‹ C.F. Meyer; sa vie, son œuvreChapitre 102 sur 177 · Cf. toute L'anecdote de la « Schwarze .Mary · texte numérisé non relu

Cf. toute L'anecdote de la « Schwarze .Mary

- Cf. les termes de la lettre à Hermann Friedrich : Br. II. p. 364,

Di< ser, eine geistig iiberlegene, l;i-t modem humane, aber der Roheit der Mittelalters gegeniïber wehrlose Natur, bedient sich, ohne glaubig zu sein, der K irche als einer Waffe. »

1. Cf. conversation avec Kôgel : t< Friedrich isl auch einer jener Ràtselmenschen Er vereinigl in sich... germanische, italienische Natur, arabische Einflùsee comme Becket . Seine Freigeisterei ist ganz modem. Di malen i>t eine sebr lohncnde Aûfgahe ».

j. Preussische Jahrbùcker, 1884, p. vj%.

> < e trail se trouve déjà dans Thierry avec plus de simplicité : I qu'il avait soutenue asec nue admirable constance était relie de l'esprit contre la force... »

LE FOYER <*'

homme de science et trouve sans doute peu de plaisir aux instruments de guerre ? » Il abaissa ses yeux sombres el répondit avec douceur (leutselig : « J'aime la pensée et l'artifice, et nie réjouis quand l'esprit triomphe du poing, quand le faible, de loin, atteint le fort et Le domine:. »

Gouverneur des enfants royaux, le Chancelier affectionne entre toutes, parmi les fables qu'il leur conte, l'histoire du triomphe de Renart sur Ysengrin ou Brun. A la veille de sa mort, et dans cette dernière entrevue où échoue tout effort de conciliation entre luietleRoi, le primat, que les privations volontaires et les souffrances ont fait « chancelant et frêle comme un roseau1 », prononce ces paroles : « O Roi! dans ces jours d'aveugle colère et de ruse épaisse, je suis encore le plus subtil des enfants des hommes2. »

Becket est « vornehm » ; il possède le degré suprême de la distinction : l'ironie jointe à l'ataraxie. Son scepticisme supérieur a quelque chose d'immobile. Ses dons d'extrême intellectualité seront achetés par des faiblesses : Becket est une nature de moindre résistance au physique comme au moral. Son visage « est pâle avec une expression surhumaine d'intelligence »; son cou 'est aussi frêle que celui d'un '< chevreau ». Il remue à peine les lèvres en parlant. Toute sa personne dégage quelque chose d'immatériel, mais de fragile. Cette fragilité se retrouve dans le domaine psychique. Becket détourne ses yeux d'un Christ du moyen âge sanglant et hideux. Il souffre d'un excès de sensibilité qui ne lui permet pas de voir « couler le sang ». Cette sensibilité n'est pas de la bonté. Becket possède cette délicatesse de libres des êtres faibles qui s'allie parfaitement à la cruauté. Il y a en lui de la femme et de l'esclave, de l'oriental ; sa mère est une Sarrazine. Meyer caractérisera cette nature féline par l'adjectif composé « fein-grausam » qui exprime l'affi-

i. Conquête, II, p. 117.

■1. Rédige, p. 186.

». f/cilige, p. 189.

ncment dans la cruauté ; il nous dira que Thomas « joue avec le Roi comme le chat avec la souris1 ».

Le Chancelier, cependant, souffre de voir interprété en servilité, en lâcheté, le besoin qu'éprouve sa faiblesse de s'appuyer à la force. Car c'est là, en dernière analyse, le trait profond de ses relations avec Henri Plantagenet. Ce gros roi épais l'attache et l'asservit à la fois par sa qualité de souverain et — plus encore peut-être — par sa brutalité d'homme élémentaire. « Tu le sais, ô Roi ! dit Becket avec un sourire triste, je n'ai jamais pu résister à l'autorité qui se dégage de la tête sacrée et des hauts sourcils des souverains. » Il faut lire et relire le Saint pour toujours plus admirer l'acuité psychologique de ce type d'intellectuel dominé dans son moi intime par une nature de fibres épaisses, vis-à-vis de laquelle il ne laisse point de conserver un sentiment d'infinie supériorité 2.

L'ironie du Saint est transcendante. Sa qualité spéciale de subtilité fait songer à Renan et à France. Avec ces deux auteurs C.-F. Meyer partage encore ici une sorte de tendresse sceptique pour une époque naïve, et aussi le don de faire vibrer l'ironie, — imperceptiblement et, pour-ainsi dire, au second degré, — dans le récit de témoins du temps qui ne se départissent pourtant en aucun moment du ton de sincérité de leur époque3.

Les mérites techniques de la nouvelle sont considérai»!-. Le style est incomparable dans sa richesse d'images, son archaïsme savoureux, sa simplicité subtile ; et Jak. Baechtold,

i. Lettre à Herm. Lingg du 2 mai 1880. Br. II, p. 3o5. Cette lettre est capitale pour l'intelligence du Saint ; elle nous donne en même temps en raccourci, le plus excellent aperçu de la subtilité psychologique de Meyer. Cf. Appendice critique.

1. Voir lettre à Lingg : « Ein Gefùhl enormer geistiger Uberlegcnheit. » Br. II, p. 3o5

3. Il faut par exemple admirer l'art avec lequel C.-F. Meyer plaie dans la bouche de Hans 1 arbalétrier l'histoire des maléfices de la Schwarze Mary, et la (inesse de doigté avec laquelle l'auteur nous fait sourire sans qu un sourire vienne effleurer les lèvres du narrateur immédiat.

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dans un article de la Neue Zûrcher Zeitung paru au lendemain delà publication de l'œuvre, n'exagérait guère1 en écrivant « qu'à l'heure présente la plus jolie langue allemande était parlée par deux Suisses : Relier et C.-F. Meyer ». Xe nous y trompons pas : il a fallu infiniment de travail pour incorporer dans une langue aussi volontairement simple et archaïque une pensée aussi raffinée, pour tirer d'un instrument aussi rude une telle virtuosité de sous-entendus. L'auteur a parlé lui-même de la Manier iértheit* du Saint. Le calcul conscient de l'effet, voilà évidemment l'impression que laisse l'œuvre non seulement dans son style, mais dans sa construction extérieure. Le récit est lent, retenu savamment par la main de l'auteur, coupé habilement par les interruptions de l'auditeur (l'histoire du primat est contée à Zurich un jour d'hiver par Hans l'arbalétrier au marguillier Burckhardt au coin de l'àtre) ; la curiosité est éveillée progressivement. Tout est dosé et prévu. L'écrivain domine tout le temps son œuvre, l'examine avec la complaisance amusée d'un « joaillier retournant entre ses doigts une pièce rare3 ». La technique du cadre est découverte pour la première fois et du premier coup admirablement employée. Elle deviendra chère à Meyer [Plante au couvent des Noues, Les souffrances d'un enfant, les Noces du moine), auquel elle permet de réaliser un des articles essentiels de son credo d'art : une certaine froideur artistique, une objectivité artificielle assurant à l'œuvre sa nécessaire sérénité. Art et artifice sont deux termes que C.-F. Meyer a volontairement confondus.

L'œuvre que Meyer plaçait au-dessus de toutes ses autres productions était destinée à lui procurer des désillusions par la façon dont elle fut accueillie, du moins à Zurich. Goltfried Relier, pour lequel le Saint était trop subtil, répondit à

i. Encore que Meyer ail cru devoir protester — peut-être par Causse modestie — contre ce que cet éloge lui paraissait avoir d'excessif. Voir lettre à Hcessel, mai 1880. Br. II, p. 97.

i. Br. II, p. 90.

'). La comparaison est de M. Otto Stœssl.

Tenvoi du livre par deux lignesde demi-ironie qui durent être pénibles à l'auteur1. Jak. Baechtold, le futur biographe de Keller, écrivit dans la Neue Zilrcher Zeitung (12 janvier 188e un article qui, à côté de compliments, portait des coups perfides à l'œuvre nouvelle. Il reprochait à celle-ci d'avoir, sans qu'aucune nécessité s'en fit sentir, emprunté dans son cadre extérieur la forme des Zïircher Novellen de Keller. Il admirait ironiquement le rôle complaisant joué dans la conduite technique de la nouvelle par Ilans l'arbalétrier, qui offrait. disait-il, l'incontestable avantage d'endosser pour son compte beaucoup de jolies choses « qui ne se trouvaient nulle 1 dans l'histoire », mais que l'auteur s'était, par là même, vu contraint « d'élever au-dessus de sa condition, en lui prêtant, par exemple, une connaissance parfaite de l'arabe elle commerce le plus familier avec Virgile ». Ce ton t<mi ensemble ambigu et modéré se poursuivait tout le long de l'article. Baechtold protestait, par exemple, « delà grande joie qu'il éprouvait d'être à même de saluer un talent qui ne af révélait que si tard et qui, probablement, venait d'atteindre son apogée ». Enfin l'article contenait une critique grave d'ordre moral : Meyer nous montrait le roi Henri at huilant a la virginité d'une enfant. « Il y avait là quelque chose sur quoi on ne ferait point passer le lecteur. » Xous savons la sensibilité de Meyer à la critique : l'article le blessa au vif: ses lettres d'alors à son bon ami Haessel, avec lequel il sail pouvoir s'épancher, sont le témoignage du véritable état de dépression dans lequel le plongea « l'interdit mis sur son petit livre- ». La critique à la fois bienveillante et pénétrante d'un compatriote, J.-V. Widmann, de grandes voix d'Allemagne Emmanuel Geibel. Félix Dahn) lui apportèrent quelque ré.conforl au milieu de celte cabale de « gens de Sehlwvla ». « Sur quinze cents exemplaires vendus du Saint un

i. Cf. Br. I. |>. J87. « Keller n'a compris goutte au Saint . écrit Meyer 4 Eiœssel. Br. II. p. <jS.

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