‹ C.F. Meyer; sa vie, son œuvreChapitre 104 sur 177 · Br. II. p · texte numérisé non relu

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\ ii'o ornatissimo Conrando Ferdinando Meyer turicensi et ] s j homiuumque mores elegantissime judicanti et in enarrandis eis poetica virliuenti ».

de Dr. Phil. que l'Université vient de in accorder, à mon insu, et sans que j'aie rien fait pour cela. Ma femme m'a d'abord déclaré carrément qu'elle ne consentirait pour rien à s'appeler « Frau Dr. ». Quant aux paysans d'ici, ils se demandent si je m'établis comme médecin. ' »

Les années de Kilchberg — ces années de « vie double », comme devait les nommer justement Betsy, — coulaient pour le poète dans cette plénitude de bonheur que donnent la régularité de l'effort quotidien et l'équilibre enfin réalisé entre les aspirations et les réalités. « Ma situation, écrit Meyer à Félix Bovet, le 3 novembre 1880, est loin d'être aussi paisible que la vôtre. Il s'y môle de la passion. Je voudrais à tout prix contrebalancer une jeunesse à peu près nulle par une virilité un peu moins stérile '-. » Et l'année suivante : « Sans plaisanterie, si j'avais aujourd'hui vingt ans, ce serait bataille gagnée, maintenant c'est bataille perdue, mais honorablement perdue. » En i883, Meyer écrira à Mu'e Vulliemin « qu'il travaille plus en une journée qu'il ne le faisait jeune en une année » 3.

En 1881, il fit paraître, dans le Ziïrcher TasclienbucJi. un essai biographique et critique d'une trentaine de pages. Son ami, Edmond Dorer, qui préparait alors une biographie de J.-G. Zimmermann, lui avait envoyé son manuscrit en lui demandant d'en tirer la matière d'un article qui serait en quelque sorte la préface et l'annonce de son livre. Gœthe. dans ses Mémoires nous fait connaître la physionomie de ce Zimmermann, le solitaire de Brugg (1728-179D). Ce personnage fut une des figures célèbres de son temps ; sorte de médecin-philosophe, Zimmermann fut, après une période

1 Br. II, p. 3o.j.

■1. Br. I. p. iji. Cf. les vers do Huit en :

Midi reut mein allzusp&t erkannles Ami cl :

Mir dttnkt wenn mich die edle Kraft durchrinnt Dasa ineino Uahn nun eben re<'l>t beginnt.

(Vers de la première édition de Uûtten 3. Bibl. l'uiw. déc. 1899.

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brillante à Gottingen et à Berne, appelé par ses concitoyens à rentrer dans sa petite ville natale de Brûgg, avec les honneurs du litre de « Stadphysikus ». 11 devait v passer quatorze années d'indicible amertume, en butte aux indiscrètes enquêtes, à la curiosité niaise, à la mesquinerie d'esprit de ce « Krâhwinkel » d'Argovie, qu'une tendance héréditaire lui lit voir à travers le verre grossissant d'une hypocondrie pathologique. Zimmermann olFre plus d'un trait de parenté avec son contemporain Rousseau pour lequel il professait un culte. Même sens aigu de la nature, ayant pour origine une « hypersensibilité » nerveuse ; même tendance, affectant le caractère d'un véritable délire de la persécution, à systéi matiser en complot des critiques et des attaques peut-être en elles-mêmes inoffensives; même susceptibilité maladive; même délectation dans la solitude. L'état d'esprit du « promeneur solitaire » se retrouve dans le Bucli Uber die Einsamkeit^ l'œuvre capitale de Zimmermann, sorte de lyrique apologie des délices de la solitude, où l'auteur — maintenant loin de Brugg, à Hanovre, en qualité de médecin royal de Sa Majesté Britannique — savoure la vengeance de flageller impunément la sottise cruelle des petites villes.

Les pages que Meyer consacre à Zimmermann offrent en même temps qu'un incomparable charme de style un accent pénétrant, une sorte de vibration contenue qui tranchent, de façon frappante, sur la manière sèche et grise des autres essais critiques de l'auteur (L. Vulliemin, Mathilde Escher, Gottfried Kinkel, etc.) La cause qui a communiqué à cette esquisse sa qualité spéciale d'émotion ne fait guère de doute : le moi profond de Meyer a pu ici parler, et d'autant plus complaisamment qu'il n'avait pas besoin de déchirer le voile de l'anonymat. « Il n'y a point de biographie objective », écrivait un jour G. -F. Meyer à Félix Bovet. L'occasion était belle pour lui de vider son cœur, et il dut éprouver ici une sorte de subtile et douce jouissance à pouvoir, en toute impunité, à la fois prendre une innocente revanche des inquisitions, des malveillances mes-

D'Harcovrt. rg

■j.(ju C.-F. MEYER

quines qui avaient empoisonné sa jeunesse (Zurich n'avaitil pas un peu été pour lui ce qu'était Brugg pour Zimmermann ? et épancher le fond intime de son être en retraçant la physionomie d'une nature « congéniale ».

La même année 1 88 1 donna le jour à la nouvelle PlanU au couvent des Xoues (G. -F. Meyer l'envoie à Rodenberg le i4 août). Cette petite œuvre est, entre toutes les productions de Meyer, la plus caractéristique de la mentalité nouvelle d'optimisme sceptique que nous avons essayé de définir plus haut. C'est la première fois que notre auteur aborde la Renaissance ; Meyer trouve ici l'harmonie entre son œuvre et sa personnalité. Il n'est pas indifférent qu'il ail choisi, dans la première de ses œuvres consacrées ;i la Renaissance, le type spécial qui la représente de la façon la plus crue dans son amoralisme et son « incroyance » : l'humaniste. Plaute au couvent reste la nouvelle-Renaissance-lype de C.-F. Meyer.

Xous sommes à la cour de Cosme de Médicis, à Florence C est le soir. Sur un fond de ciel léger, où les tons du < «nichant se fondent en nuances dégradées, se dessine le profil net d'un vieillard. Celui-ci n'est autre que Poggio Bracciolini, l'humaniste toscan bien connu de son époque, l'ancien secrétaire de Jean XXIII et de Martin Y, qui, après avoir attaché a son nom la gloire de la découverte de plusieurs manuscrits fameux de l'antiquité, jouit maintenant auprès de Cosme de la sérénité d'une retraite entourée d'égards et d'affectueuses complaisances. La spirituelle petite societ<' florentine, réunie ce soir-là dans les jardins de son Mécène, savoure a la fois le charme des libations et la fraîcheur du soir. < >n demande à Po^ino, l'auteur bien connu des Facetiœ, une anecdote inédite. L'humaniste s'exécute avec une lionne grâce souriante, que rendent méritoires de récentes amertumes de famille, et nous conte une aventure

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