Cf. encore
Sie liegt — la Méduse — den Hais gebogen, nuf den Kasen,
Sie huit die Hirtenflole wieder blasen,
Und lauscht. Sie zuckt. Sie windet sich. Sie ruht.
Die sterbende Méduse.
\'.\- starrt, den Blick emporgewendet, Er neigt das Hanpt. Er seufzl « Vollendet ».
Das Munster.
Sie lôsl die Arme. Sie versînkt, Das Ruder schlagt. Der Nachen fliegt.
Die Fei.
LES POESIES '.m
Solennité, plasticité, voilà bien deux caractères essentiels de la poésie de Mever. Il faudrait y ajouter l'humanisme. Merci", nous avons déjà tenté de le faire voir à propos «lu Coup de feu eu chaire, est « Biidungsmensch ». 11 est saturé de culture, à un point qui rend la lecture de ses poènies peu Incessible au grand public. Celte culture se manifeste à tout propos; elle est constamment au premier plan. Le degré extrême est atteint où elle ne constitue point une superposition, mais fait partie intégrante de la personnalité. L'humaniste est chez Meyer inséparable de l'homme ; il pense et
Im Korne drunten wogt und weht Und rauscht u. wttb.lt der Fôhn.
L ondulation des moissons est rendue de façon analogue dans Hiïtten : Die ganze dichte, blithende Wiese klang Und wogt' und schwirrt' und flattert', zirpt' und sang.
Paracelsius.
Partout où le verbe n'est point un élément c kinétique », où il n'est que fonction grammaticale, cheville inerte de construction de la phrase. Me ver l'élimine. Nous aurons des débuts de poèmes comme les suivants : Mondnacht und Fiat. Sie hangt am Kiel.
Die /'</.
Ein leuchtend blauer Tag. Ein wogend Ahrenfeld.
Der Tri u mphbogen .
Morgengraun. Die Karavane windet sich dem Nil zur Seite.
Der Stromgott.
ou bien :
Waldnacht. Urmiichtige Eichen, unter die
Des Blitzes greller Strahl geleuchtet nie !
Dammernde Wolbung. Ast in Ast verwebt.
Von keines Vogels Lustgeschrei belebt !
Ein brutend Schweigen, nie vom Sturm gestôi't,
Ein heilig Dunkel, das dem Gotte gehôrt.
Das Heilgtum.
et d.ins la même pièce :
Erstaunen ! Jubel ! Hohngelachter ! Spott ! Soldatenwitz !
Cette manière a fait école, de déplorable façon. Voici quelques vers d'un trop idèle disciple de Meyer, un « jeune », M. Karl Maria, que nous empruntons à l'ouvrage de Krœger.
Ile résilia
Eiswind, Die Steppe. Beresina Brttcke.
Gestaute Massen. Durch die russ'sehe Dammerun^.
Witlzt sich der Ruckzug. Menschen, Schlitten. Pferde
Verknauelt... Da kommt der Korse — Kiirassiere
Vorauf — <( Hait » — « Vorwarts » — « Majestat » — Die Brttcke...
« Schafft Raum ». Commando, Siibel...
(Gesellschaft. oct. 1900).
sent à travers l'intermédiaire de ses souvenirs d'intellectuel, est incapable d'être immédiat et direct. Pour se rappeler le visage d'une jeune fille, il songe à une peinture de Michel- Ange (Die Jungfrau). La résurrection d'une scène populaire aura lieu par révocation d'une toile du Titien [Venedig . Le premier terme dans son esprit reste l'œuvre d'art. Le sentij ment de la nature chez Meyer n'échappera pas à cette loi. Une pièce très caractéristique à ce point de vue est intitulée Au/ Goldgrund. Le poète entre dans un musée à l'heuri du coucher de soleil, « il voit des figures de saints s'enlever sur des fonds d'or», puis il sort dans la campagne, contemple des groupes de moissonneurs se détachant de profil sur le l'ond empourpré du couchant, et conclut avec joie à la ressemblance de la nature avec le tableau.
Là encore l'image primitive est pour lui l'œuvre d'art. l'œuvre des hommes. Dans son esprit, la copie a devancé l'original; il sait gré à la nature de ressembler à la toile. C'est le renversement le plus singulier de l'ordre ordinaire des impressions. Meyer ne goûte la nature que quand le hasard du moment lui prête les qualités de lumière et d'agene cernent artificiels d'une composition humaine.
Ce trait foncier de culture se révèle peut-être plus nette»; ment encore dans un autre fait : l'extraordinaire importance qiie prend dans son œuvre poétique la tradition gréco-latine et particulièrement la tradition hellénique. Nous assistons ;i une réelle invasion de la mythologie et de la vie antiques dans toutes les manifestations du sentiment moderne; et ici Meyer se révèle vrai fils de la Renaissance et confrère de Poggio l'humaniste. Un adolescent se noie dans un lac; il descend lentement dans les profondeurs limpides, « sa lète bouclée appuyée à la blanche poitrine d'une nymphe » Di t schône Tag). Le poète assiste à une noce ; il voit la mariéfl entourée d'un « cortège folâtre déjeunes génies » (Brautgçleit . Par une personnification spécifiquement antique. la nappe chaste d'un étang solitaire couché au fond des bois deviendra une « nymphe » (Sonntags). Meyer ne parle point
LES POESIES il3
de Dieu, mais des dieux. Pour souhaiter à un humble journalier auquel la mort a clos les yeux un doux sommeil, il emploie la formule antique « que la terre te soit légère -> Einem Tagelohner). Une vache qui paît « a le regard de Junon ». En respirant la brise vivifiante de la montagne, le poète croit « savourer le nectar et l'ambroisie en compagnie
livinités célestes ». Toute la pièce portera le titre de Gôttermahl. Une vieille paysanne à son rouet, entrevue dans une hutte alpestre à la lueur vacillante d'une lampe, deviendra une « Parque » [Vision), etc., etc. L'humanisme d.' notre poète se révèle de façon plus curieuse encore peutêtre dans la manière dont il « hellénise » des sujets locaux et suisses. Le cri des vignerons des Grisons sera « Evoé » [Die Veltlinertraubé). Une Zurichoise patinant sur le lac gelé deviendra une « Bacchante — die purpurne Bacchantin » [Die Sehjittschuhe). LTne étoile qui rappelle au poète -a mère morte sera « Hesperos ». Une moissonneuse marchant au milieu des gerbes sera une incarnation de « Clio »
Triumphbogen) . A un lied d'amour, l'auteur donnera le litre de Léthé. Un- danseur masqué dans une ronde de vignerons ne sera autre que « Dionysos le (ils du Tonnerre », et la pièce prendra le titre, — auquel la juxtaposition de l'élément mythologique et de l'élément local prête une saveur de paradoxe, — de Baeclius in Bânden. Dans le Coup de feu en chaire le général Wertmuller appelait sa nièce Rahel une « nymphe ». Dans le Page de Gustave Adolphe Gustel demandera à son poltron de cousin s'il veut qu'elle le « dissimule comme le jeune Achille parmi les filles ». Cette allusion à la mythologie grecque se fait en plein centre germanique, à Nuremberg, la ville des « Meistersinger »! Il n'est, à ce propos, peut-être pas sans intérêt de noter que le cycle entier de la légende germanique n'a pales honneurs d'une seule ligne chez ce poète qu'on nous donne comme si allemand à partir de 1870. Nous avons dit plus haut que l'humanisme signifiait plus liez Meyer qu'un domaine d'exploitation artistique. Notre
poète est arrivé dans certaines pièces à sentir et à s'exprimer à « la grecque », à atteindre à la limpidité de l'âme hellène. Die Dryas rappelle à la fois la grâce et l'affectation de naïveté archaïque d'une idylle de Théocrite; le Morgenlied vibre d'une sorte d'allégresse anacréontique ; la fin de Tag schein herein est pénétrée de la poésie de YOdyssce et de la Méditerranée; le début de Tliespesius a quelque chose de la limpidité d'atmosphère du Phèdre, et toute la pièce la sérénité philosophique d'un dialogue platonicien; Die Scliulv des Silen rappelle les pièces les plus grecques de notre Chénier; enfin, il faut admirer certains paysages pour leur pureté attique de lumière et leur simplicité un peu maigre de dessin. L'élimination, à ce degré, de toute Stimmung romantique suppose une communion intime avec le génie grec. L'influence grecque a, cependant, chezMeyer pénétré plus loin encore que dans les moyens d'expression de la sensibilité; elle lui a donné une philosophie. Au contact de l'âme antique et de son interprète, la Renaissance, notre poète est devenu panthéiste, ainsi qu'en témoigne le « dionysisme » de la Veltlinertraube :
Un silence brûlant s'appesantit
Sur la vallée et le col de la montagne ;
Evoë et la fête des vignerons
Sommeillent encore dans la treille
Treille pourpre de Valteline,
Qui bous dans l'ardeur du soleil.
Que ne suis-je aujourd'hui sous ton feuillage
Le plus splendide de tes grains !
L'ardeur indomptée de mon sang
Gonflé des forces de la glèbe,
Ivre de la bonté du ciel,
Ferait éclater la prison de la cosse.
J'aimerais, pendant hors de la tonnelle,
Palpitant d'ardente sève, dans ma plénitude orgueilleuse,
Planer dans l'éclat sombre de ma pourpre,
Au-dessus de lèvres écarlates!
L'idée de la fusion avec la nature, de la dissolution daos
LES POÉSIES 3l5
la vie universelle n'est pas moins clairement marquée dans Ijieblingsbaum.
Jeune arbre que j'ai planté
Et dont la croissance m a réjoui,
Quand je compte tes printemps
J'en trouve aujourd'hui juste vingt.
Souvent en pensée je m'amuse.
Au-dessus de ma tête, dans l'air bleu,
Svelte édifice de branches,
A te prêter un puissant développement.
Tu ne jettes aujourd'hui sur les nattes
Qu'une légère ombre semée de clairières;
Avant que tu n'obscurcisses l'entrée de ma demeure
Je serai moi-même devenu une ombre.
Mais le Styx ne m'aura point.
Non. il ne me saisira point.
En quittant la lumière du jour
Je me réfugierai sous ton écorce.
Les sèves fraîches ruissellent à haute voix, —
Ruissellent à travers le silence.
Autour de moi, en moi, se tisse
L'éternelle volonté de ma vie.
Demi-conscient, demi-rèvant,
Au-dessus de moi dans l'air clair,
J'achèverai, ô mon cher arbre !
J'achèverai de te chanter.
Il nous resterait à parler des qualités techniques de facture des vers de Meyer. Trop conscients de notre insuffisance sur ce terrain, nous laisserons la parole à de plus autorisés. Voici ce qu'écrit M. Cari Spitteler : « Une critique qui se borne aux généralités est sans fruit; tout poète de génie est en même temps un virtuose de la forme. Voilà pourquoi la grandeur poétique de G. -F. Meyer doit se prêter à être analysée et démontée, également au point de vue technique. Je n'éprouve ici aucune hésitation, — après avoir, année par aanée, connu et goûté les poésies de l'auteur, — à reconnaître comme les plus parfaites, les plus achevées à ce point de vue, celles qui renoncent le plus résolument à toute parure lyrique, et, en première ligne, celles qui sont écrites
3 iG C.-F. MEYER
en iambes de cinq pieds sans rimes. L'emploi que Meyera fait de l'iambe de cinq pieds fournirait la matière de dissertations entières. Meyer est le premier qui ait tiré de ce mètre des effets lyriques. L'art d'atteindre la plus incomparable « Stimmung » sans faire usage d'aucun élément de sonorité, grâce au seul agencement du mot, avec le mètre le plus simple, le plus dénué (que viennent encore le plus souvent possible briser des enjambements), — cet art-1 porté à un degré de perfection absolue. 11 est' nouveau. L< classiques ne l'ont point connu. Des pièces comme Stapfen, Erntegewilter ou bas beerdigte flerz sont, au point de vue du thème comme de la facture technique, absolument achevées; elles ouvrent de nouveaux champs au lyrisme de tous les temps... Dans les Nachtgerausche l'assonance sourde des syllabes finales vient fortifier l'impression. La rime couplée que C.-F. Meyer affectionne et à laquelle ij^ donne en général des terminaisons masculines est caractéristique de lintention de simplicité du poète comme de sa vTolonté de sacrifier tout cliquetis de mélodie. Il se sert — et non» ne pouvons que l'en louer — de plus en plus du trochée, que de subtiles et pédantesques dissertations ont, en Allemagne, l'ait tomber dans un discrédit immérité. Il se pourrait que l'exemple de Meyer ait donné le branle à une réforme définitive en ce sens, si notre poète possédait plus de plénitude et si sa tendance à employer le trochée s'était montrée plutôt... La rime couplée avec terminaison masculine tend sur le Parnasse à s'acclimater, et nous ne pouvons que non» en réjouir. Ceci aussi — soit dit entre parenthèses — nous vient de France... » l.
Cari Spitteler terminait son article en donnant la palme aux pièces personnelles de Meyer; il en louait le « charme pénétrant » et les mettait au-dessus « des morceaux historiques ». Ce n'était point l'avis de l'auteur — pour d'autres raisons! C.-F. Meyer s'est exprimé avec une extrême
i. Nette Zûreher Zeit. Juillet 1891, a ' 189-190.
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dureté sur son œuvre lyrique. II a écrit à Louise von François : « Mes œuvres ont un accent sentimental que je connais on moi et que je méprise, et qui naturellement prend toute son ampleur dans ma poésie lyrique1 ». El comme sa correspondante avait protesté contre l'excessive brutalité de ee verdict2, il ajoutait quelques jours après: « Chère amie, ce û'esl pas précisément et seulement parce qu'elle est sentimentale que je méprise mon œuvre lyrique ; c'est parce que — soit effet du recul, soit affermissement du sentiment du réel cIkv moi, — elle ne me paraît plus vraie... On ne peut — moi, du moins, je ne peux — être vrai que sous le masque dramatique « al fresko ». Dans Ienatschel le Saint, — tous deux primitivement conçus en drames, — il y a sous les divers travestissements plus de mes vraies souffrances et de mes vraies passions que dans ce lyrisme qui n'est tout au plus que l'expression d'un côté inférieur de ma nature3. »
Ces lignes contiennent à la fois un curieux témoignage du plus personnel état d'âme : l'ambition de se galvaniser, de ! se durcir extérieurement, et l'attestation du progrès effectivement obtenu dans la volonté de réalisme, — juste récompense d'un inlassable effort de construction intérieure !
Meyer a écrit en tète de ses lieds d'amour :
Dans ces chansons ne cherche point
Un but sérieux ;
Un peu de douleur, un peu de joie,
Tout n'a été qu'un jeu.
Surtout ne cherche point à savoir
Quel visage plut à mon cœur.
i. i5 mars 1882. Briefw. Meyer-Fr., p. j>.
1. « Quel impitoyable censeur de vous-même vous faites, cher ami ! Appeler du nom dédaigneux de «. sentimentalité » l'expression la plus prode notre vie intérieure : mépriser les impressions, les sensations, les réminiscences qui font toute la poésie lyrique et qui constituent le seul domaine des muses où l'Allemand soit sans rival!... Comme le vieux Goethe aurait, à ce compte, dû rougir devant vous, lui qui, à soixante-dix an-. n'éprouvait aucune houle à exprimer ses sentiment les plus profonds ! 1 Lettre de Louise von François à Meyer, J avril 188-2.