‹ C.F. Meyer; sa vie, son œuvreChapitre 123 sur 177 · Bète à miel » pour « bête Amiel · texte numérisé non relu

Bète à miel » pour « bête Amiel

2. Paul Heyse a finement noté et sévèrement condamné 1 inconvi nance du ton de Fagon à l'égard du Roi au point de vue historique Cf. Br II, P- 34i.

de Molière, et dont les larmes coulent silencieusement au théâtre, parce que le discours de Diafoirus sur son fils la fait songer à son propre enfant déshérité de la nature.

L'idylle de Julien Boufflers chez le peintre Mouton, le rapprochement qui unit la rude et fruste âme populaire du peintre bohème et le cœur trop délicat, trop « en nuances », du gentilhomme adolescent, appartiennent également au domaine de la sensibilité moderne.

A cette foncière fausse note dans l'accent général viennent s'ajouter des invraisemblances de faits sur lesquels un lecteur français aura quelque peine à passer. Le ministre de la police, d'Argenson, accorde à l'aventure d'un collégien un peu rudement molesté par un de ses maîtres, — le jésuite Tellier fustige en classe le pauvre Julien pour un méfait dont celui-ci est tout à fait innocent, — une importance voisine du comique. L'empressement, la célérité avec laquelle le ministre en personne, quittant ses dossiers, se met à la disposition de Fagon pour châtier le coupable, le ton emphatique dont il instruit l'affaire, font sourire. La correction imméritée d'un écolier prend les proportions d'un crime d'Etat. Et puisque nous en sommes à l'invraisemblance, le lecteur a peine à concevoir qu'une punition même brutale et injuste, même aggravée d'une extrême humiliation morale, soit capable de provoquer chez l'adoslescent le plus surmené un épanchement au cerveau qui l'emporte en quatre jours1. Le malheureux Julien, en effet, après le « golgotha souffert chez les jésuites », expire dans la fièvre et le délire, ayant auprès de son lit, d'un côté, le bon confident Fagon, de l'autre, l'ouvrier inconscient de la ruine, son père, le Maréchal, qui a fait preuve; du plus coupable aveuglement paternel en laissant son fils s'étioler atl collège.

Page 1