I. ENFANCE
tions solitaires dans le jardin, je ne manquais jamais d'essayer de le rencontrer sur sa plate-bande; mais j'y parvenais rarement, car le farouche promeneur se détournait immédiatement. Voyait-il sa retraite coupée et toute fuite impossible, il se précipitait en droite ligne dans sa maison. Ces jourslà, je racontais le soir en riant à ma mère que j'avais encore mis en fuite le « Cliueri » dans le v Wàldli » et les réprimandes ne me faisaient pas défaut, car, disait-on, « Conrad est un original; mais tout de même un brave garçon » i. »
Les études de notre misanthrope sont fort peu brillantes. Conrad ne prend aucun intérêt à sa besogne; tout le rebute : maîtres, enseignement, condisciples. Au surplus, la classe où il se trouve est déplorable; le maître n'a aucune autorité sur ses élèves ; ceux-ci se montrent bohèmes, tapageurs, révolutionnaires. Dans les récréations, ils se précipitent vers les débits de bière où ils tiennent 'des discours incendiaires.
Mme Meyer, dans sa sollicitude inquiète pour son fils, craignant tous ces éléments grossiers, se décide à frapper un grand coup : elle va interrompre la dernière année de gymnase de Conrad et l'envoyer à Lausanne, où du moins il aura l'avantage d'apprendre le français. Nous sommes au printe'mps de i843.
i. Vôgeli. Zu den Seidenhôfen ; Iugenderinnerungen. Zûrchcr YYochen- Chronik, 1904, n° 9.