LA BONNE JOURNÉE
A 11°^ « Èmilt Clous.
Dans le ciel frais, par-dessus la grande prairie blonde, se lève le jour, et un commencement de réveil presque aussitôt bruit au cœur de la maison. Les pas de Mietje. la petite servante, doucement descendent l'escalier. On entend ouvrir les volets du côté du jardin. Bientôt la cheminée ronfle dans la cuisine aux carreaux bleus: les fèves de café craquètent au grittcement du moulin, et une odeur chaude , un arôme pénétrant s'insinue.
La vie à petites rumeurs lentes, continues, monte. Quelqu'un dans le couloir ouvre une porte, et tout à coup les chiens joyeusement jappent et gambadent. C'est que le maître, à son tour, est descendu: le soleiL en clignant de l'oeil
à travers les contrevents, lui a fait signe ; et il va tirer les verrous de Tatelier, du grand atelier pampre de vignes où, dans la pénombre, il sent bon Thuile et la raclure des palettes. Le balsamique efflux des paysages lavés de rosée se mêle aux humides saturations d'essence demeurées dans l'embu des toiles.
La campagne à grandes vagues parfumées alors pénètre dans les baies, emplit les chambres de l'émanation des flouves, de l'odeur tiède et musquée de la rivière. Toute la maison semble nn bouquet qui, dans l'heure fraîche, palpite et se volatilise au vent léger des rideaux, devant les grands horizons vermeils. Et les arbres imperceptiblement agitent leurs feuilles comme les mains d'une foule et font une ombre sur une petite fenêtre qui seule reste encore fermée. La maison est bien connue de ceux qui passent sur la route. Avec ses fenêtres basses aux claires glaces comme des hublots, elle a l'air d'un bateau échoué au bord de l'eau, dans la plaine verte des Flandres. On l'appelle « Zonneschyn » (rayon de soleil). Oui, c'est bien là une maison de ?oleil.