‹ C'était l'étéChapitre 15 sur 18 · LA BO>NE JOURNÉE · texte numérisé non relu

LA BO>NE JOURNÉE

châtaignier au dôme en fleur, mollement meut ses masses d'or et d'argent, comme des paquets velus de chenilles.

Alerte! Alerte! Branle-bas! L'après-midi s'incline. Dans une lieure de nouveau viendra l'effet. Comme au matin le soleil cligne de l'œil et fait signe. Le coucou de bois glisse sur sa planchette, tire sa révérence et pousse quatre hoquets sonores. La maison s'est réveillée, l'atelier résonne de pas pressés. Brandie par des poings nerveux, une toile plus grande que toutes les autres , vaste comme un pan de champ, traverse les hautes touffes des eupatoires et des tanaisies, du côté de la rivière. On démarre : le bachot à la rame remorque une allège sur laquelle, solidement fixée par un appareil de perches et de cordages, tout à l'heure se hissera l'œuvre, comme on cargue une voilure. L'eau file sous les coques, s'élargit en éventail dans le sillage, semble fourmiller d'un vibrionnement de petites mouches. Le haut ciel fluide se fluidifie encore aux miroirs de la rivière. Et puis, c'est là-bas, au coude de la Lys, dans un silence bleu de torve? pommiers, l'ombre moirée

d'un dormoir. L'ancre est jetée. Et drisse ! drisse ! La toile monte, se carre, dépassant le bordage, reflétée en longs vermicelles d'or jusqu'au fond de la nappe couleur bronze clair.

Voici l'heure du passage des vaches. Elles quittent la grande prairie, descendent en cornant la berge, traversent la rivière avec de profonds souffles caverneuT. A l'occident, le soleil attise ses ors roux; il pleut dans l'espace des pétales de roses, des cœurs d'hortensias, des flocons de nuées blondes et mauves. La nage puissante du troupeau fend le courant vermeil, sille sous l'avalanche fleurie, tous les mufles tendus, les cornes luisantes comme des segments de lune. Debout dans l'allège, les muscles et l'âme bandés, le peintre maintenant marteile le champ de la toile. Elle s'anime, tressaille d'une vie mystérieuse qui l'associe à la palpitation des lumières, aux premiers frissons du soir glissant sur la ri\âère.

L'une après l'autre, les énormes croupes émergent comme des îlots en bouquets de taches isabelle, améthyste, rose crevette, lie de vin, céladon. Un fleuve d'or et de lait ruisselle des

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