‹ C'est la faute du mari proverbe en un acte et en versChapitre 2 sur 13 · LA MARQUISE, FERNAND · texte numérisé non relu

LA MARQUISE, FERNAND

FERNAND, prenant la marquise pour Laurence.

(H pose son chapeau sur la table, il ôte ses gants.)

J’ai brusqué mon retour... Messager diligent, J’ai vu tous vos amis... N'accusez pas mon zèle; Mais je mourais d’ennui.

LA MARQUISE

Fernand !

FERNAND, à part.

Ce n’est pas elle I

(La marquise lui tend la main.)

Et ce qui m’a trompé, c’est sa petite main.

LA MARQUISE

On ne vous attendait au château que demain?

FERNAND

On ne m’attend jamais au château, j’y demeure.

LA MARQUISE

Ah! vous y demeurez!...

(A part.)

Il disait tout à 1 heure

Qu'il se mourait d’ennui... C’est juste, et j’aurais dû Deviner à sa phrase un esclave assidu.

LA MARQUISE, FERNAND, LAURENCE, ensuite LE COMTE.

LAURENCE

Madame, que je suis désolée et confuse De descendre si tard ; mais j’avais une excuse ;

Une pauvre malade à soigner...

(Apercevant Fernand.)

Ah! c’est vous!...

LA MARQUISE, il part.

Dieu! comme ils sont troublés!... Bien! Edgard est jaloux!

LE COMTE, entrant d'un air dégagé.

Je demande pardon... seulement pour la forme...

Vous faire attendre, vous!... serait un crime énorme... Mais je suis innocent; j’étais accaparé Par notre révérend, notre excellent curé.

(n aperçoit Fernand : d'abord il parait contrarié, puis 11 lui tend la main,

LA MARQUISE, à par».

Ils mentent bien tous deux!... J’aime cette manière.

LE COMTE, h la marquise.

Dites, n’avez-vous pas rêvé, la nuit dernière.

Des pâles revenans de notre vieux manoir?...

LA MARQUISE

Non! non!...

LAURENCE, A la marquise.

Vous paraissiez fatiguée hier soir?

LA MARQUISE

Je me suis réveillée, étonnée et ravie,

En voyant ce beau lac. Comme je vous l'envie !

Moi, qu’on a ruinée en aqueducs romains !

LE COMTE

Mais vous avez de l’eau chez vous?...

LA MARQUISE

Dans nos chemins.

LAURENCE

Puisque ce lieu vous plaît, pourquoi partir si vite?

Ce lac que vous aimez, ce ciel, tout vous invite A rester... .

LA MARQUISE

Et ma fille!...

LAURENCE

Eh bien ! écrivez-lui,

Et le dernier convoi nous l’amène aujourd’hui.

FERNAND

Par le chemin de fer!... Elle est beaucoup trop belle. Et...

LE COMTE, & la marquise.

Je vous le dénonce, il est amoureux d’elle !

FERNAND. - .’

Et ce débarcadère immense à traverser Sans vous, sans vous !

LA MARQUISE

Ma sœur pourrait me remplacer.

FERNAND

Une tante!... c’est peu...

(Justin ouvre la porte de la salle a manger.)

LE COMTE

Vous causerez à table,

Le déjeûner attend, il sera détestable.

(Il offre le bras 2t la marquise.)

Elle a raison, restez... Demandez à Justin...

(Justin s’approche, on l'interroge.)

JUSTIN

Oui, ces dames seraient ici demain matin.

(La marquise parle h Justin; pendant ce temps, Fernand et Laurence causent ensemble ; lo comte les observe.)

FERNAND, bas h Laurence.

AhI j’ai fait tout il l’heure une lourde bêtise;

Quand je suis arrivé, là... Je l’ai vue assise,

J’ai cru que c’était vous... et, sans penser à rien,

J’ai dit ce que j’aurais dit à vous-même...

LAURENCE

Eh bien?

(Fernand baisse les yeux tristement comme quelqu’un qui vient de se trahir.)

LAURENCE, bas h Fernand, désignant la marquise.

Vous la connaissez?...

FERNAND

Oui... sa fille est bien jolie.

(Laurence tire de sa poche le porte-crayon de Fernand ; elle lo lui montre; il s'empresse de le prendre et la remercie.)

LE COMTE, h part, les observant.

Elle trouve toujours ce que Fernand oublie!

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