SCÈNE III
LUT^OVIC.
Que dites -VOUS?
CLORINDE, appuyanC .
Je dis que je n'épouse plus M. Bouclionnet.
ANNA
Ah!
LUDOVIC
Me voilà.bien !
ANNA
Cependant, cette visite. . .
CLORINDE
A pour but de lui redemander mon portrait, que, selon toute apparence, il ne veut pas me rendre.
LUDOVIC
Je conçois, madame, qu'il ne se ré.signe qu'avec peine à "ne pareille restitution.
CLORINDE
Demeurant dans la même maison et presque sur le mêmepalier,ça lui était pourtant bien facile. D'ailleurs la lettre très peu aimable que le portier lui a remise de ma part, hier soir, n'admetlait pas la possibilité d'une réconciliation.
ANNA
Comment, madame, vous seriez fâchée à ce point contre mon oncle 1
CLORINDE
Oui, mon enfant.
LUDOVIC
Il faut espérer que ça s'arrangera.
CLORINDE
Impossible.
LUDOVIC
Ah ! mon Dieu!., et pourquoi ?
CLORINDE
Parce qu'en m'unissant à M. Bouchonnet, je croyais faire un mariage de raison, et que M. Bouchonnet est l'être le plus déraisonnable!...
LUDOVIC
Ah! c'est bien vrai !
ANNA
Il avait l'air de tant vous aimer !
CLORINDE
Ah ! oui, mais il m'aime trop !
ANNA
Par exemple !
CLORINDE
Jugez-en: Hier soir, il m'avait conduite au jardin d'Hiver. Eleclrisé par l'harmonie, il me parlait de notre prochain mariage dans une des allées du jardin, lorsque tout-à-coup, supposant sans
doute que quelque promeneur iaisail attention à moi, il mo dit avec une sorte de violence: Baissez les yeux! baissez les yeux ! mais baissez donc les yeux !.. Pour lui complaire, je fais ce qu'il exige; mais alors, et c'était bien naturel, je heurte un jeune homme qui venait devant moi et que je ne pouvais apercevoir. — Madame, s'écrie M. Bouchonnet, c'est indécent! pourquoi avez-vousdonné un coup de coude à ce jeune homme? — Parce que, selon votre recommandation, je baissais les yeux. — C'est faux, c'est un rival !. Et, dans sa jalousie, M. Bouchonnet me pince le bras avec force, et bouscule tout le monde pour se mettre à la poursuite de l'inoffensif promeneur, qui, fort heureusement, s'était déjà perdu dans la foule.
LUDOVIC
Et tout cela, parce que vous aviez négligé de baisser vos paupières ?
CLORINDE, souriant Ah, mon Dieu, oui.
Air : Du fleuve de la vie.
Vite alors, je monte en voilure. Je reviens et par un billet, ne crainte de mésaventure.
Je redemande mon portrait.
Votre portrait'
ANNA
CLORINDE
Tout m'autorise
A rôter à ce furieux. ..
Comme il ne baisse pas les yeux, J'ai peur qu'il ne le brise.
ANNA
Oh ! mon oncle est incapable...
LUDOVIC
Mais si vous l'abandonnez, vous m'abandonnez aussi.. El moi qui n'avais pas d'autre appui, d'autre protecteur que vous...
ANNA
Vous pardonnreez à mon oncle...
CLORINDE
Quand au lieu de réparer ses torts, il les agrave !... quand il n'a pas même daigné faire droit à ma lettre 1 . . Le portier la lui a remise hier soir et. .
ANNA
Excusez -le ; il est rentré fort tard , et il n'est pas encore sorti de sa chambre. Eh ! mais, voilà sa porte qui s'ouvre!
LUDOVIC, remonlanl la scène pour sortir.
Diable ! si c'était lui !
ANNA
Non, c'est Lazarre.
LUDOVIC
Et comme votre oncle l'adore...
ANNA
Sans doute, c'est une excellente protectrice; mais d'un autre côté, M. Tintin est le fils du propriétaire, et mon oncle se fait une joie de ne plus payerson terme à M. Mollnville.
LUDOVIC
Comment ?
ANNA
Eh ! mon Dieu, oui ! en faveur de mon mariage avec M,.Tintin., mon oncle serait logé gratis.
LUDOVIC
Allons donc!
ANNA
C'est comme ça.
Atr : Lin homme pour faire un hiblcau.
Si pour gendre ilclioisil Tiulin, C'est qu'au cœur l'argent lui tient lenno ; Et que mon oncle, après l'hymen.
Ne paiera plus jamais son terme .
LUDOVIC
Lorsqu'échoit le mien, quel ennui !
Pour le payer, dans ma détresse, .l'ai recours à ma tante..., et lui.
Paie son terme avec sa nièce.
ANNA
Certainement que c'est bien triste! Maisvoyoïis, monsieur Ludovic, mon oncle peut se réveiller; et maintenant que vous savez tout...
LUDOVIC -
Maintenant que je sais tout, je suis furieux! Ah ! ce Molinville, cet affreux propriétaire !.... Je le haïssais déjà d'instinct!., mais à présent!... Croiriez-vous que tous les trois mois, le 8 , il avait la petitesse devenir chez moi tendre la main comme un pauvre.
ANNA
Comme un pauvre !
LUDOVIC
Oui, mademoiselle, oui; et j'ai été obligé de laisser amasser trois termes, pour lui rappeler qu'il est défendu de mendierjà domicile. ANNA, gaîment.
Et il s'est tenu tranquille ?
LUDOVIC
Lui, oui; mais pas moi!
Air: L'argent est vraiment un métal sans égal. Pour bien me venger.
Pour le faire enrager, .le cherche tous les jours A lui jouer des tours.
D'abord en
Hentraut
Chaaue nuit,
A minuit.
Je laii un si grand bruit Qu'il saute dans son lit.
J'ai fait Son portrait, Il est sur Chaque mur.
Et comme il est
Très laid.
Chacun le reconnaît.
Pendant les grands froids.
Chez moi, je fends mon bois,
Quitte en frappant d'aplomb,
A fendre son plafond.
J'appris à propos Que tous les animaux Etaient reçus fort mal Par ce vieil animal;
Dès que je le sus Bien vite je courus Faire le double achat El d'un chien et d'un chai.
• Le chien très instruit, Chaque nuit Et sans bruit.
Descend tout l'escalier Et s'arrête au premier.
Suivant ma leçon, Ce chien va, sans façon.
Comme un vrai polisson, Câfer son paillasson.
Aussi que de train Le lendemain Matin !
11 s'esi delà vengé En me donnant congé; Mais jusqu'à la lin.
Après ce vieux crétin Mon cliQt miaulera Et mon chien aboiera.
Oui, nous aboierons.
Oui, r.ous miaulerons, Oui, nous l'assourdirons.
Et si nous délogeons.
Retenez cela ; L'homme le rot sera Le chat le griffera Et leehien le !i;Grdra.
ANNA, rianl.
Oh 1 ce pauvre propriétaire!