Cf. B.-. 11. p
upogee ; ! ;
blâma le Page de Gustave- Adolphe qui ne Lui arracha que l'éloge suivant : « Enfin, vous aurez fait votre possible pour tirer d'un simple épisode une valeur poétique S » Meyer remercia, mais ne demanda plus de consultation. Ses lettres
;. L.uiise von François se firent plus rares et plus courtes
il écrit une page quand sa correspondante en écril dix
et surtout changèrent de caractère : il garda l'amie et élimina le critique. Son but n'était pas atteint. « Ce fut une des plus amères déconvenues de ses dernières années », nous dira Adolphe Frey-. Ses lettres, à partir de i883, contiennent surtout des détails personnels ; elles n'en sont pas de ce chef moins précieuses à nos yeux, comme témoignage de cet optimisme voulu qu'il avait réussi à créer en lui. L'impression qu'en retire le lecteur est une sorte de saine et insouciante gaîté. Meyer plaisante, entre volontiers cl avec complaisance dans le détail matériel de l'existence.
Quelle fut donc la vie du poète entre les murs de ce Kilchberg où vint parfois le découvrir la ferveur d'admirateurs inconnus ?
Il terminait par ces lignes caractéristiques de son orientation définitive une lettre écrite à son amie Louise von François le vendredi saint i883 : « Quand on voit ainsi la vie couler devant soi, on a l'impression d'avoir déjà vécu trois fois, et on cherche un élément de durée, de stabilile. Moi, je le cherche dans l'art et son labeur, ma pauvre petite sœur dans l'ascétisme chrétien, et vous11? »
Louise von François ne goûta pas la note de scepticisme souriant et un peu égoïste contenue dans ces dernières lignes. Elle répondit sur un ton de gronderie : « Très cher ami, dans votre dernière lettre, vous me parlez de « votre pauvre petite sœur ». Souffrez que je vous dise mon avis à ce sujet : je la considère comme aussi riche que vous, peiit-
i-. Briefw. Meyer-Francois, p. 66. Cf. aussi le verdict sévère sur les Noces du moine. Briefwechsel, pp. 128, 129.
•2. Deutsche Rundschau, avril 190O.
''■ Briefw. Meyer-François, \>. 86.
\j.\ C.-F. MEYER
être plus riche ; elle possède la richesse éternelle l. » G. -F. Meyer s'était imposé la plus extrême régularité d'existence et de production, — non sans effort. Une nature comme la sienne devait, de toute nécessité, connaître les intermittences de la veine poétique, les instants d'aridité et de pauvreté d'inspiration. Autrefois, il attendait, les caprices de la muse; maintenant, il sentait son temps trop compté pour cette production fragmentaire de dilettante. « J'ai été autrefois un prodigue de mon temps; j'en suis devenu avare2, » écrivait-il à Georg von Wyss. L'être d'impulsion nerveuse et d'imagination sentait que la plus absolue discipline de soi-même — une discipline qui pouvait paraître poussée jusqu'au pédantisme — était pour lui l'indispen] sable condition de création.
La matinée était tout entière donnée au travail intensif. « Pas un jour sans une ligne », disait le poète à un jeune admirateur'. Au repas principal, fixé à une heure, Meyel avait déjà sa journée derrière lui ; l'après-midi était consacrée soit au travail ou à la lecture, quand aucun dérangement ne survenait, soit aux visites et autres obligations mondaines. Avant le dîner, l'arc constamment tendu si relâchait : Meyer s'accordait, au bras de sa femme, une petite promenade dans l'air du soir sur les hauteurs du Kilchberg. Après le souper, il faisait aux siens une lecture à haute voix ; la dernière fut les « Lettres de Billroth ». Pouf l'hiver 1898-99 il avait le dessein de choisir la correspondance de Gœthe.
Il lisait beaucoup. Sa correspondance nous le montre très informé des plus récents mouvements littéraires de soi époque. Nous avons parlé de la nécessité qu'il v<>\ ait, dans l;i solitude même de son existence, à rester en échange d'idées avec son temps. « Nous vivons dans une époque intéres*
t. Briefw. Meyer-Francois, p. 91.
1 Br I. p. }8.
;. Beetschen. Literarische Begegnungen. 10 Dichterprotil? in Paslellma-
nier, iS<|i>
UPOGEE
santé, même littérairement (Tolstoï, Ibsen), écrit-il à Bovel ' ; je tâche de m'en rendre compte ici, en haut, dans mon ermitage, et cela me ragaillardit. » Et plus loin : « Je suis abonné au Temps et sirote la Revue des Deux Mondes. » Ce cosmopolite intellectuel connaît Zola, Guy de Maupassant, les Goncourt, Rostopkin, Sainte-Beuve, Flaubert, Renan, Dostoïewsky, Tourgueniew, Nietzsche -'. Meyer a écrit sur l'un de ses héros la phrase suivante d'une expression originale et profonde, et où il est permis de retrouver Pécho de ses propres sentiments : « Qu'il pût s'ennuyer dans sa retraite et sa solitude, c'est ce qui ne faisait même pas question. Il aimait la lecture... Cependant, il ne se plongeait pas exclusivement, selon l'usage assez habituel des solitaires, dans les merveilles de quelque siècle passé; il préférait les œuvres nouvelles, les produits du jour [die Çeburten des Tages), pour ne point perdre le contact avec le présent qu'il craignait et fuyait 3 ».
« Dans mon cher petit coin de campagne, écrit-il de Kilchberg à Betty Paoli en 1884, je jouis du silence de la vie intérieure, coupé de quelques relations bourgeoises et mondaines, mais qui n'atteignent pas le fond de nia personnalité; je travaille modérément, et les faits et gestes du monde littéraire, que je suis de loin dans les journaux, ne m'apportent ni trouble ni leçon. Je vais mon chemin tout droit et simplement, sans préjugés, sans intention et sans école. N'étaient les avertissements de notre machine physique, je ne saurais en vérité point de plus bel âge que la vieillesse, — cette vieillesse qui