‹ C'est la faute du mari proverbe en un acte et en versChapitre 4 sur 13 · LA. MARQUISE, LE COMTE · texte numérisé non relu

LA. MARQUISE, LE COMTE

Eh bien ! c’est convenu, vous nous donnez un mois, Et je vais retrouver mes beaux jours d’autrefois. Car vous me les rendrez, mes heureuses années,

Ces fleurs de mon passé que je croyais fanées.

LA MARQUISE

Ah! ne me parlez pas, s’il vous plaît, du passé!

LE COMTE

Il est donc mort pour vous?

LA MARQUISE

Plus : il est effacé.

LE <X)MTE.

Je ne puis l’oublier, quand tout me le rappelle ; Lorsque je vous revois, plus brillante et plus belle Que jamais...

LA MARQUISE

Oh! je pars pour ne plus revenir.

LE COMTE

Quoi! pas même un regret, l’ombre d’un souvenir?

Avez-vous parié de me mettre en colère?

LE COMTE

On a le droit d’aimer tant qu’on a l’art de plaire.

LA MARQUISE

On a le droit d’aimer, monsieur, tant qu’on se croit Divine, ravissante... et j’ai perdu ce droit.

Non, non j’ai de l’amour une trop haute idée Pour n’offrir à ses feux qu’une beauté ridée.

Je m’arme contre lui d’un courage moqueur,

Je mets tout mon orgueil à défendre mon coeur; Car tout est sérieux, hors l’amour, h mon âge,

Et comme je ne puis en faire un badinage,

Comme je rougirais du caprice d’un jour,

Je ne veux plus aimer, par respect pour l’amour.

LE COMTE

Vous êtes sans pitié pour vous.

LA MARQUISE

C’est ma nature.

Mais expliquez-moi donc... notre... propre aventure... Oui... ce cruel affront que je n’ai point vengé...

Me donner rendez-vous... pour me donner congé!... C’est un trait des plus noirs, un tour impardonnable ; Le matin exaltée... et le soir raisonnable!...

Dire : Venez ! et puis, me chasser comme un sot ! Quel grand événement vous a changée?

LA MARQUISE

Un mot.

LE COMTE

Et de qui?

LA MARQUISE

De ma fille... Ah! qu’elle a de puissance, La voix d’un pauvre enfant !

LE COMTE, arec ironie.

La voix de l’innocence.

' LA MARQUISE

Ne riez pas; souvent, messieurs, sans le savoir, Vous êtes détrônés par ce faible pouvoir;

Et plus d’un Richelieu, dans ses bonnes fortunes,

A maudit d’un marmot les frasques importunes. L’ennemi naturel du héros triomphant,

Ce n’est pas le rival, le mari... C’est l’enfant.

Le séducteur attaque... il minaude, il cajole... L’enfant, pour nous sauver, attrape la rougeole...

Peste !

LE COMTE

LA MARQUISE

Le séducteur s’enfuit, épouvanté.

Grâce à nos soins, l’enfant recouvre la santé...

Le séducteur revient... il tend une autre embûche... L’enfant nous sauve encore avec la coqueluche; n tousse bravement, et la nuit, et le jour;

Son effroyable toux effarouche l’amour.

En vain le séducteur s’enivre d’espérance,

L’enfant le bat toujours avec quelque souffrance...

Tant qu’il voit le danger, il souffre sans repos...

Ses cris savent couvrir les plus charmans propos;

Et lorsqu’après quinze ans, il cesse de se plaindre, C’estqu’il comprend que nous...n’avons plus rien à craindre.

LE COMTE

Je n’avais pas prévu cet ennemi sournois.

Ainsi, le fameux jour...

LA MARQUISE, avec émotion.

En entrant dans le bois

Qui touche au pavillon, comme j’ouvrais la grille. Vous savez... j’aperçus Marguerite, ma fille,

Avec sa gouvernante... et je pressai le pas...

» Où va-t-elle, maman, qu’elle ne me voit pas? » S’écria-t-elle... Edgard, ce mot voulait tout dire... Comme un souffle de mort, il glaça mon délire...

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