toute sorte de culture; mais en beaucoup de contrées elle n'a guère qu'une profondeur d'un mètre el demi, deux mètres au plus, et, sur les hauteurs aussi bien que dans les plaines, le sous-sol est généralement formé par une' masse compacte de roches ou d'argile.
Il s'ensuit que , lorsque les grandes pluies de l'fan- 1 vernage arrivent, les eaux sont vite absorbées par laperméabilité de la surface, mais que , repoussées parl'imperméabilité du sous-sol, elles doivent faialemeuti s'y étendre et y séjourner en masses stagnantes. 0'«sli' àcedéfaut d'écoulement à la surface, non moins qp^àla situation d'une œrlaino partie des vallées 'lu-dessous du niveau de la mer, qu'il faut attribuer,' jisi< pense, l'absence des fleuves et des rivières oftviga^ ' blés dans la partie septentrionale de l'Afrique; iiTaut" aussi attribuer à cette imperméabilités du eottS'-âoliefcj
àfOeiteabseocede cours d'eau considérables lesmil*- Ii0n»de>torrent8 qui y descendus de T Atlas , le long desirpenles qu-iie ravinent, se précipitent à travers l€s piainest) oà , quand leur force d'impulsion ne peut plus leur ouvrir une voie , ils ajoutent la masse de leura eabx à celles des nappes stagnantes qu'ils rencontrent et qui. les arrêtent et les absorbent.
Oa comprend donc que, durant les pluies de Thi-^ vernage^^ il nV ait dans la presque totalité de-FAlgérie que des marais y des flaques et des torrents qui, épars de ci et de là , suivant les accidents du terrain, interceptent les communications, amassent des déin^ tus de toute espèce de matières végétales ; puis, quand les fortes chaleurs arrivent , que le soleil convertisse tous ces amas croupissants en autant de foyers de corruption dont les effluves vicient l'atmosphère , et font de certains pays algériets le pendant des marais Pontins dans la campagne de Rome. Sur le littoral même , les brises de la mer ne suilisent pas toujours à balayer ou à épurer les miasmes paludéens que le vent du désert, s'engouflfrant à travers les gorges de TAtlas, apporte de la plaine, et qui enfantent cette maladie eodéfliique, cette maladie algérienne qui s^«ppdle la fièvre.
Ailleurs^ lia fièvre est le prodrome, Tefiet d'un mal interiie ou externe; en Algérie, la fièvre est une cause de Rialadie, une maladie sui generis. Ailleurs oa a là fièvre parce qu'on est malade ; en Algérie, on est iliidadie parce qu'on a la fièvre.
, lorsiiue Hen-S«letD fil Milidja , celle irrapUon :oule sa longueur celle Telle rasa de colons, da avail pu faire Kortir totf ore il est teli jours eoi il , le gouverneur actoe)
94 L'ALGKniE FBANi;.USE.
Durant deux, années, j'ai assisté à co travail dq | submcrsiou dc la terre par les pluie» et les débordtf^ ] ments de l'hiver, et d'cmpoisonnenienl do tatuio- | sphère par les chaleurs desséchantes dc l'été. J'ai pin | ain^i, ine rendre compte dc ce qu'il avait dû y avw de foudé, en iS:i!). dnn!; rrtxcuee que Icgouvcrnwir d'alors donna avec sa cavai subito,, qui [ plaine de soi fermes , de ca artillerie! » i bivcr où , à u serait en droit de faire cette n'ponse pour l'artillerie etraôme pour les autres corps de l'armée.
J'ai pu surtout ne point attribuer à un esprit de déuigiement les récits di^lés qui m'étaient faits sur l'action dévastatrice du sol et du climat dans certaines portions de l'Algérie française où des exploitation^ sérieuses et des travaux de cultures diverses ont été entrepris.
Dans le système absolu du protectorat fondateur que l'État avait adopté pour la colonisation algé^ rienne , il est évident que l'assainissement du climat par voie de dessèchement du sol aurait dâ être place en t^ted'un programme d'utilité publique. Je ne dis pas qne ce fût une œuvre d'exécution facile et peu coûteuse, mais elle était possible; et si lourde qn'elte eût été au budget de la France, il y avait moyW
î PREMIÈRE PARTIE. 95
poar l'État de rentrer un jour dans les intérêts et mÔKiiQ dans le capital de la dépense.
Pttodmt que j'étais détenu au camp de Birkademi je fis la connaissance d'un homme qui n'appartenait ni au génie militaire ni au corps des ponts et chaussées , mais qui pour cela n'en avait pas moins dans bien des parties le savoir et rexpérieuce de Tingénieur et de l'architecte. Le veut de mécomptes et de ruines qui avait soufflé sur l'Algérie Tavait radement secoué; et sous la direction d'un officier très-distingué du génie militaire qui l'aimait et l'ap-* préciait (M. le capitaine Ferraud), il était réduit à conduire les travaux du puits qui, à cent mètres de pro^ fondeur, alla trouver Teau dont le camp avait besoin.
Après mon internement à Hussen-Dey, M. Laugier vint me voir.
On m'avait dit que, durant de longs mois, il s'était autrefois donné lui-même mission de mesurer et de prendre les pentes et les niveaux dans toute l'étendue de la Mitidja. Il devait donc avoir étudié les moyens d'arriver à l'assainissement du pays, qui me semblait être la clef de voûte de la colonisation. Je ne m'étais pas trompé. Son système, si je m'en sou* Viens bira, embrassait la plaine tout entière; il l'appuyait aux trois cours d eau : la Chiffa, TArrach et le Hamiae, qui, des deux extrémités et du centre, s'en vont à la mer, et qu'il reliait par deux grandes artèreâ de dessèchement, l'une le long de l'Atlas, Vautre à travers la plaine. Simple et grandiose à
M LALiJÉniK fram;aise.
la fois, ce gyslème se réduisail à ces trois lerme^ — absorplioD au pied de l' Allas des eaux tjuî ae précipitent de ses cimes ; écoulement des eaux da cîel qui tombent sur la plaine; emmagasinenieui de(( ônes et des autres pour un vaste service d'ini galion. I ,
Ainsi, les cul ne formeraient plus
dés mares, 1 liaient no seraient plus
des torrents; 'aster, de corrompre el
de se perdri t être mises on réserve
pour assainir ir. Knfin , c'est 'jans leur
emploi même ins la redevance obligé^
pour le droit e se trouvaient l'inlénît
et i'amorlissemeat des quarante à cinquante millioEia qu'il fallait dépenser. L'auteur de ce projet l'avait caractérisé d'un mol pittoresque et vrai : ii l'appelail Charte des eaux.
Comme théorie, le problème de dessèchement et d'assainissement me semblait résolu. Quant aux vo^e^ et moyens, je n'en pouvais être juge; maie ils eaU^ faisaient ma raison. ,Système et moyens me parurent inraiilibles quand il me fui donné connaissance dg lettres superbes émanant d'un grand nombre d'oOicialit^ , à litre gratuit ou à titre oiiéri^iix , individus, pu Corporations j et' où se lisaient l'approbation la moins équivoque pour le projet, les vœux les plus nettement formulés pour l'exécution, la conviction la plus intime du succès, et l'assurance des démarches le» plus actives, du concours le plus empressé pour quo
rÊtat eût rintelligence et la volonté du salut et de la prospérité du pays.
Ce projet avait cela de bon que TÉtat n'avait à lui opposer aucune des fins de non-recevoir tirées de la situation des finances. L'auteur et ses adhérents ne demandaient à TËlat ni avances , ni minimum d'intérêt, ni (et ce fut là peut-être son malheur) le concours d'aucune de ses administrations. lis ne voulaient de VÉtat qu'une chose dont FÉtat ne faisait rien, dont Toctroi ne lui coûtait rien, et qu'en bien des circonstances , pour un but moins prononcé d'utilité publique , et même pour des entreprises absolument privées , il avait jetée en quelque sorte à la tête du premier venu avec une prodigalité fastueuse. On lui demandait la concession du terrain des canaux de dessèchement, la perception d'un droit d'irrigation, et je crois aussi pendant quatre-vingt-dix ans, l'usufruit des terres qui dans la superficie d'un hectare s*étendaient à droite et à gauche le long du parcours des grandes artères.
Pourquoi ce projet n'a pas abouti ; comment , dans la longue filière à suivre du point de départ au point d^arrivée, il aura sans doute échoué contre un carton de Tune des nombreuses étapes administratives, je ne saurais tat)p le dire; et très-probablement il existe comme toujours une foule d'excellentes raisons que jignore. Mais un jour, m'étant mis à relire par passetemps quelques pages du Curé de village de Balzac , je ccùs avoir trouvé le mot de l'énigme dans la
lettre à la foie si spirituello et si trisloraebt vrùe que le jeune ingénieur Gérard , patenté par l'ÉUt, écrit au banquier Grofisolôte, son protecteur, euroe que devienneat et font non les vieilles lu nm, niait! les hautes et vieilles télé» des ponts et cliausséee. Or,
ain dti se trouver dauft 'orable que l'ingéoieiir ir, ui piqueur, ni coudasse dans cetit? pui»heureux n'en tenait ni )n8, ni émolumtiots: U
ue je renvoie ceux de
mon auteur c une position Gérard ; il n'< ducteur tJe ti saule adminii brevet, ni pj n'en faisait p
C'est donc a uivie leur.:^ mes lecteurs qui youdronl savoir pourquoi la Mitidja n'est point devenue ce que la Charte des cauœ aurait pu i& îéit-e i pourquoi , au lieu d'un grand travail qui se serait mainlenu par la cobésioD et U force de l'an" semble, il n'y a éié fail^, de ci et de là, an peq au hasard et au caprice, que des travaux qui pai* leur isolement et leur fonctionnement même sfoid pu amener aucuB résultat sérieux , et n'ont ùit milvent que déplacer les marais eL l'iosalubrité; ftounn^ quoi ainsi, le long de l'Arrach, là-bas, da- c6téi4(| Bab-Ali, j'ai pu voir des résidus de famille dont-le» enfaots et les cbe& avaient été enlevés ud t uAipan les fièvres paludéennes ; pourquoi, làoupaMniraole. il était resté un père , un héritier, un colon , un obstiné résolu, âme d'acier, volonté de fer, corps de bronze, une vraie trempe de pionnier américain , il n'y avait
PRHMiâRE PARTIE. 99
plus ea, pcn à p^Qy qa'uD squelette jauni, parcheminé, jetant annueltement dans la tombe qu'il creuse jusqu'à aon dernier cheveu , jusqu'à son dernier lambeau de chair; pourquoi le Fondouck, qui, à Test, en forme rextrème limite au pied du Djurjura , entrée de la KabyKe> jnaqu'au lac Halloula, qui, à Touest, touche à la chaîne profonde des montagnes derrière lesquelles s'étend la province d'Oran , cet ancien grenier de l'i^mpire^ comme rappelaient les Romains, est encore à cette heure un réceptacle de canards sauvages, l'hiver, de poules de Carthage, Tété , et en tout temps de chacals, de hyènes et de panthères; pour^ quoi il y a là telles fermes , telles habitations qui ont changé cinq, six fois de colons, dont les tombes sont par là , quelque part, sous les broussailles, attendant leurs successeurs, qui ne tardent guère; pourquoi enfin, dans cette partie même la plus élevée de la plaine qui s'en va le long de la mer, de la Maison* Carrée au cap Matifou , tout ce vaste district nommé la Rassaula , et formé par les villages du Fort de l'Eau, de la Maison-Carrée, de la Maison-Blanche, est encore tout parsemé de marais qui font le désespoir et les maladies des colons , population mahoni» naise en grande partie cependant, âpre au travail , honnête de mœurs, et qui lutte énergiquement contre ces causes de ruine et de mort.
LALGÉRIB FRAXr.AISE.
l'ilfi'i;
' Organisalion d et Um mnut&st coup d'églises,
ns bloqués flans' la plane. -•' J
« que (le mAlueinsii— :
Si, malgrt très-prononcé d'indis- i
pensabilllé, 1 ula ni entreprendre m i
Taciliter les gi assainissement, toat ao i
moins devail-il a la colonie ues routes et des chemins. Si les ouvrages de canalisation intéressent les peuples dans leur sauté, la conslruclion des roules les intéresse dans leur travail. Géoéralemeot les graDdes voies de comm uni cation sont à la charge des pouvoirs publics. '
Dans la province d'Alger, en dehors d'une ou deux routes stratégiques, avec de très-rares embranchementa pour les marches de l'armée et de son maieriel , les administrations n'avaient rien fait- C^ routes mêmes, malgré les colonnes élevées à leurs fobdateurs, ne présentaient pas de grandes copditioDs de solidité et de durée. Le génie militaire nç s ëtaït pas plus illustré en les construisant que pms'tfU''d leur entretien n'illustra le corps civil des poms et chaussées.
Dans leur plus grande étendue elles manijuàieut
PREiMIÈRE PARTIE. 401
de fossés d'écoulement , elles n'avaient guère que des ponts de bois, souvent même elles n'en avaient pas du tout. Si on les avait ferrées, ce n'était pas avec les cailloux et les galets qui abondent dans les lits desséchés des torrents et des rivières ; c'était avec des pierres extraites de quelque carrière voisine , pierres molles, friables, cassées et pulvérisées par le marteau du cantonnier. Il en résultait que, durant les pluies de l'hiver, charrois, cavaliers et piétons, s'enfonçaient jusqu'au moyeu et jusqu'au ventre dans des lacs de boue liquide, et que, durant les ardeurs de l'été, les mômes charrois, cavaliers et piétons roulaient, disparaissaient dans des amas de poussière, comme au désert dans des tempêtes de sable. Le reste du pays, dans les nombreux rayonnements de sa circonférence, autour de quelques grands centres de population , n'était desservi que par les anciens sentiers arabes, à travers les broussailles, les contours des marais, les ajoncs, les palmiers nains, sous des voûtes basses et étroites de figuiers de Barbarie, de lentisques , de caroubiers, d'oliviers sauvages, entrelaçant leurs troncs noueux et leurs branches vagabondes, où les cavaliers ne pouvaient passer qu'à la file, couchés sur le cou de leurs chevaux, et où les bourriquets eux-mêmes y avec leurs charges , dans des paniers nattés, se heurtaient et s'accrochaient souvent aux parois de ces murailles d'épines. Aussi les preipiers colons, décimés dans le Sahel et dans la Mitidja , étaient-ils littéralement bloqués ,
JOt l-'ALCfiRII! PHANf:M*E,
durant l«s quatre mois de l'hivernage, dans ledit maisons et dans leurs terres par les torrents et les marais qui roulaient et se creusaient autour d'eux. 1^' Q^jr avait ni chariot ni voiture qui piU apporter deè denrées h Alger et en rapporter les objets les pin» néc»B«ires * i* ^i" f^^^^ -i'; gênes, que de privaU tioDB s'flccoi ins les iiabitatioas doiA
les maîtres B les moyens do feirè
d'avance d ' où la vente du matiti
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Ce n'est | ; sur plusieurs pototn df
la plaine on >etit9 bâtons jalonnés el
numéroti^s, et que les colons du voisinage ne leur âssent l'honneur de les prendre ponr des tracés de routes en projet. Cependant, quand on leur deMan* dait à quelle époque remontaient ces bâtons, les tins ne le savaient pas, mais ils déclaraient que leurs préldéoesseurs les y avaient vus, et même en avaient fait l'objet d'une prétention de plus-value pour' la vente de leurs terres ; d'autres afiirmaieAt que toub tes ans messieurs des ponts et chaussées venaient^; avec un soin tout minutieux , redresser et renouvelée ces petits bâtons et leurs numéros , couchés ou «t»f portés par la pluie ou les vents ; que , par conaé* quent , la route ne pouvait tarder à venir, j^uiàinb depuis trois ou quatre ans les travaux avaienl'étfi mis en adjudication par une a^cke unique... tatA od eo montrait pressé! - 'iifiom
- ii'Étal V qui ii*avait rien ibit pour assainir le climal^ pour affranchir le sol des formations paladéennes^ qtii n-aVait ni desséché un marais , ni creusé un lit defruisseau» ni élevé une digue de torrent , ni planté un bouquet d'arbres contre les vents ^ aurait bien pu du moins faire enseigner aux colons les moyens de combattre eux «mêmes les influences climatériques dont il n'avait pas voulu les préserver.
Au milieu d'une société qui fonctionne dans Tantique organisatiop qu'elle tient des lois et du temps , cette prétention à Thygiène par FËtat pourrait avoir un certain côté d'exigence ridicule; mais dans un pays nouveau, en Algérie, où TÉtat, par tous les moyens, poussait les travailleurs, cette prétention était tout simplement une question de vie ou de mort.
D'ailleurs un État qui, à l'occasion, dans un intérêt de politique personnelle et de salut ministériel , faisait imprimer à ses frais et répandre à cent mille exemplaires les discours de ses adhérents dans les deux chambres , aurait bien pu , ce me semble, dans un intérêt de salut colonial, pour la vie humaine, feîre écrire, imprimer et répandre à profusion un petit manuel pratique d'hygiène africaine , une sorte de xiade-mecum du laboureur. Les campagnes mêmes de 1& France, d'où il part tous les ans des milliers d^éoMgrants pour les terres et les îles de l'Occident , en Alsace, dans le pays Basque , auraient dû en être inondées. On y aurait combattu ainsi les préventions
amassées contre la possibilité absolue do tourfiiedl sous le ciel d Afrique. . .
GeptâB, tes élémeats de ce travail, qui aurait e brassa toutes les questions de l'acclimateaieat ; température, régime, vétemeats, habitations, symptômes,' premiers soins- n'anraîpnt nH^ manqué à l'Étal. Il les mgai^ trouvée gie militaire, qui , à la
aoite d^ notre . les plus terribles pbé^
aoa)èae& dai es plus insalubreè, et
dont le perst chaque jour aux ploa
hautes dignité zrands renoms dans, la
biérarcbieet 11 les avait surtout là,
sous la main , ians le personnel (rèa-
dialiugué, très-méritant de l'hùpitâl civil d'Alger. Ce D'est lii le vouloir ni la science des Dru, des Négrin et de tant d'autres, sans oublier M. Uancnrel de Douera , qui lai auraient fait défaut. .t
Mais ridée d'un semblable travail ne vint pas à l'Ëtat; elle était bien trop simple- et d'une ex^ation trop modeste. Il n'y avait là ni assez de bruit, iiû surtout assez de moyens d'action et d'inflaeace. Comme il y avait cependant quelque ,chose à faire ^ pour me servir d'une expression dulemps^ lîËtatft dit que si en France, pays ancien, ilavait àsao^aargd une portion très-considérable de la santé publique^ift plus forte raison il devait en être de même en . AlIgértBq pays de formation récente , et où les maladies étai^t la conséquence du travail et des agglomératioBa mêmes de la population qu'on y attirait. UÉtai.) daita
h^Mtaation de protectorat qu'il y avait prise, devait donc à rAlgérie une bonne organisation d'un service de Milles €edevoSr,rÉtat Tavait accepter; ce servièe, ît Vivait !Orgaft^> ttiais comme il avait tout or^nis^
'Lé ^lotavememetit avait divisé quelques ^KjrtKma des prmincea algériennes en circonscriptions médi^ eates , et ' il en -avait foit une branche de l^àdmirii»-: frationj Mais,: soit pénurie de sujets, soit pente natu*^ reile à donner à la faveur des fonctions qui , en ceci surtout, n'auraient dû appartenir qu'au mérite, une partie du -service médical des campagnes avait été livrée à des ignorants protégés, et quelquefois à des praticiens dont les grades dans les facultés, non-seulement de la France , mais aussi de l'étranger, n'étaient rien moins qu'authentiques: Il n'y avait pas de Bilboquet de champ de foire qui , vendant du vulné* faire et extirpant des molaires à la pointe d'un sabre, n'eât le drdt d'exercer au même titre et en vertu de semblables diplômes.
Aussi > de bien des points de la colonie s'était^l élevé des plaintes nombreuses; et en pareille matière) des plaintes sont des cas de mort, multipliés par l'incapacité même du préposé à la gnërison. Il vint doncQn moment où le pouvoir central s^en émut vivement. J^ai eu la bonne fortune de rencontrer en Algérie Téminent chirurgien militaire auquel il confia l'inspeci* lion générale du service sanitaire de notre colonie; Cette ^fiinde et légitime illustration de la science , si
LALGÉHH-: FRANCAISI-.
elle m souvient de moi, no trouvera point, j'espùt^r qu'il y ait indiscrétion de ma part à consigner ici souvenir précieux de la tournée où je la Buivis. compagnie du docteur Payn , chargé do la prenili circonscription du Sahel, le vrai médecin des fièATes paludéennes, l'i"^"""!! i"™> du service médical dnns la plaine : gr jr aimant, corps artif,
toujours à l'a e, dévoué, ayant rondii
et devant ren cience et à la santé colo-
niale de a;ran ces, dont à Algeroomme
à Paris il est | anquel il est impossible
qu'uQ jour ou oir central ne donne pas
une dislinclio ?puis longtemps méritée
et que M. le docteur Daudens a demandée, en leur rcndaut un éclatant témoignage.
Si, du per^nnel médical, souvent incapable, le plas souvent iosafTisant oomme nombre, on s'itiquièle des moyens adoptés pour procurer leâ retnèdes doM^: après la visite des médecins, il faat bien qtie tout malade se puisse pourvoir, voici qui donitera pm idée de l'état désolé de» choBes. ■ "
Du Quatrième -Blockhaus au Fondoac^, dmeimir parcours de 50 kilomètres compris entre l'Atlas «t'ior collines du Sabel, et où se troavent les villEigtisi:dfal Birkadem, Birmandt^tz, Kouba , Hus9em-Dëf,';4è MaisoQ-Carrée, le Fort de l'Eau , la Maison- Btéodlie y avec leurs fermes et leurs habitations perdirée lia toiif dans l'intérieur des terres, on n'avait pas soi]g6i)( établir une seale pharmacie ; pas plus qa'oa Byttoti^
vaîtua^eul hoepioe, un seul asile public pour recevoir ua malade^ un blessé; pas plus enfin qu'on n'avait songé à y faciliter la venue d'une seule sagefemney ce qui livrait les accouchements à des ma«tronei ignorantes qui assassinaient deux femmes sur trois* . > ^
: U fallait envoyer à Alger, le point central et adossé à la mer de tous les rayonnements de cette vaste cir* conférence. Seuls, les riches le pouvaient; ils étaient rimperceptible nombre ; et que de temps perdu , et dans ce temps perdu que de complications , que d'ac» cîdental Mais le reste , neuf sur dix bien certaine-* ment y n'avait de remèdes que ceux qui, avec une parcimonie avare , étaient mis par l'administration à la disposition du médecin chargé du service. Plus tard) ces remèdes furent laissés à la discrétion des sœurs de charité ; plus tard encore , par suite de gas^ pillages et de destinations arbitraires, le gouvernement alloua par commune cent francs de remèdes.
Pour ce qui est des rares hôpitaux à destination civile qui se trouvent en Algérie, où il en existe un si grand nombre pour le service militaire, ils ne pouvaient guère profiter qu'aux populations urbaines. Quant aux populations rurales , toujours dispersées dAns deB rayons fort étendus , elles manquaient sou^ veut défi ^us vulgaires moyens de transport usités poitf les blessés et pour les malades : une charrette fu^esque toujours , c'était tout. Aussi les colons n'ailaient-ibi guère à l'hôpital qu'en prévision de la ma-
!08 LALGÈRIE FRANÇAISE.
tadie qui pourrait venir. Quaod ta maladie les aval subiteineDt envahis, ils se couchaient, alleodaotq^'ji) I plût au ciel de les guérir ou de les tuer. , ,,,(,]
Uo dernier mot sur cette aocienoe organisatîqn ^% service' médical dans les campagnes algéricooes.
Je suis de '■'*"■« "■" sHmprieni et qui ont conservé, dans les expi ivancées de l'idée démo-
cratique , ne jée de religiosité , mai^ j
l'idée chrélii itiers aussi, comme pDfl
bliciste et a j'ai saisi toutes les occ^ I
sioDs de po à l'iaQuence qu'à Jet^ |
heure, dans nstances et au milieu àp i
grandes conU Iques institutions du ca-
tholicisme ont exercée sur la civilisation pour la garde et Je progrès de la liberté des peuples. Dana cç qtie je vais dire, je ne crois donc pas devoir étra3us{WÇt|Ë d'hostilité systématique. .1
Ëh bien, dans cette première circonscriptioQ ,dii Sahel, dont j'ai parlé, et ou il n'existait qu'un mjédecin pour son parcours si étendu, il y avait iio çififé par village ou par commune; et souvent ces vitlag^, ces communes ne sont; séparés que par une di^(f#içe de deux, trois kilomètres au plus : curé à Bif^dem, curé à Birmaodretz , curé à Kouba , curé à BjO^eiiir Dey, curé à la Rassauta, curé au FondQnpk.^II y.avait des sœurs de charité au Fondouck, à Kqc^, 4^^ sein-Dey, à Mustapha, banlieue d'Alger. A^in^ij^^^^ms ces villages qui se touchent en quelque sq^, aagf ,1^ Rassauta et le Fondouck, et où la f)èyi;^|6é>rj^|t
àVe(; des foreurs épidémiques, un seul médecin du càtps^pom tant de médecins de Tâme! Tant d'églises dont la moindre , avec de riches dorures et de capricîeâàèâ ^arabesques, a coûté de 20 à 25,000 francs, et pas un hospice, pas m<^me un lit pour les malades! Utt seul médecin payé 2,000 francs pour tant de prêtres rétribuée par i ,800 francs de traitement, pour tant de sœurs qui, par tète, coûtent 500 francs à rËtatf absolument comme si, dans cette colonie naissante, où la santé était la première condition du travail, on avait eu plus besoin d'àmes pieuses que de bras robustes.
Les choses sur cette pente étaient allées si loin , qu^au Fondouck, où la fièvre et la mort ont forcé deux fois au moins la population civile à se renouveler, et où, malgré de superbes casernes qui ont coûté plus de 300,000 francs, on n'avait plus laissé un seul soldat, trois sœurs de charité et un curé avaient été établis : soit, pour le [Personnel et les maisons, une somme 'de 6,000 francs inscrite au budget, et de^ervant une population qui n'atteignait pas le chiffre de trois cents âmes. On voulait cela, j'y souscriè. Mais au moins ne fallait-il pas soigner les âmes aux dépens du corps; ce fut pourtant ainsi.
t)ans la maison des sœurs, fondée surtout en vue desmafàdîëâ en quelque sorte endémiques qui ravageaient ce point extrême de la plaine, on avait réservé une salle garnie de quelques lits pour les malades. Bien avant que la salubrité, le travail et