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H» L'AtGËRIE FnAKÇA[8K. ^M
l'aisanoe qui en sont la suite, eusecdt relevé wi )m^ le Fondouck de ses premières dëché^nres, retU^i^tflM fut converlie on cliapelle; le curé, un bon prêtre, y disait la messe, c'est vrai! les «œurs, preoMs flll»;
prenaient soin de l'aulol ot faisaient leurp dévolion^fl c'est encore maladi'iMIa allaient-lri^l faire soigner pouvaient! '^Ê Oh! ceux ., ont fait du soldat ct'd^l prélrc l'uniq es sociétés, pouv»feiiM|^| réjouir: si c \lgérie, il n'y auraii4^| LùenU^l que garder les farouSMilM^H et dee prêtre '^l
Imprévoyance des ordonnaleurs de la ronquéle. — Incertitudes du domaine. — Lmirs ponséquenees. — 1^ propriété Brtd>P. — ■ W*' buitttions du colan européen : domeine, bureau mbe, stioé mililaire, [«ni et chaussées, rési a lances des indigéiies. — AHetto-, seraetits, maUoas et villages. — Le géomètre colonial. — Uaiivns système do concessions. ■ ' i l'-l
Effrayé des premiers désordres de ta ; ceaqntteiil l'Ëtat voulot y mettre ud terme. Pour régalmuer l'établiBsefflent et constituer la propriété, il sa réservai la vente et la concession des terres conquises^ atiimi' données ou confisquées, ou ayant appariena à J*6tM' algérien qu'il remplaçait. C'était son droitj'Mhiaidaiiii
i>rkmii:ri: PAinir. )it
sa hàle il omit de procéder préalablement à trois opémtioiii importanleB : la première , de s'assurer du nombre des terres vacantes; la seconde, d*en faire OB, état cadastral; la troisième , de les affranchir et de s'affranchir InMnâme de la tutelle et de T antagonisme des: administrations diverses qui devaient concourir è rexercice du droit de la conquête. Cette triple omis* sien devait avoir et eut à Torigine de très-fAcheuses conséquences. Le domaine et le bureau arabe y jouè« reot le principal rôle.
Les premiers ordonnateurs de Toccupation firent acte d'une imprévoyance si grande , que les soldats parent allumer leurs pipes avec les papiers , titres et registres de l'administration turque. Aussi , quand l'administration française des domaines voulut fonctionner, ne trouva-t^lle rien sur quoi elle pût asseoir ses droits et ses prétentions. Nul doute que, dans lespremiers désordres de notre établissement , ainsi acoonipli contre les règles les plus vulgaires de toute bonne administration, bien des terrains appartenant an domaine turc n'aient été vendus par de faux propriétaires anx colons ou spéculateurs français , lesquels, il faut le dire, n'étaient pas tenus à en savoir là^dwsos pins que Tadministration française eliemêoM. Il s'en est suivi entre le domaine et les premier» émigrants des séries innombrables de procès, doat quelqiiefr*uns durent encore; et je ne crois pas OMtre^passer mon droit en disant que le domaine n'a pas été heureux dans le plus grand nombre de ses
tit L'ALGÉRIE KRANfUISK. '
litiges. Il ne peut me convenir de m'égarer daas àm citatioDg d'exemples qai roimnaont; mais lous cou* courent à démoatror que le domaine s'abattait uo pea 1 à l'aveugic sur tout ce qiiî, de prùs ou de loin, poM^i vait avoir quelque apparence domaniale, et qo
rép<!:tilions s'r" — "" — ' " déjà passé e moins avait y.
aurait dû en De son côti de la prolecli vaillail de se à revendique.
invasion, uu concédé à litn
- propiiétés qui avaioi s, dont la derDitve fl mptton de bonne foii'
!, excln^ivement chargé 1 et de leurs terres, irarien laisser eotamer, et iblail avoir été pris par : gratuit ou onéreux par les gouverneurs militaires el par les administrations civiles. Pour cette besogne, le cliamp était j)lus vaste .encore que celui du domaine. >
La constitution de la propriété arabe participait- dç sa constitution sociale. La terre était, ù j'ose aiiuf parler, aussi nomade que la tribu ; et comme le dé^ placement des races el des cultures était fooilité par t'élendue même des solitudes que les penpiaéefr ■• sulTisaient pas à couvrir, les terres occupées a'élaieiil pas limitées ou n'avaient que des limites ti^iaeertaines, très-conleatables. Les refoulem«its el les m* terminations souvent complètes qui avaient iàgÊÊàk notre conquête avaient singulièrement ^joatéàeat état primitif des choses. Aussi y avait-it Mriavtidt dilfiçulté il préciser le chiffre de la popuUtianai
la quBtilé et la situation des tares dont sfrfMHrait prétendre propriétaire.
Saio^.â«K* obstacles que, par leurs attributions ^ le domaine et le bureau arabe pouvaient se €ioird:en droit de soulevef, qu'on ajoute ceux qui naisaaîeni des attributions du génie militaire et des ponts etidianss^M, et on pourra se faire une idée approximative des conflits et des retards dont les concessions des terres avaient à subie la loi.
Arrivait le génie militaire , qui examinait si , par quelque point , la concession ne touchait pas à des territoûrea résa*vés pour des en-cas de fortifications, redoutes y campements, fossés d'obstacles, etc. Survenait le bureau arabe, qui , plus haut encore, criait : -*«- Prenez garde , cette concession est faite dans le tMTitoire dépendant de telle ou telle tribu , de quelque Béni: Moussa, Uadjoute ou autres. Ce territoire n'est pas compris dans telle ou telle ordonnance royale, dans tel ou tel arrêté de gouvernement, dont le nombre a été grand; donc ces terres appartiennent à ces Benij DU, à leur défaut, aux Béni de ces Béni. Les donner «nx colora européens, c'est soulever un casm belli aveciés indigènes.
I ^ Ibis, objectait soit le gouvernement militaire , soit 4'âdmkii8tration civile, ces tribus ont été, jusque ibaa lecm deraiars descendants ou ayants cause, dispersée^^: décimées, il n'en reste plus trace; d'ailleurs làftBnttoûcéàée est en friche, et nous n'avons pas QthKfmsVAigé^ie pour l'abandonner aux broussailles. •
— Prenez garde encore, répliquait le boreau aralie^ voici le caïd, voici l'aga, le kalira, le marabout, qoi se présentent avec un litre, avec un verset du t:ora(h{ ■ Vous ne pouvez passer outre ; et quant a l'état imiiran dactif de la terre, œ serait attenter à ta IU>erlé des indigènes que «t** lo« frtrf«r n la travailler.
Quelquefois !âen(£dt en eiïet avec nq
titre ancien, est arrivé eo '18i9, je
crois) portant i > de sa fausseté : il était
non en copie, lal, timbré à l'elligiede'
la république ' 'ii
Souvent au léboaté prononcé par les
tribunau?L du umn. cuinnitm, les Arabes se sentaient tellement soutenus dans leurs prélentions que j'ai va des terres , concédées depuis cinq ou six années, sur lesquelles, après ce laps de temps, les colons n'avaient pa ni tracer un sillon , ni mettre un pieu en terre. A chaque tentative , les Arabes accouraient ea nombre, protestaient et maintenaient lears prétentions , même à coups de fusil. Il était rare que, pour prêter mainforte aux décisions de la justice, les gonverneurs, malgré des ordres formels expédiés de Paris pour assurer la mise en possession, intervinssent antremeot que par l'envoi sur les lieux de quelques gendansei^ qui se retiraient après cette démonstration. Le lendemain, les réstslances et la lutte recomm^çaient. ^
Bon gré, malgré, si le concessionnaire tenait pied,
il fallait arriver à un accommodement, à une transf
. action moyennant finance. Le caïd, l'aga, le kalifa
eo prenaient leur part ; le reste allait à la tribu , on ne savait où y car souvent la résistance avait été faite pour le compte d^une tribu qui n'existait plus guère que de nom.
Enfin voilà le concessionnaire gratuit devenu pos* sesseur à titre onéreux, et il croyait bien entrer en pleine et paisible jouissance , puisqu'il Tavait payée.
— Erreur, disait le domaine. J'ai de bonnes raisons pour croire que tout ou grande partie de cette concession appartenait au domaine turc, ou, en vertu de quelque redevance , devait y faire retour.
On plaidait ou Ton s'arrangeait encore.
Enfin il n'y avait plus rien qui empêchât la truelle ou ia charrue d'arriver. Point du tout : las ponts et chaussées se présentaient. — La place où l'on veut bâtir, planter, labourer, jardiner se trouve précisément sur le tracé d'un chemin , d'une route , qui doivent relier entre eux, dans l'avenir, des villes, des villages que le gouvernement se propose de construire un jour.
On allait devant le conseil de préfecture ou devant le conseil du gouvernement, et puis en conseil d'État; si bien qu'avant d'avoir pu élever un moellon, équarrir et placer une poutre, le concessionnaire avait épuisé son argent, sa patience, et avait pris en dégoût cette concession gratuite d'abord, payée ensuite, qui fuyait toujours devant lui , que souvent il finissait par ne point avoir. Quelquefois on lui offrait un échange où il allait recommencer ses sacrifices et ses mécomptes.
41fi L'ALGÉRIE FRANÇAISE,
Cela avait lien pour tes grandes conceiBioilâ/ ItÉ ^ concessions qui ne se rattachaient à aucuti AystènM de colonisation administrative par agglomérations de cattivaleurs cl constructions de villages, avec ud chiUre arrêté d'habitants et d'hectares de terre.
Ici il se pas ' ' î, et c'était plus tristev
parce qne celi pauvres, sur les ioimi^
grants n'ayant et un petit pécule poiU*
travailler eux- qui devait les noorriri
Od les avait a' en quelque sorte par la
promesse d'ni umédiate; et les jours;
les mois, les s tcoulaient avant que îe!a
tiU-es et les envois en possession fussent régularisé» et possibles, j^ussi qu'arrivait-il? C'est qu'après la conclusion de tontes ces formalités, un ou deux ans de chômage avaient dévoré les faibles ressources du petit colon; sa santé s'était perdue avec ses mcears dans les vices de l'oisivelé, et il lui restait à peioô assez de vie et d'argent pour passer le temps nécessaire a la vente de sa terre, qu'il livrait au& loopscerviers de ta spéculation en échange des qoelqoes écus qui devaient servir à le ramener en France. "-
Ces lenteurs de l'administration civile proven^eiM en grande partie des diflicultés domaniales ou indr^ gènes pour la formation d'un état des terres bon^ cessibles. Elles tenaient aussi au système qui'avâif été adopté pour la colonisation par groupes d'isâi-' vidiis et de propriétés, et, à ce second syslfetoie^,coneéquencc du premier, d'imposer un modegénémrf
PRJEMIÈRB PARTIE. 447
cl'<e3(ploiteUûQ et de coltures, auquel résistait le plus flMTOiU Ui natuce même des terrains conoédé8.
lAinaK^.daiis ud district saos eau, un certain nom« bre d'hectares était affecté à des prairies, sous prétexte d'élève du bétaiL Ailleurs, sur un coteau magnifiquement ei^posé au soleil et riche d'un sol pierreux, on, défendait de planter de la vigne, sous prétexte quej'Afrique ne devait point faire concurrence aux produits de la France.
Ayant en main les titres de propriété , les bureaux refusaient souvent de les livrer, parce que le colon , désargenté par deux années d'attente, n'avait pas élevé des constructions suffisantes ou avec des maté* riaux assez solides, et cela dans des districts où il n'y a pas une carrière, pas un arbre à hauteur d'homme.
£t ce que je dis de quelques cantons , je devrais le dire de toute cette vaste étendue de pays comprise, du Hamise à TArrach , entre les collines du Sahel et le petit AUas. On parcourt là des quarante et cinquante kilomMres de cette terre promise de l'Algérie sans avoir autre chose que des broussailles et des marais ; on gravit encore des dix ou douze cimes de montagnes sans rencontrer d'autre végétation arborescente que des myrtes, des oliviers sauvages et des lentisques, moins forts et moins hauts souvent que les genêts épineux de nos landes. Aussi la plus petite ccDEistruclion en maçonnerie, dans cette portion du ^Li«lgérien, était-elle hors de prix, même pour la ))y9merjatt)rez-de-chaussée; et rbal^i^ftion au rezHie**
*18 l.'ALGÈniE PltANÇAISK.
chaussée, quand les plaies arrivent, force les colon» j à n'avoir souvent d'autre issue que la fenêtre paroil | ils se sauvent avec les poules et les canards.
Les colons résolus , que j'ai déjà appelés obstiné», ' et il en e^t un bon nombre dont on ne saurait trop admirer le coi donc mis , quand on ne
les expulsait \ constructions arabeé, de
Trais gourbis i ruts, de la terre glaise^
des roseaux et tèclies pour toitures. La
fièvre s'y log( le, il est vrai; mais ilB
tâchaient de \ m lui abandonnant pat*
semaine trois mté sar sept.
Pour faire fonctionner son système de colonisation par groupes d'individus ei de propriétés, l'administration avait un petit personnel de géomètreB en fitre d'oflice. Ces messieurs étaient chargés d'indiquer les points divers oh des villages pouvaient être fondés, et de grouper autour des lots de terrain par huit, dix, douze, rarement quinze hectares. Ce travail adopté et paraphé à Paris, l'administration attendait qu'elle eàt dans ses cartons un nombre de demandes en concessions équivalant aux deux tiers environ du ohiffire total des lots formant la circonscription projetée."
Les impétrants étaient appelés. Ils devaient justifier de la possession de trois ou quatre mille francs. Crtle justification n'était pas difficile : il existait mémenne petite spéculation là-dessus, et il est tel paquet de billets de banque qui, passant de mains em mains, moyennant une- redevance un peu usurait^, fl'iïùt
poœr 00 joor oo petit capitaliste d'uo pauvre hère qui a*javaît pas oo sou vaillaot. Eofio , le oombre des coloos étaot arrêté et paraphé à soo tour, il était , eo graode soleooité administrative j procédé sur place à la distribution des lots : non au sort, ce qui aurait paru juste, mais au choix, ou caprice de M. le géolaètre» ce qui parfois donnait lieu à des plaintes, mais tout bas, car M« le géomètre était un homme puissant , à la fois arpenteur, architecte, conducteur des travaux et maire provisoire. Il ne faisait donc pas boo toujours de s'y heurter.
— Allons , voilà des plans de maisons ; il y en a pour tous les goûts et pour tous les prix. Vite, à rôeuvre : dans 'six mois, un an, deux ans au plus, il faut que le village soit debout, blanchi, habité et florissant. — Où y a-t-il de la pierre? — Là-bas! — Du bois? — Trouvez-en. — De la chaux ? — Partout l — Mais des voitures, des chevaux, des manœuvres? — A Alger, au village voisin !
Loin, toujours fort loin. Très*bien ! Mais alors voilà ' un pauvre malheureux qui avait lu daos les journaux oflSciels et aussi dans les journaux non ofTiciels , leurs complices involontaires, que sous la direction intelligente de Vadmmi&traiionj avec le concours éclairé de Œtatj r Algérie se peuplait de colons sérieux, se couvrait de beaux villages; il avait tout vendu en France pour se former un petit capital; il Tavait écornai pour vivre jusqu^au jour où il avait pu se mettre à L'œuvre , et il était obligé de Técorner encore
120 UÂLGJÈEIE FRit^^ÀI^E.
pour acheter tout le matériel d'un charretier. On voit ici le nombre de voyages pour la pierre « pour la chaux, pour les fers, pour les denrées alimentaires, et tout cela à vingt, trente, quarante kilomètres souvent.
Pour amener tons ces charrois sur remplacement du tracé du village et de la maison, y avait-il au moins des chemins praticables? Non. Par une étrange pétition de principes , Tadministration ne devait construire le chemin qui mène au village qne lorsque le village serait bâti.
Il advenait de tout cela que, dans la plupart des villages de création récente , bien des demeures éle^ vées à peine au-dessus des fenêtres du rez-de-chaos^ étaient demeurées sans toiture et inachevées. Le pauvre colon avait épuisé son pécule en achats et en transports de matériaux avant d'avoir pu les relier et les élever en édifice. Souvent son cheval s'était tué, sa charrette s'était brisée, lui ou quelqu'un des siens s'était noyé en passant par un torrent grossi tout ii coup, en marchant à travers des terres incultes, oou-. pées de marais, obstruées de broussailles, ravinées de fondrières, hérissées de quartiers de roches.
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Ce qn s'éuît dk poir ie» cbenÙK^ lae disaît pMr ki!î footalDes pahliqnes : 4 Après k raiistrectMMi do tîI* bge. > & a^uit de bkir sa bjôsûo le colon avait à creuser le paks oà fl lioQvenit Feao Déceâsair^ pour disscMidie a chaux, sécher son iDoitier, el cuire les alifpfilB de sa fimille et de ses maçoos.
— Aorail-il donc fallu que rÊtat se fil carrier^ chaufourmer, pttirier, voiturier, marcband de bois « et foui!
Ce u'eBt pas moi qui dis cela , c est la logique du principe de protectorat et d*oninifaisance que rÈlat loi-iDénie avait posé en Afrique.
Du moment où il avait lié le cokm à telle paHie du sol plotâl qu'à telle autre, où il avait ainsi forc^ le colon à subir la loi du milieu territorial où il Tavait placé, et où par conséquent le colon n'avait ni le choix du siège de son exploitation , ni le libre arbitre des voies et moyens, TÉlat avait le devoir de lui rendre tonte chose aisément praticable. Sans cela il ne faisait pas de la colonisation par patronage, il
m LàLGÊRIB l'BANCAISE.
tmait de U colooisalioo par tyrsonie. Seoleaieni, u J lieu de bâtir aies p^Tamides comme en Égrple, fl ]
élevait des vi liages .
D'aîllears, en laissant de cùté loate conséqucDoa ^ rigoareoâe do principe de la proiecûoa par l'Ëtal , y aarait-il eu gi * ' ' ne le génie militaire au civil fût occu| (les pierres et des bois, .
qui auraient i a construction des mai-
sons colooialt oii les forêts ei les car-
rières oe poa impe être exploitées par
riodoslrie pri is été faire on esoelteat
eiDploi , ËD u lu matérid coosidérable
des équipages a Mires, que de les utiliser au transport de naatériaux de construction sur les emplacements des tracés de village, dans un pays où, bute de routes et de capitaux , le routage n'avait pn encore s'établir? Au lieu de laisser l'armée s'ennuyer et coqueter dans les casernes des villes ou dans les baraqués des camps, ne pouvaiir-on, même avant la pacification, en consacrer une partie aux travaux des grandes routes et des voies secondaires de communications?
On avait fait de l'Algérie le hotany-Bay des pénitenciers militaires; les condamnés aux diverses peine* dii Code de la guerre y étaient par milliers; «u lieu de les mettre en adjudication et de les livrer à des entrepreneurs de chaussures, de chapeaux de paille et de toutes sortes de confections qui font coït' currence aux ouvrir» des industries libres, se <pou-
vftit^ti les envoyer aux deBséchements des marais, aux défrichements des terres, anx exploitations des carrières et des bois? Ce que très-souvent les administrations ci viles e* militaires faisaient pour les trappistes de Stàéndi, pour les orphelinats du R. P. Brumeau et des s030rs de Saint-Vincent- de -Paul ou autres, anxquete ne manquaient ni des pionniers, ni des soldats, ni des sous-officiers du génie et d^autres corps, ni des compagnies souvent entières, ni de longues files de prolonges, quand ces congrégations religieuses en avaient besoin pour leurs défrichements et pour leurs transports; est-ce que ces administrations n*auraient point pu le faire pour le service général de la colonisation , dans un pays neuf où la civilisation et le travail ne savaient où placer les pieds, parce que travail et civilisation sont une conquête sur la nature sauvage?
Le colon avait deux années, je crois, pour triompher de ces obstacles. Si, à l'expiration de ce terme, il n'avait pas bftti sa maison , cultivé moitié au moins de son lot de jardin et de son lot rural, un inspecteur colonial passait par là qui, s'il n'eût été humain, avait le droit de le déclarer déchu et de le faire exproprier. Il est vrai que souvent l'expropriation ne se serait adressée qu'à ce quelque chose qui n'a plus de nom , et qui , depuis six mois , avait été couché là , sous le sol, par la misère, par le désespoir et par les souvenirs tuants du pays. - ' Quaftt aux colons qui avaient surmonté tant de
m L'âLpÉlUE FRANÇAISE.
causes de ruine et de découragement, que leurre*! tait-il de leurs pauvres ressources? Où les trois cstita francs pour la paire de bœufs de labour? où les civr\ quante écus pour la charrue et les outils de la lerre?i oii l'argent pour les premières semailles? et puî& cha-
»in HU milieu de tout cela, on avait des entrailles [ jœuf au colon, qui pd qualriètne urrirâil, il ; que le troisième avaiL urnissail les graios dea rrivaieut si lard que ie> , et que, presse par
que jour demani^ant en
Oh! je le sais elle promettait achetait trois; était resté silo eu le temps de premières sem;
temps de la muisiîuu eiuu y<^uu, le besoin, le colon portait le blé au moulia et I à retable ou au marché. Quand les pauvres mères ne pouvaient plus allaiter leurs petits entants, elle ordonoait l'envoi d'une vache laitière; mais qaoi encore! cette vache s'était si longtemps amusée aux. grandes Iierbes des fossés du chemin, ou bien elle avait été si surmenée pour bâter sa marche, que le jour où elle arrivait son lait avait disparu; — ou, douleur plus grande! Tenfant était mort.
Aussi , malgré tes meilleures intentions du pouvoir, et de l'administration , malgré les sommes éaormett, jetées en indemnités et en secours, combien, diaqs ces villages tout blancs au dehors, il y avait ddinaîsons habitées par l'oisiveté et par la misère, veuves d'ustensiles , de lits , de pain sur la planche , àis, hestiaux à l'étable! Il n'y avait là souvent quç l^^pèrE;,.
kt mère, dés enfti&ts sans linge, sans fraîcheur, maladifB, et tons découragés, regrettant presque de ne pas être morts, comme leur voisin, avant d'avoir conàtrutil la maison qui les avait ruinés.
Je dîâ la maison ; ce n*est pas assez : pour un grand nombre, la ruine était venue du travail même de la tierré.
L'État, qui n'avait pas donné aux émigrants un manuel d'hygiène pour combattre les influences du climat, n'était pas allé davantage au-devant de la témérité des uns et de Tinexpérience des autres pour les en garantir. Car le sol algérien est d'une fécondité à tout promettre et à causer les fascinations les plus tentatrices, suivies, hélas! des essais les plus ruineux. On essayait de tout en Afrique, et souvent sur une très-grande échelle.
Qu'en résultait-il? c'est que, n'ayant pas répondu aux espérances toujours portées trop haut , la plupart des cultures étaient leur à tour abandonnées ou reprises, et presque toujours suivies d'un désastre. Les rares cultivateurs venus en Algérie et y fouillant le sol ne se rendaient pas compte des différences qui existaient entre les soins que sa richesse même exige et ceux que réclamait le sol moins exubérant de la Fratice.
Pouf' écrire et répandre un manuel du laboureur et dû' J)lanteur, cependant, les éléments n'auraient pââ'pltiS manqué que pour le manuel d'hygiène. Je né'i^irlë (ioint, pour ce travail, d'une commission
imiqiie sur lea diverses » caltures qui oonvien-
tant plus utile que les
mis à fouiller la terre
>té choisis aux ctiatnps,
fgnes il essayer du labourage que
116 L'ALGÉIUK FRANÇAISE. ■
de gavants : science et expérience sont deux ! mais d'agrieullGurs ayant expérimenté par eux-mêmes, à leurs dépens. J'en ai connu lieancoup; les Pantin, les Ueverclion , les Léclhau , les Trotlier, les Gauran , colons résolus, hardis, vrais pionniers de notre colonisation , aurnî^nt rcTtem ^t fort capables de mettre la main à un natures du sol draient à chai
Ce travail premiers coloi africaine n'a\ et ne s'étaieni parce qu'ils avaient échoué dans un autre métier. Cétaieul pour la plupart des arlisaus que le chi^mage avait chassés de France et suivis en Afrique; des employés subalternes du nombreux personnel des bagages et des petites industries qui se traînent derrière les bataillons en marche, et qui avaient été liceaciés et ruinés par les cantonnements des troupes après la pacification des Arabes.
L'État, qui vit bien que ce n'était point avec de pareils éléments que l'Algérie serait défrichée et cou^ verte de cultures , se mit en quête de vrais travailleurt de la terre, de vrais laboureurs, devrais jardiniers, de vrais horticulteurs. En 1846, le zèle échauffé dei préfets des départements du midi de la Franoepro^ céda à une sorte de raccolement assez semUabte'à celui que messieurs les sergents de l'ancien régime
PBJBMIÈRB PARTIE. 497
prstà^ftÎMt si dixirement sur le quai de la Ferraille^ Q s'diww^it eo quelques mois y sur les ports de Cette , d«ilC9rseiUe et de Toulon , un encombrement de huit à diii mille paysans accourus du Béam, du Lot^ de llAriége^ du Gers, du Tam^ de tout ce magnifiq[ue bassin des Pyrénées que la Garonne arrose. Hommes, femmes, jeunes garçons» jeunes Elles » tout fut trans* porté à Alger sur les navires de FÉtat ou des compa-» gnies privilégiées par lui.
Hélas! rappel de TÉtat avait été trop vite entendu ; les préfets de la France avaient trop bien servi les vœux du gouvernement d'Alger. Ce fut comme une irruption , un encombrement de richesses. Rien n'était prêt pour recevoir cette masse d'immigrants : ni les villages, ni les fermas , ni les terres. On ne savait où les loger. Le la:^et, Téglise Babazoun elle-même regorgeaient. On les baraqua, on les mit sous des tentes, le plus souvent au soleil, le jour, à la belle étoile, la nuit, c'est-à-dire à la merci de toutes les influences climatériques du ciel africain. Chaque jour le flot augmentait ; les derniers venus poussaient plus loin les premiers arrivés, et le lendemain ils filaient à leur tour vers une destination lointaine, plus ou moins nommée et désignée.
Ce défilé dura longtemps , bien longtemps ! et sur toutes les routes et dans toutes les directions. Mais combien arrivèrent aux lieux indiqués, et, après être arrivés, combien furent logés, travaillèrent, vépurent? La ville et la province d'Alger en sontân^
core tout émues. De tant de bras , de tant do A de jeunes filles , de jeunes gens , au bout de six moi^ il ne restait presque plus rien : la fièvre, la misère, la mort avaient presque tout pris. Ce qui reslait àê jeunes tiilcs se fit scrvaote. ou pire encore; ce qui resta de jea"*» i^nwnjni^ a» ru mendiant et ivrogo^i et ceux qui
en France s'en allcfeil 1 témoignage du sorl q9t\ % Français qu'il f
reporter chez l'État proteci en Afrique.
Et la gran< 3 1848! ce complémeit ]
par séduclic iient par transporUttiotf
des faubourg» la, m -je en parler?
Oh! certes, celle-là fut bien une entreprise da gouvernement. Qui ne se souvient do ces bateaux qui l'emportaient , tout pavoises de drapeaux et de ba»* deroles? des chants et des adieux dont ils retentis* saient au départ ? des belles harangues des généraux t toutes reluisantes des mirages du ciel africain? des hymnes des prêtres qui venaient les bénir? Ces l^fnh tiers, ces ébénistes, ces ciseleurs, ces coutarièresu ces modistes, tous ces artistes, tous ces ouvriers 4% luxe de Paris, tous ces expatriés du chômage et 4^ salaire, de la faim et du désespoir, qu'au qoojJk^ dg douze mille, au sortir des conditions incertaines bbaj^ faciles de la vie de bohème parisien , sous un ciqliC^ et tempéré, on allait mettre aux prises avec la Yie-isk planteur, vie laborieuse et rude de fatigues,,4l'épaw ^meul, sous un ciel de feu , que sont-ils dwaiii^ J
. 1>BBMIÈRE PARTIE. 429
' ^H^iè 'k^té^t41 de tant de pauvres niénages partis «TM^ dés enfants souriants dans les bras? Et de ces jlPÉMri^lMiautfies à Tair si insouciant , et qui portaient '€ki en: toutes les volontés et tous les courages? Et de *as jeunes filles accortes, qui, chaussées de brodeqmm de soie, les mains dans des gants de fil, coiF- •6es d^un petit chapeau tout enrubané, (but coquet, et un fin mérinos ou un léger tartan sur l'épaule, semblaient croire que là-bas on allait trouver tout un monde plaisant de bouncs. fortunes , et une sorte de continuation des bals de Sceaux ou de Saint-Cloud, les palmiers seulement remplaçant les hauts marronniers? Oui, qu'est-ce que tout cela a fait, qu'est-ce que tout cela est devenu, dans ces anciens villages des capitaineries dont j'ai déjà parlé, et où on les avait poussés loin d'Alger, loin de Blidah, où auraient pu encore se trouver des ressouvenirs de la France, du beau Paris?
Hélas ! vers ces terres d'Aïn-Béniam , d' Aïn-Sultan , de la Bourkika, du lac Halloula, du Kobrir-Roumia , mes compagnons d'exit m'ont dit avoir rencontré cfdelques anciens jeunes hommes de cette émigration, qui avaient été frappés, les uns de cécité, les autres de paralysie, tous de fièvre et de misère, hâves, jaunes et nus ; et aussi quelques femmes , une vieille grand'mère qui avait ramassé deux petites filles à edté de sa fille et de son gendre morts. Ces malheureuses créatures faisaient tous les jours cinq, six kilomôlrês pour aller chercher aux ateliers de la
f30 LALGÉRTB PHAKÇX19E. .
tfanBportalion la Boope. el le pain qtfaue iofdi partageait avec une autre infortune.
Aiijourdluji, ces ateliers ont été vidi^s à Icnr toor. Avec qiioi ont pu vivre ces feminos, ces enfants qrtti le gouvernemeni' avait anrôléa, el dont les cuMï* de Paris avi""' *^'~' " lépart, les bateaux dé traosport?" 1 ' ' '
r^iia()-iti (in I
Du système do l'ai * -^ a-ris avefi la Ftmm- — Asàirô-
lalion adminiatroi..^. — Assimilalion domtni^rp, — Du monopolf mBlTO|)omain. — Pi'solTffS dims les |iiisscs.i'iii'; iindiiin-^ d"\ni<rïque. '~ SépanuoD et baoquerouie. — impuissance du systaHS' de la colonisation par l'Ëtat. — Ses causes. — Métro(>ole et çolçfki^ . — Le citoyen et lliomme. — Aspirations de l'Algérie aux environs do 18(8. — Silence ear l'Algérie d'aujourd'hui. — Hier et decàrfÙJ'
A lui seul, le système du protectorat par Ini^tiVe et coDcoQts n'aurait peat*^^ pas amené la ookmîea"' tion au point où je l'ai trouvée. Mais on «veit sarë' doute ont bieo faire en l'aggravant du 'système 'dé' l'assimilation avec la France. - ' '■'-''
En principe, 'l'aBâimilation d'une colonie obri^n n'est créé, peuplée à peine de soixante à' qaatv^' vingt mille nati(Hiaux ou Européens, avea BaiHtétfO''' pôle, pays de trente à quarante millions d'homme^,'' où tout marche, doit être fatalement pour cette' ttôM^' nie oe qae wrail la nourriture d'un homme poWVtW^
PBJBMIÈRB PARTIB. 431
e«iSKAt:AU ib^rci^a» Bien c^ Feofant en
mourrait.
i£q ùiiiil a'^a fallait de beaucoup que rasaimilatioii fût complète : Tadministration dans la colonie n'avait aucun dea contre*poid8 qui, dans la mère palri^ , la pouvaient rendre supportable.
Ainsi, en France, Tautorité civile était indépen** dante de Tautorité militaire; en Algérie , elle lui avait été complètement , absolument subordonnée. L'Algérie avait été , comme la France , divisée en départements, avec préfectures, sous-préfectures et communes; mais dans les préfectures, où était le conseil général de département? dans les sous-préfectures, où le conseil d'arrondissement? où le conseil municipal dans les communes ? Nulle part auprès des représentants du pouvoir on ne trouvait les représentants des intérêts du pays, élus ou pris dans le sein de ces intérêts mêmes.
L'Algérie était une colonie, et elle n'avait seulement pas, comme nos colonies des Antilles ou de rOcéan Indien, un conseil colonial, élu par la colonie et formé d'hommes ayant au jeu leur fortune et leur vie.
: Pour décider de toutes les questions purement d'intérêt local, ou (danger plus grand!) d'intérêts mix-» tes , impliquant à la fois la colonie et la métropole , il n'y avait sous la main des gouverneurs et des pré* fets que des conseils appointés , composés , comme les a^inioiâtfations elles-mêmes, de fonctionnaires ayant
LGËRIE FRANÇAISE.
le pied en Algérie sans doute, mais les yeux sans cesse tournés vers la France, d'où ils venaienl, où ils aspiraient à retourner, où étaient leurs espérances, leurs amitiés, leur famille, leurs ambitions; ne pre- 'liant rAîgérie que comme une hôtellerie où ils venaient se refi ■ "' ' 3; traitant ainsi toute • chose, même i point de vue métropolitain et non c ; et non algérien. Pour lout dire, l'at était partout avec aes droits, le citi l'était nulle part avec les siens.
En l'cvanclit administrative ne lais-
Bail rien à désirer, si l'on regarde au nombre , à la complication des rouages, au personnel afletté à leur service, et aux traitements qui en sont la rémunérar tioQ. Quelle exubérance! quel luxe! Des préfectures, des divisions montées comme des ministères ou desdirections de France ! Telle petite ville de quatre à cinq cents âmes ayant des services administratifs à faire envie à des cités françaises de trente mille habilanls! Le personnel gouvernemental y formait bien certainey ment le tiers de la population ; et, pour le constalfir, il nVAt été besoin de consulter ni almanaclis ni sUtti^ tiques; regarder à )a coiffure et aux habits sufi^sdiAi; partout le galon oITiciel ! i .,\- .,\,
En demandant l'assimilation administrative) sif^ est que ce soit elle qui l'ait demandée , l'Algériei ay^a^t agi follement; — comme ces rares habitants de.|if y|i|)e impériale. de Trijvcâ qui, après avoir, été.(}^^és.
ftltiiiésff^'plàr'^tlliatre invasions de barbares, decoaD* diàiëHt qtt''6iQ('ltetir rebâtît les amphithéâtres 2 — « Fu* D'gKîfëd^la ville de Trêves, s'écriait Salvien, leprê» » lift âè Marseille, vous vous adressez aux empereurs )) afifi 'd'obtenir la permission de rouvrir le théâtre et ^ le birt^cre; mais où est la ville, où est le peuple pour » <|tiî vous présentez celte requête ?»
— Où sont les administrés? auraft^on pu dire à TAfrique.
Aussi , qu'est-il arrivé? L'assimilation administrative de l'Algérie avec la France a été pour la colonisation ce que, en mécanisme, serait un levier plus puissant que son point d'appui , ce que serait une machine qui manquerait de matières pour s'alimenter; le point d'appui serait écrasé par le levier ; la ma* chine avec fracas tournerait dans le vide.
Mais que dire de l'assimilation douanière?
En cette matière surtout, assimilation doit signifier réciprocité. Les ports de l'Algérie étaient ouverts aux importations de la France , et fermés à celles de ré« trànger ; dé son côté , l'exportation algérienne n'avait de débouchés que les ports de la France; mais les produits français entraient en franchise dans les ports de'PAlgérie, et les produits algériens, dans les porté de la France, voyaient se dresser devant eux une fewtfe barrière toute hérissée de droits. Ce n'est donc ^é' ràsâthlilation qui avait été constituée, c'est le liHVilégk '" Dfe abs joursl, poser la question du monopole d'ane.
îniëtropole sur une colonie naissante, où larabd "ôort iriarcké est la condition primordiale et absolae de ses j[ihjgrès, c'est l'avoir résolue négativement. S'il est vrai, an point où la science économique est parvenue, que la liberté de commerce d'État à État soit Félémenlle plus ichesse des nations par
le bien-être faci , à plus forte raison en
doit-il être ainsi es en formation, où le
capital, et, pai il, seraient fatalemebt
absorbés et étoi is de la consommation
étaient livri^s ai et aux cupidités d'Qb
monopole d'imp*
Pour mettre ces vérités en relief, il n'est plus nécessaire aujourd'hui de raconter les misères qu'enfante te monopole , non plus que les puissances de production et d'échange qui sont au fond du systènte de liberté.
Toutefois, pour donner raison à la théorie, je citerai deux exemples sans réplique : l'Algérie et les colonies transatlantiques de l'Augleterre. L'assimilation douanière a été , pour la première , ce que lé fameux acte de navigation fut pour les secondes.
C'est depuis l'assimilation douanière qae les pArts de l'Algérie sont à peu près vides de navires étrittigers. 11 s'en est suivi un renchérissement de mdftibatl^ dises qui a graduellement exercé , sur le capittd dl^ rien , une pression telle qu'il n'en reste presque pli^s rien aujourd'hui pour subvenir aux besoins' dti Iriivaii agricole. Tout s'en est allé, tout s'ed Và'p'Eit- 1^
. PJ^EMIÈRE PARTIE. 135
ÇjQfuptQirs. (lu commerce» qui eux-mêmes ^ en suite jj.'pqf^ réfK^tiop toute naturelle , ne trouvent plus guère qïie|,l0 placement des denrées connues sous le nppi d'at)splue nécessité. Ceux-ci même travaillent plus, à crédit qu'au comptant, d'où il arrive que le chapitre de? perles absorbe, ou l)alance tout au plus, celui des béi^ces. Aussi peut-on dire qu'en dehors des magasins de ces denrées de première nécessité, il n'y a presque pas de commerce en Algérie. Il n'y a que le détail; et, en ce genre, le magasin français est dominé par la boutique juive. Celle-ci attire tout à elle : ayant moins de frais , elle livre à meilleur marché, Les maisons du négoce, du commerce proprement dit , ne sont plus des maisons algériennes, travaillant avec leurs capitaux , ayant une existence à elles : les maisons algériennes n'ont laissé que des ruines pour trace de leur passage et de leurs efforts. Presque toutes les maisons actuelles sont des succursales de grandes maisons de France, qui, fournissant les fonds, donnant les ordres, tiennent ainsi dans leurs coffres , en France , les destinées de la colonie africaine.
Le monopole maritime et commercial a étendu son influence funeste sur le peuplement, la production et le ))udget de TÂlgérie, qui auraient été servis au pqntraiFe par la liberté de navigation et de commerce. Pe& maisons étrangères de commerce et de banque Sf; ^erd^ejPit nécessairement fondées , et auraient amené n^ ^m^ ipouvement de capitaux et de travail; car
ta fréquentation des ports, en. faisant connaîtra Jo. pays et l'immeasa variété de ses ressources, auraû propagé au loin le désir d'y asseoir des établisse-; ments et des entreprises. L'argent et les bras vont toujours où se trouve la liberté. Enfin, le budget, qui, pour frais de perception, laisse aux mains du
nombreux pers énorme de ving été enrichi par ei d'ancrage, | libres.
Aussi, rbeur a\oirvccudem
:s algériennes lechiffre it do la recette, aunit^ des droits de tonnaga.) arables dans les porta
-elle proche où, pour Cl merce français mourra de pléthore dans les magasins encombrés de l'Algérie; tout au moius subira-t-il dos perles énormes par suite des impossibilités de remboursement nées du nombre des crédits qui ne rentrent pas. Pour avoir été forcée à ne recevoir que de la France , à ne donner qu'à la France, à faire passer sous le pressoir du monopole do la France les pécules, les économies des colons , dont, par la concurrence étrangère, il serait, resté quelque chose pour le travail agricole qu'ils devai^t . créer et féconder, l'Algérie était arrivée à n'avoir, ni.) agriculture ni commerce.
En ceci pourtant, comme en bien d'autres. ichpsos coloniales, la France avait eu un grand et ile^ritetein exemple dans les anciennes colonies anglaises; duii, nouveau monde. Là aussi, moins avancée, ,qu&,dp nos jours dans la science économique, l'Aiigje^reoi
avait' itnpb^ ses loîà de navigation et de monopole en favètif de ses vaisseaux et de son commerce. Là aussi , elle soutirait' jusqu'au dernier penny le capital américàhi, avant qu'il eût pu se multiplier par le travail de la colonisation et par les enchères de la concurrenco ^rangère. Jusqu'au moment de leur émancipation , les colonies en souffrirent cruellement. L'Angleterre ne' s*en inquiétait pas : à l'entendre, les forces prodoctives des colonies ne devaient servir qu'à enrichir les métropoles ; et elle fit fonctionner à outrance ce système de l'exploitation par la mère patrie de ses filles esclaves.
Elle en fut punie dans sa puissance , dans sa politique, dans son commerce. Pour obtenir le redressement de tous ses griefs , l'Amérique se souleva ; pour avoir sa liberté commerciale , elle proclama son indépendance comme nation ; et violemment ébranlé par la perte de plus de cent millions qu'elle lui devait, le commerce métropolitain pencha longtemps vers sa ruine.
La question est donc jugée. Entre métropole et colonie , la balance de compte du monopole se solde par ces deux termes : séparation et banqueroute.
Je viens de dresser le bilan de la colonisation algérieiriie par l'État, durant les vingt premières années de ia conquête.
^éconisés par tous les intérêts de position et de foftlloë'^'iquels ils s'appuyaient, les systèmes du
protectorat et do l'assimilalion n'ont donné que des
résultats nogatife.
. Par eux , on a fait une œuvre à rebourft. . , ,. i
On croyait féconder, on a stérilisé ; od voulait peupler, ou a fait le vide; on cherchait à créer t'aclivité,on a prr-*-"' "■ — '— - onespéraithâler la virilité, ou a prol
J'en suis doi iésirerais que la France
et sa colonie a ne uioi à cette conclu-
sion : — En plus qu'en sociabilité,
l'Etat n'a le poi iemenler, tout protéger,
tout entrepren ire, tout faire. Dès lora,
il ne doit pas en avoir la volonté, et lescitoyeas ne doivent pas lui en imposer le devoir. Plus il étend le cercle de 6oa acUoo , de ses iuiuiixtionâ , et plus il éleud ia cercle de sa responsabilité; plus ea respoosabilitâ est grande, et plus il y a compromission pour son autorités
La cause de cette insulBsance de l'Ëtat, la voipi^
Si bonne que soit la volonté , si intelligente que soit rinitiative, si grandes que soient les ressourpes des pou.voirs publics, forcés qu'ils sont de ooncourir au fonotioanemenlde l'ensemble social , ils ne poi^rr, ronl jamais donner à chacun des éléments doot.cejl, ensemble se compose la part spéciale et afféreqte ^e Tolonfé, d'initiative, d'exécution, de sollicilîKfe , presque d'amour qui lui est nécessaire, et qui,]QJ.j9^t apportée, au contraire, et à des degrés bien, supérieurs, par les intérêts individuels qui se coDceoJ/^^ sur cet élément seul. - : m < ><<'
'CeA'id6etii\ûi sont vraies pour les métropoles, h sont bien davantage pour les colonies.
Dans une société ancienne, où tout est fait, où tout Va de soi, pour ainsi dire, par habitude, par les seules' lois de la pesanteur, et où il n*y a plus guère qtk*k cbnMrvèr, à radouber, à rajuster et à perléû^ tionner légèrement, sans secousses; un pouvoir social totrjotirÀ ' et partout présent, intervenant, s'inquiétant, agissant, peut n'avoir pas de dangers immédiatement a{^réciablos.
Dans une société en formation , au contraire; dans un pays neuf, où tout est à créer, lois, institutions , crédit , propriété , travail , société , Thomme
lui-même Tappel incessant au patronage et au
concours de l'État est nécessairement une cause continue dé temps d'arrêt, alors même que cet appel est entendu, et, s'il ne Test pas, de découragement et d'abandon final.
D'ailleurs , et en ceci est le péril le plus grand , il y a pour la colonie , dans cette perpétuité de sacrifices de la métropole, une situation de dépendance qdi la fait arriver jusqu'à n'être plus qu'une matière à rettd^nent, exploitable par toute machine à haute pHessièn.
De^ idées de résistance et de séparation en doivent fatalement sortir.
Enfin, dans une société constituée, où, malgré (dciiéÉîàdrles d'antagonismes , les hommes et les intérêts , à un moment donné , peuvent se grouper, s'en*
fendre, et, comme on dit, se .scrtfiV lpi'eo'>ii^i^,'i^^m né pas être un lenrrc de senlimcnl ou de raSso'ti ql de compler et de s'appuyer les uns sur les antres; 1 il peut à la rigueur tHre permis de s'assurer conll'c' risoleraent , de s'épouvanter de l'individliairsmè. Mais daas I'œ "" Ionisation où loiil, tes
différences de ngues, de mœurs, lés
distances elles n obstacle quotidien au
rapprochemei s besoins, dos iotérêls,
il faut le plus r rien à demander aux
autres, ne toi de soi, ne compter que
sur soi, et lu xire, sans trévG, 'sàté
merci, aujourd'hui, demain, toujours!
Si les métropoles sont les foyers des forces sociales mises en commun, les colonies sont, pour lès forces humaines, un point d'appui dont l'individualisme est le levier. Il y » le citoyen dans les premières, daUs les secondes il y a l'homme.
Aux environs de la dernière année du gonverDe^ ment que renversa la révolution de février, cette idée de l'impuissance fînate de la colonisatron ' fiàr l'État était devenue l'idée dominante dé l'Algëriè.' Elle était passée en quelque sorte, ro'a-t-on dii', à cet état d'obsession sourde qui, avant d'écîàtér''ëil un cri de guerre, alarma si longtemps 'le ^i^6terilt6^'l de l'Angleterre dans ses possessions de TAniêHt^y. A Constantine, à Oran , à Alger, il y avait oôtùtaë'Ub courant électrique de vœux pour demandée VutiHê d'un pouvoir relevant directement du chef db l'ËU&vj
l^^.^^prématie de raulorité civile, la subordination, ^p^r^ de Tarmée, la simplification administrative^ u^ 3yi;tèine de concessions abritées contre tons les ai^tsgonismes , Tépnration de la magistrature, une iave^Ug^tiQU sévère sur les actes et la moralité des ojO^cier^ ministériels, une guerre sans pitié à T usure ^ la liberté du commerce, et l'égalité politique et civile devant la loi française.
Il y avait là plus de vœux et de besoins exprimés que le gouvernement n'aurait eu le pouvoir et la volonté d'en satisfaire. Tout au moins la folie algérienne aurait-elle paru consister dans le rêve d'une réalisation immédiate. Cependant, au fond de ces ioipatiences de rénovation , il y avait une telle constatation du degré de dépérissement où la colonie était parvenue, une si éclatante preuve que tout était à refaire, une démonstration si claire que l'Algérie était un de ces malades condamnés qui ne courent plus que le pire risque de mourir du traitement au lieu de la maladie; enfin toutes ces convictions parlèrent si haut, que le chef de TÉtat en parut troublé et songea sans doute à aviser.
Peut-être eut -il la pensée, dans la mesure, bien ^qtendu, du milieu dont il subissait la pression , d'essayer du traitement qui laissait une chance de salut. XpHJfturs est-il que dans l'envoi de M. le duc d'Aui^^t^,^ qualité de gouverneur général , l'Algérie crut YPf ^ , çoqc^po un acheminement, lent et gradué sans dfjjijtpj,}j(}a|iç résolu, vers une orgaAisatipn npuvelle^
*tt L'ALGÉRIE FRANÇAISE,
La révolution de février, en briïianl le ir6ae do^ père et Vépée du 6Is, n'a pas donné le temps desavoir ce qu il y avait de rOves ou de certitude d«n8 ces espérances de la colonie africaine.
Après avoir dressé le bilan du passé de l'Algérie.
' 'ie sa situation présente, [u'aujourd'liui vaut un lœurs sont en progrès; plus rares, et que, s'il ar la conscience publiiiitaire est moins sabrf, ités de la colooisation; jins éprouvent un peu
il m'en coûte Ho J'aurais aimé .
peu mieux qu que les grands s'en produit, que; que le gi moins inintell
que les concessions ae lein moins de lenteurs et d'obstacles ; que la formation des villages est moins ruineuse pour les colons ; qu'à la pépinière du gouvernement il se fait d'assez heu->: reax essais de culture , et qu'il en sort des enseignements auxquels ne manque, par nne publicité gratuite, qu'une vulgarisation plus générale; que les voies de communication sont moins mal entretenues; que l'inspection générale de M. le docteur Baudeos a produit une meilleure organisation da service médical dans les campagnes ; que le chef de l'administration préfectorale (et quoiqu'il soit et qu'on le sache mon ami , je peux bien lui rendre cette justice) a communiqué une heureuse et puissante impulsion aux cultures industrielles qui doivent un jonr affranchir la fabrique française du tribut que, pour certaines matières premières, elle paye à l'étranger;
PR£]ilIÈRE PARTIE. 443
j^aJttFfltiB'iÀiiflé eafifi^ Teconnattre toutes les améliorakîoiiS^ tond les pbogrèsy n minimes, si imper cep«trMsB qbUls^ poissent être, comparés an temps et aux moyens d'action; maïs ea regard j'aurais eu à mettre beaucQùp dei critiques^ et à continuer de faire entendre y poW' bien des choses, un inflexible delenda Cmthaga.
Je ne le potirrais pas, je dois donc m 'abstenir.
Là où l'on ne peut mettre librement le pied , mieux Taot ne pas le poser du tout. Mon travail se tiendra donc entre hier et demain. Hier est du domaine de l'histoire , demain est du domaine de l'idée. Je suppose qoMl est permis à tout le monde' d'entrer dans l'un et dans l'autre.
Sorti du passé de l'Algérie j je vais entrer dans son avenir.
Rénovation !jl;:in'it de l'intétiH w.r de colonîj^.itioii l'Amérique.
lirais coloniaux. —^Si^réittttK
Toni'i- iigi'icole. — Du s\atiinn Sos L'Ifpls Jans les colonipsiie
Si j'en crois celle sorle de prévision instincUve qui , chez l'homme , n'est que le reflet combiné de la peole forcée des choses avec la raison qui a^eo rend compte, le système de la colonisatioD par l'État est bien près d'avoir fait son temps.
Peut-être, comme nécessité trao^loire, sera-t-il, dans quelques parties, prolongé à titre d'exoq)tioa; mais il faudra aller jusqu'au bout. Le protectorat ne sera plus que ce qu'il n'aurait jamais dû cesser d'éUn : une tutelle embrasant tous les intérêts, et, sbdb £aire contre-poids à aucun, les livrant à la liberté tfQilï— de leurs développements. Ce jour-là, le protecioratM tombera pas seul , il entraînera, forcément av«o Loi-le système de l'assimilation de l'Algérie avec '■ Priam, de ce qui est faible avec ce qui est fort, deofti^^
pour grandir, a besoin de liberté, avec ce qui , pour cUmiiDer, a besoin de privilège.
Cett de cette rénovation que je voudrais hâter la ▼enae. Elle md feëbibte possible aujourd'hui , demain , sans danger pour la colonie , sans préjudice pour la métropole. Bien mieux, la colonie, en cessant d'être un fardeau ruineux , entrera plus vite dans une ère de prospérité; et la métropole, loin d'avoir de nouveaux sacrifices à s'imposer, trouvera dans celte rénovation des avantages que le monopole ne lui aurait jamais donnés.
Aujourd'hui, non moins qu^aux environs de 1848, les Algériens eux-mêmes semblent avoir tellement la conscience de la situation faite à leur pays par le protectorat, et de l'impuissance de TËtat à en rien dégager qui puisse relever la colonisation de l'atonie et du discrédit où elle est tombée, qu'ils sont tous en travail de quelques projets de salut et d'avenir. Chaque feuille de saule que le souffle de la spéculation détache de la région des rêves , y est prise pour un continent sauveur qui va surgir du milieu de la détresse coloniale, et sur lequel l'Afrique pourra fonder la restauration de sa pauvre fortune.
Dieu me garde de faire à tous ces projets l'honneur de les prendre au sérieux ! Ils ne sont pour la plupart que des hallucinations d'agonie. Il en est quelquestin» cependant qui, par une apparence d'applicabilité immédiate et facile , et par un certain miroitement de eîvitisatioD et de bien-ôtre en faveur des races déshé-
m L'ALGÉRIE FRANÇAISE,
lité^, pcuveat, aa premiar abord, exercer qoelquo eédMciion. Il y faut doue regarder un peu de.iirèa.t itSa d'cviler à l'ACrique, s'il est possible, d&ireulcei' daOB la voie des tàlonnemeiits et des axpériioeiiUi-< lions , où , sans profil pour le progrès Je la colODiëâ' tkui, les capita"'' "l" '» i^i'aice iraient de nouveau
B'englouUr. . , ji
-, Pour bien li ::, le grand, le pr^tiiel!
ioléréi de la c< i service duquel , S0114
peine de ruine ra appliquer la majeure