‹ C.F. Meyer; sa vie, son œuvreChapitre 115 sur 177 · APOGÉE · texte numérisé non relu

APOGÉE

Nous avons déjà cité le nom de Louise von François. Cette femme-auteur, qui eut son heure de célébrité littéraire en Allemagne, et dont un roman : Die lelzle Reckenburgerin est encore lu, échangea avec G. -F. Me ver une correspondance active. Elle était la descendante d'une famille noble protestante émigrée dans le Brandebourg au moment de l'Edit de Nantes. A la mort de son père, le major Friedrich von François, elle se trouva, par suite de malversations d'hommes d'affaires, du jour au lendemain dans le dénùment. Son âme fière et de belle trempe ne ploya point sous l'épreuve. Louise von François trancha dans le vif, supprima entièrement le train de maison auquel une jeunesse passée dans l'aisance l'avait accoutumée, se retira à Weissenfels dans une humble chambrette, sa « chère mansarde », comme elle aimait l'appeler, et là, sa porte fermée aux bruits «lu momie, gagna à la fois sa vie et une réputation en écrivant • les livres. Cette physionomie de femme décidée et virile devait plaire à Mever ; Louise von François se plaçait naturellement dans le rang des êtres de décision et d'initiative personnelle, parmi ces « antitypes » de sa propre nature <|u il nous avoue avoir toujours aimés l.

Ce turent, cependant, avant tout des raisons « d'homme de lettres » qui décidèrent Mever à faire la connaissance de l'auteur de la Reckenbiïrgerin; car, ici, ce fut notre auteur

>. Briefiv. Meyer-Francois, p. 160.

D'Harcouut. 21

qui, malgré le peu de disposition à la recherche des relations que nous lui connaissons, fit le premier pas. Personnellement tout à fait inconnu à Louise von François, il se présenta à elle par lettre, au printemps de 1881, comme eo|lègue de collaboration à la Deutsche Rundschau. Il parlait « d'une affinité naturelle résultant d'un mélange commun de traditionnalisme conservateur et de libres points de vue Louise von François répondit au collègue inconnu avec la s'ponlanéité la plus charmante ; avec une parfaite bonne grâce de franchise, elle avouait tout uniment ignorer tous les écrits du Dr Meyer-Ziegler (c'est ainsi que le poèti avait signé sa lettre de début) que, trompée par le Litre, elle prenait pour un médecin.

Notre auteur eut l'intelligence de ne point se froisser. Au contraire, l'absolue simplicité du ton et sa chaleur cordiale le mirent en confiance; et, dès la troisième lettre, il se démasqua : « Il voulait, disait-il avec une modestie <|iii n'était sans doute qu'à demi sincère, apprendre de l'auteur de la Reckenbùrgerin comment on fait un roman. » Le point de vue de Meyer se montre ici à nous, comme dans plusieurs lettres à d'autres correspondants, avec une grande clarté : le poète, dans son heureux ermitage de Kilchberg, seul une Incline ; son goùl de l'a solitude lui a trop absolument fait couper toute attache avec le monde ; la correspondance sera un pont artificiel jeté entre sa retraite et les hommes '. Ici se présente une difficulté : Meyer a soif de critique, mais la supporte mal. Il exige de son censeur à la fois clairvoyance et bienveillance. Et même — s'il lui fallait choisir, — il sacrifierait le premier de ces deux « desiderata » au second Adolphe Frey fut le seul qui posséda une main assez. lé* pour le traiter comme il l'entendait. Louise von François, avec celle droilure franche qui plaisait à Meyer, mais interdisait en même temps à sa plume les ménagements diplomatiques, crut naïvement pouvoir critiquer à son aise Elle

Page 1