LA MARQUISE, FERNAND
FERNAND, prenant la marquise pour Laurence.
(H pose son chapeau sur la table, il ôte ses gants.)
J’ai brusqué mon retour... Messager diligent, J’ai vu tous vos amis... N'accusez pas mon zèle; Mais je mourais d’ennui.
LA MARQUISE
Fernand !
FERNAND, à part.
Ce n’est pas elle I
(La marquise lui tend la main.)
Et ce qui m’a trompé, c’est sa petite main.
LA MARQUISE
On ne vous attendait au château que demain?
FERNAND
On ne m’attend jamais au château, j’y demeure.
LA MARQUISE
Ah! vous y demeurez!...
(A part.)
Il disait tout à 1 heure
Qu'il se mourait d’ennui... C’est juste, et j’aurais dû Deviner à sa phrase un esclave assidu.
LA MARQUISE, FERNAND, LAURENCE, ensuite LE COMTE.
LAURENCE
Madame, que je suis désolée et confuse De descendre si tard ; mais j’avais une excuse ;
Une pauvre malade à soigner...
(Apercevant Fernand.)
Ah! c’est vous!...
LA MARQUISE, il part.
Dieu! comme ils sont troublés!... Bien! Edgard est jaloux!
LE COMTE, entrant d'un air dégagé.
Je demande pardon... seulement pour la forme...
Vous faire attendre, vous!... serait un crime énorme... Mais je suis innocent; j’étais accaparé Par notre révérend, notre excellent curé.
(n aperçoit Fernand : d'abord il parait contrarié, puis 11 lui tend la main,
LA MARQUISE, à par».
Ils mentent bien tous deux!... J’aime cette manière.
LE COMTE, h la marquise.
Dites, n’avez-vous pas rêvé, la nuit dernière.
Des pâles revenans de notre vieux manoir?...
LA MARQUISE
Non! non!...
LAURENCE, A la marquise.
Vous paraissiez fatiguée hier soir?
LA MARQUISE
Je me suis réveillée, étonnée et ravie,
En voyant ce beau lac. Comme je vous l'envie !
Moi, qu’on a ruinée en aqueducs romains !
LE COMTE
Mais vous avez de l’eau chez vous?...
LA MARQUISE
Dans nos chemins.
LAURENCE
Puisque ce lieu vous plaît, pourquoi partir si vite?
Ce lac que vous aimez, ce ciel, tout vous invite A rester... .
LA MARQUISE
Et ma fille!...
LAURENCE
Eh bien ! écrivez-lui,
Et le dernier convoi nous l’amène aujourd’hui.
FERNAND
Par le chemin de fer!... Elle est beaucoup trop belle. Et...
LE COMTE, & la marquise.
Je vous le dénonce, il est amoureux d’elle !
FERNAND. - .’
Et ce débarcadère immense à traverser Sans vous, sans vous !
LA MARQUISE
Ma sœur pourrait me remplacer.
FERNAND
Une tante!... c’est peu...
(Justin ouvre la porte de la salle a manger.)
LE COMTE
Vous causerez à table,
Le déjeûner attend, il sera détestable.
(Il offre le bras 2t la marquise.)
Elle a raison, restez... Demandez à Justin...
(Justin s’approche, on l'interroge.)
JUSTIN
Oui, ces dames seraient ici demain matin.
(La marquise parle h Justin; pendant ce temps, Fernand et Laurence causent ensemble ; lo comte les observe.)
FERNAND, bas h Laurence.
AhI j’ai fait tout il l’heure une lourde bêtise;
Quand je suis arrivé, là... Je l’ai vue assise,
J’ai cru que c’était vous... et, sans penser à rien,
J’ai dit ce que j’aurais dit à vous-même...
LAURENCE
Eh bien?
(Fernand baisse les yeux tristement comme quelqu’un qui vient de se trahir.)
LAURENCE, bas h Fernand, désignant la marquise.
Vous la connaissez?...
FERNAND
Oui... sa fille est bien jolie.
(Laurence tire de sa poche le porte-crayon de Fernand ; elle lo lui montre; il s'empresse de le prendre et la remercie.)
LE COMTE, h part, les observant.
Elle trouve toujours ce que Fernand oublie!