PREMIÈRE LIBERTÉ
Jamais Elisabeth Meyer ne se fût décidée à envoyer son fils loin d'elle, hors de sa direction et de son contrôle — surtout dans l'état d'inexpérience et d'entière incapacité pratique qui caractérisait alors le jeune homme — si elle n'avait su le remettre entre des mains absolument sûres. L'ami dévoue qui devait veiller sur Conrad était Louis Vulliemin. C'était un Yaudois, né en 1797, dont toute la vie était vouée à l'étude, et qui avait enfin réalisé le rêve de toute sa jeunesse : laisser une histoire monumentale du peuple suisse. Louis Vullicmin était de longue date un ami de la famille. Le père de Conrad, à son retour de Gcittingen, s'était lié avec lui à Lausanne d'une vive amitié que le temps et une correspondance active n'avaient fait que resserrer. D'ailleurs Elisabeth Meyer comptait plus d'une relation dans la Suisse française. 11 y avait là Ernest Naville, le philosophe bien connu, et la famille Mallet d'Hauteville, pour ne citer que quelques noms. Cependant ce fut à Yulliemin que la mère s'en remit <|(> la tâche, si délicate, de guider dans la vie les premiers pas de son tils. Elle ne devait pas avoir à s'en repentir. C. F. Meyer a dit plus lard tout ce dont il lut redevable .1 la bonté intelligente, à l'exquise pénétration de cœur, à I optimisme réconfortant de celui qu'une personne
1. Sur l'influence de la Suisse romande et «le la culture française sur 1 "' Meyer, Cf. un article de F. Baldensperger : Bibl. Univ., dec. 1909. C -/•'. Meyer et ses rapports avec la Suisse romande et la France).