SCÈNE HUITIÈME
RENÉ
Brûlée!... anéantie!... Mais vous me déshonorez, (n Uisie tomber la carte noircie sur le gaéridon.) Âhl madame! madame!
MADAME DOLORÈS
Calmez-vous 1
Mais sachez donc qu’en ma qualité d’offensé, c’est moi qui dois tout à l’heure expédier mes témoins chez ce monsieur, et voilà que, grâce à vous, je ne sais plus où les expédier.
MADAME DOLORÈS, à part.
Je l’espère bien !
RENÉ
Mon adt'ersaire va croire que j’aime mieux garder mon insulte que de la venger... (S'animant.) Il s’imaginera que j’ai peur de lui, et sera en droit, quand il me rencontrera, de me livrer à la raillerie de mes concitoyens.
MADAME DOLORÈS
Vous lui prouverez alors...
RENÉ
Mais écoutez-moi donc jusqu’au bout ; Mon adversaire avait un faux nez, qui le rendait méconnaissable, tandis que j’allais à nez décou\ert, moi; de sorte qu’il me reconnaîtra, tandis que je ne le reconnaîtrai pas; qu’il rira, tandis que je ne rirai pas... (Exalté.) Par la samblcu! comme disaient nos pères, malheur à tous ceux qui souriront seulement, en me croisant dans la rue, car je les souffletterai I
MADAME DOLORÈS
Voyons, monsieur...
RENÉ
Je les souffletterai, oui, madame; car j’aurai lieu de croire que j’ai trouvé mon ennemi, ou l’un des nombreux drôles auxquels il va raconter mon aventure... Ah! vous avez voulu étouffer un duel! Eh bien, vous en aurez semé un nombre incalculable! (il marche à grands pasT) J’aurai mon petit duel tous les matins, comme feu
C’ÉTAIT GERTRUDE
Jean Gigon. Je ne sais où j’ai lu qu’un monsieur avait eu trois duels le même jour' le premier, parce qu’on l’avait regardé en face; le deuxième, parce qu’on l’avait regardé dè travers et le troisième... parce qu’on ne l’avait pas regardé du tout... Eh bien, je comprends ce monsieur-là, j’approuve sa noble susceptibilité...
UADAMF. DOLORÈS.
Et VOUS prétendez être pacifii;ue I
RENÉ
Comme un agneau; mais l’agneau lui-même, lorsque son honneur est en jeu, est capable... d’un coup de tête.
MADAME DOLORÈS
Eh bien, j’ai eu tort!
RENÉ
Grand tort, madame 1 et il est heureux pour vous que vous ayez perdu monsieur votre mari, car je me serais vu obligé de m’en prendre à lui.
MADAME DOLORÈS
Comment I
RENÉ
A propos, madame, vous n’auriez pas un ûancé? le moindre fiancé ?
Moi?
RENÉ
Vous êtes assez belle pour qu’il se trouve nombre de prétendants à la vacance qui s’est produite... (Menaçant.) Et si je le soupçonnais...
MADAME DOLORÈS, effrayée.
Je n’ai pas le moindre prétendant, monsieur.
RENÉ
C’est bien heureux pour lui, car je ne lui pardonnerais pas, à celuilà surtout... à celui-là surtout. |II frappe sur le guéridon et fait voler la carte brûlée.) Qu’esl-ce que cela? Les lettres reparaissent sur la carte brûlée. (Il épfie.) Re.. naudot, ..apelier. (Riant.) Suis-je bête!... c’est la cane de mon chapelier qui m’avait remis sa nouvelle adresse... (Avec joie.) Ce n’est pas celle de mon Turc... vous êtes trompée de carte.