Betsj . Souvenirs
■1 . Les termes mêmes de Magna Peccatrix se retrouvent dans la rédaction définitive delà Justicière. « Oremus pro Magna Peccatrice », <lii l'emperem Charlemagnc devant le cadavre de Stemma qui vient de se suicider son~ sel yeux.
;. Langmesser nous a transmis nu autre fragment, postérieur celui-là à la composition des Noces du Moine, dans lequel Meyer n'avait pas encore aban* donné l'idée «le placer la fable de la ./usinière à l'époque de Frédéric 11 ' fragment, intitulé Die Hichterin [Langmesser, pp. ;>i-jii), nous montre 1 empereur Frédéric, au mi lieu d'un cadre dont les éléments, par leur groupement un peu artificiel, rappellent l'ouverture «lis Noces du Moitié, tenant COOf pleinière avec ses vassaux, au nombre desquels se trouvent la duchess Lima, puis, dans un second chapitre, la promenade de l'Empereur dans tel jardins du Palais, a l'heure du coucher «le soleil, et son dialogue sur les affaires de l'Etat avec son chancelier Pierre des Vignes.
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saire Grégoire IX vient de lancer dans la chrétienté contre lui.
Meyer ne réussit point à mener son œuvre plus avant <| niées deux morceaux détachés. Le thème, comme tant d'autres que caressa sa pensée et que ne sut réaliser sa plume [le dernier des Toggeiibarg, le Commandeur de Kùssnacht), se montrait rebelle à l'effort .créateur. Une autre considération vint se joindre à la nature réfractaire du sujet pour engager l'auteur à abandonner son plan primitif. Il lui parut que l'époque de Frédéric II n'était point la toile de fond cpii convenait à la fable qu'il avait imaginée. « J'ai d'abord placé mon sujet en Sicile, à l'époque de Frédéric II, devait-il écrire à II. Linarg en 1 885, lors de la réalisation définitive de la Juslicière ; puis, il m'a semblé qu'à ce conflit de conscience il fallait un arrière-plan sévère. J'ai transporté ma fable dans le cadre des Alpes, à l'époque de Gharlemagne '. » Le thème de la Justicière devait sommeiller deux ans dans la conscience [du poète avant de voir le. jour, et ainsi se trouvait justifié le mot de Meyer à Louise von François, dans une lettre du 4 mfù 1 883 : « Je roule mes plans dans ma pensée, comme le ruisseau roule ses galets ; je les arrondis, les use de partout, mais je ne les perds pas. »
En 1 883 , Meyer abandonnait la fable de la Justicière; il ne garda que la figure du Hohenstaufen, qu'il utilisa dans une œuvre nouvelle et toute différente. Cette œuvre, dont le thème offre une grande parenté avec la pièce des » Gedichte » intitulée : der Mars von Florenz, était les Noces du Moine. Elle naquit et se développa dans la pensée créatrice de Meyer avec autant de facilité que le thème de la Juslicière avait opposé de résistance. En septembre i883, Meyer en lisait le débuta Julius Rodenberg, au cours d'une visite de ce dernier à Kilehberg; à la fin d'octobre de la même année, il l'envoyait achevée au directeur de la Deutsche Rundschau.
\. Br. II. p. 3 20.
« Le souille de l'esprit, écrivait-il, ne l'avait pas abandonné durant toute la composition. »
Analysons cette nouvelle.
Nous avons de nouveau affaire à un récit encadré. Celui-ci nous est conté par l'Alighieri au lover du prince Cangrandi Scaliger, seigneur de Vérone, auprès duquel le grand exilé florentin est venu chercher l'hospitalité. Comme Poggio à la cour de Cosme de Médicis, Dante acquitte sa dette de reconnaissance envers le prince qui abrite ses jours en contant des histoires.
Le moine de Padoue Astorre, de la famille illustre dea Vicedomini, s'est résolu, sur les supplications de son perd qui voit s'éteindre sa race, à quitter sa robe et à épouseï sa belle-sœur Diane qu'un naufrage récent vient de rendre veuve. Quelques jours après la décision qui le fait entrer dans l'existence séculière, Astorre se rend sur le pont de l'Arno pour y faire achat de l'anneau qu'il destine à Diane sa fiancée. Il est.occupé à examiner deux bagues, lorsqu'une bousculade se produit dans la foule. Astorre ne retient dans ses mains qu'un des anneaux ; l'autre s'en vient rouler sut la chaussée. Ramassé sur le sol et remis à une jeune fille Antiope Canossa, qui se trouve à ce moment dans la foule, il devient l'origine de la plus singulière méprise. Cetanneaq venant rouler aux pieds de la jeune personne, la mimique effarée du moine Astorre qui veut reprendre sa bague, niais en est empêché, toutes ces coïncidences sont interprétées par ta mère de la jeune Antiope, sorte de vieille folle à l'es-* prit chimérique, comme les signes d'une déclaration d'amour. La mère d Antiope est fermement persuadée qu'elle a affaire à une demande en mariage pour sa fille. Or, ce qui vienl compliquer la malice de l'aventure, c'est que, précisément, cette jeune fille aux pieds de laquelle est venu rouler si malencontreusement l'anneau est l'objet d'un amour ancien de la part d'Astorre, amour que la vie de silence du cloître n'a point complètement enterré et qui, on va le voir. \ a renaître avec plus de violence que jamais de ses cendres.
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Le jour des fiançailles de Diane el d'Astorre arrive La mère d' Antiope s'est rendue à la cérémonie, toujours persuadée, dans son esprit de folle, que c'est l'union de sa fille qui va rire consacrée. Ses yeux de belle-mère imaginaire s.- dessillent de cruelle façon quand Astorre, dans la salle des fêtes du palais Vicedomini, présente à rassemblée Diane comme sa légitime épouse. Une scène pénible se déroule entre la vraie fiancée Diane et la fausse fiancée Antiope. Celle-ci esl frappée au visage par celle-là. Ce traitement immérité rallume, connue bien on pense, au cœur d'Astorre, l'amour pour la délicate Antiope, qui vient d'être outragée de façon si brutale.
Cependant, une autre amertume attend Astorre. Son beaufrère Germano, — le frère de Diane, — brave soldat à l'âme épaisse et fruste dans son honnêteté, a imaginé un moyen de réparer l'injure imméritée faite à Antiope Canossa : il l'épousera. Voilà qui arrangera tout. Union d'Astorre et de Diane ; union de Germano et Antiope : « Deux mouches sont ainsi attrapées du même coup, » conclut le militaire dans son simple langage.
A.storre, amoureux, écoute, l'âme meurtrie, cette logique soldatesque. Germano, qui n'est pas psychologue, après ce coup déjà rude, en assène un second plus rude encore, en demandant à Astorre d'être son témoin dans la demande en mariage qu'en homme expéditif il veut incontinent adresser à la jeune Antiope. Astorre dompte le frémissement de son cœur et consent. Les deux hommes s'acheminent côte à côte, vers le palais Canossa.
« Le jour sans nuage mourait dans l'or du soir. Les cloches sonnaient l' Angélus ; le cœur du moine murmurait machinalement les oraisons accoutumées, tandis que son cloître, situé là-liaut sur la colline, prolongeait par hasard ce soir-là le son de ses cloches familières. Leur voix aujourd'hui s'attardait en vibrations mélancoliques et calmes qui survivaient dans l'air limpide aux échos des autres campaniles. Sur le moine descendait la paix universelle des choses.
Alors son regard effleura le visage de son compagnon et se reposa sur
J>:>x C.-F. MEYER
ces traits qu'avaient durcis la pluie et le grand air. Ils étaient éclairés par la joie et reflétaient l'allégresse du devoir et de la certitude. Mais il s'v lisait encore autre chose : le bonheur inconscient qui éclate et ne se surveille pas. Sous la brise de l'honneur, cette âme de chevalier atteignait les îles bienheureuses. « La chère, innocente enfant ! », soupirait le guerrier.
Dans un éclair, le moine comprit qu'il s'était trompé et flatté tout à l'heure d'une illusion ; il comprit que Germano commençait à aimer Antiope et que c'était son rival qu'il avait à côté de lui. Son cœur en ressentit comme une morsure sourde et profonde, puis une seconde, plus aiguë, qui l'eût presque fait crier de douleur.
Le visage contracté, le cœur comprimé, le moine s'attachait aux pal vainqueurs de son rival. Maintenant, ils montaient tous deux les marchai du palais Canossa. Il était vide et comme abandonné. Madonna Olympia devait s'être enfermée dans sa chambre... Sans être annoncés, Germano et Astorre traversèrent une série de pièces désertes que commençait d'emplir le crépuscule. Sur le seuil de la dernière chambre, ils s'aii.'tèrent net, car la jeune Antiope était devant eux assise, dans l'encadrement de la fenêtre.
La sveltesse aiguë de cette croisée s'achevait dans le dessin d une feuille de trèfle toute embrasée des feux du couchant. L'exquise formé de la jeune fille, comme dans un médaillon qui l'eût dessinée de la taille à la nuque, s'enlevait sur la paix glorieuse et dorée du soir. La couronne de ses cheveux, encore toutéchevelés par la lutte de tout à l'heure, semblait une couronne d'épines ; ses lèvres entrouvertes buvaient le charme de l'heure. La pauvre enfant, châtiée si ignominieusement tout à l'heure, gisait écrasée sous le poids de, l'insulte et de la honte, les paupières mourantes et les bras las ; cependant, dans l'ombre silencieuse de son cœur, vivait une allégresse divine, et ce cœur bénissait l'opprobre qui l'unissait pour la vie à Astorre...
Antiope ne cherchait point en son cœur si elle était aimée d' Astorre. Elle le savait. Et cette certitude avait plus d'évidence pour elle qui le! soupirs de sa poitrine et les battements de son cœur. Elle n'avait pat prononcé une syllabe depuis le premier pas fait dans le chemin où depuis ils avaient marché côte à côte. Leurs mains ne se tenaient point plus étroitement au terme de leur course qu'au début; elles avaient grandi l'une dans l'autre comme deux plantes que la nature enlace sanfl qu'elles s'étreignent. Elles se pénétraient connue deux flammes spirituelles et immatérielles ; et cependant, il était aussi impossible de l'arracher l'une à l'autre que d'arracher la racine du sol qui l'emprisonné*
Antiope, il est vrai, s'attaquait aujourd'hui au bien d'autrui : c étail un vol qu'elle faisait à Diane, mais inconsciemment et innocemment.
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car sa conscience ne lui appartenait plus. Padoue, avec ses campaniles et ses tours sous son regard, sa mère, la cérémonie des fiançailles, Diane, le monde entier, tout s'anéantissait, ne laissant plus subsister que l'abîme profond du ciel, tout rempli de l'enchantement éblouissant de l'amour.
Astorre, depuis la première marche de l'escalier jusqu'à la dernière, avait lutté contre lui-même et espérait s'être vaincu.
« Je veux me sacrifier, se répétait-il en s'exaltant, «•( assister ( rermano dan- sa demande de fiançailles. » Sur le dernier degré de l'escalier, il appela encore à son aide tous les saints de ses dévotions, en première ligne saint François, le grand maître du triomphe de l'esprit sur la tentation. Il se frappa la poitrine et crut, cuirassé par l'assistance céleste, avoir, nouvel Hercule, étouffé les serpents maudits qui s'agitaient en son sein. Mais le grand saint aux cinq stigmates s'était détourné de l'ingrat disciple qui rejetait son cilice et son froc.
Cependant, Germano, qui se tenait à ses côtés, combinait son discours de demande, mais ne pouvait trouver autre chose que les deux premiers arguments qui s'étaient tout d'abord présentés à son esprit. Du reste, il avait bon courage, — n'avait-il pas, bien des fois, harangué ses Germains dans le choc de la bataille ? — et il ne craignait pas la vue d'une jeune fille. Seule, l'attente l'énervait, de la même façon que les instants d'expectatives précédant la mêlée. Son épée froissait sa cuirasse dans un léger cliquetis d'acier.
Antiope sursauta ; son regard se détourna de l'horizon de Padoue pour se porter vers les deux hommes qui, maintenant, s'inclinaient devant elle dans le crépuscule grandissant de la chambre. La face tournée vers l'ombre, elle présentait le dos à la fenêtre.
Germano prit la parole : « Je te salue, Antiope Canossa. Me voici ave, Astorre le moine, l'époux de ma sœur Diane, et que j'amène ici comme témoin de la demande que je veux t'adresser. Sans père, comme tu l'es, et avec une mère qui ne peut pas t'assister, c'est à toi-même que je dois m adresser pour te demander si tu consens à être mon épouse. Ma sœur s'est oubliée vis-à-vis de toi île respect qu'il portait à Diane l'empêcha d'employer un terme plus vif), mais moi, le frère, je suis là pour tout réparer... »
Le moine qui écoutait frémit.
La sensibilité de son âme était blessée au vif par cette grossière assimilation entre les souffrances de la victime et la brutalité du bourreau ; ou bien'peut-être les serpents de la jalousie s'agitaient-ils en son âmé ?. . .
« Ce n'est pas ainsi qu'on fait une demande d'amour », souffla-t-il à l'oreille du soldat.
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Celui-ci comprit ; mais le silence de mort dans lequel s'enfermait la sombre Antiope l'irrita. Il sentait qu'il devait parler plus doux et parla plus sec. « Privée de père, et avec une mère comme la vôtre, vous avez besoin de l'appui d'une main d'homme. Vous avez pu vous-même en être juge aujourd'hui, jeune dame. Il ne vous arrivera plus d'être, comme aujourd'hui, humiliée et battue devant Padoue tout entier. Donnez-vous à moi comme vous êtes, et je me charge de vous protéger des pieds jusqu'à la tête. » Le bon soldat pensait à son armure.
Cependant,- Astorre trouvait le ton de cette demande d'une révoltante dureté. Germano lui semblait traiter Antiope comme une captive, comme un butin de guerre (peut-être était-ce le sifflement des serpents maudits qui se faisait entendre dans son cœur).
« Ce n'est pas ainsi qu'on fait sa demande, Germano », répéta-t-il toul l>as. Celui-ci se détourna à demi, et cédant sa place : « Eh bien, parle à ma place, beau-frère, puisque tu sais mieux», murmura-t-il d'une voix mécontente.
Alors Astorre s'approcha, ploya le genou, et ses deux mains élevées et jointes comme en prière et l'anxiété de son regard interrogèrentJe tendre visage qui se détachait sur l'or pâle du ciel. « L'amour peut-il parler ? »... balbutia-t-il... Le silence du crépuscule fut la seule réponse.
Enfin, un murmure à peine perceptible franchit les lèvres d'Antiope : « Au nom de qui parles-tu, Astorre? » — « Pour celui-ci, pour mon frère Germano », telle fut la réponse ; une réponse arrachée de la gorge. Alors Antiope voila son visage de ses mains.
Cependant, Germano perdait patience. Il éclata : « Je vais lui parler allemand, tonna-t-il. Voyons, Antiope Canossa, seras-tu ma femme, oui ou non ? »
La petite tête s'inclina doucement dans un léger hochement, qui. malgré la montée de la nuit, n'avait qu'un sens trop clair
«J'ai mon compte! dit Germano. la voix brusque. Allons nous-en, i beau-frère. » Et il quitta la salle du même pas de soldat qu'il y < tait entré.
Mais le moine ne le suivit pas.
Astorre demeurait dans son humide attitude de suppliant. Sa main frémissante avait saisi les mains non moins tremblantes d'Antiope «'t. doucement, 1rs détachait de son visage. Quelle fut la bouche qui la première rencontra l'autre, je ne le sais; car la nuit maintenant s'étail faite dans la salle, tout ù fait. ..
Le destin précipite les choses. Dans la pièce contigi celle où Astorre le moine et la suave Antiope goûtent les
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délices de l'amour partagé se trouve par hasard un moine franciscain. Gagné par l'offre d'une bourse d'or, le moine vénal consent à donner à l'amour coupable d\\sl<>n<\ au doigt duquel brille encore l'anneau d'or des fiançailles de Diane, la consécration du sacrement.
Dans cette même nuit, — décidément chargée de coïncir dences, — le hasard veut qu'un des gentilshommes d'Eccelino, le podestat de Padoue, passe devant le palais Canosaa et y pénètre. Il recule d'effroi devant l'égarement d'Astorre, dont la trahison est maintenant consommée; il fait saisir les deux amants coupables par un satellite sarrasin d'Eccelino que le destin a amené encore à point nommé dans ce quartier de la ville, à cette heure précise. Dans un joli geste de confiance amoureuse et de crainte, Antiope, la charmante pécheresse, sur le point d'être appréhendée par la milice, se réfugie sur la poitrine de son amant.
Demain, les deux coupables seront jugés au tribunal d'Eccelino.
Pour une fois, le cruel podestat se montre clément. Il consentà l'union d'Astorre et d'Antiope, si le moinedésintéresse le père de Diane par des concessions matérielles.
Les fiançailles d'Astorre avec sa chère Antiope seront ce soir même, de par la volonté souveraine d'Eccelino, célébrées au palais Vicedomini par une fête au flambeaux. Comme dans Ienatsch, la nouvelle se ferme sur le tableau d'une mascarade. Pendant que dehors, dans la nuit, retentit la gaieté de la foule, le drame s'accomplit à l'intérieur du palais Vicedomini. La fiancée délaissée, la noble Diane, a consenti au mariage d'Astorre et d'Antiope; mais elle a mis à son désistement une clause: l'épouse nouvelle du moine devra ce soir s'abaisser devant elle en lui retirant du doigt. avec toutes les marques de l'humilité, l'anneau d'or reçu des mains d'Astorre et qu'elle porte encore. Cette satisfaction sera la seule revanche que veuille goûter la fiancée trahie. Le moment décisif approche. Dans une pièce écartée du palais et faiblement éclairée, loin du bruissement de la fête,
Antiope se courbe devant sa rivale ; mais l'humiliation esJ trop forte pour son orgueil. La fierté blessée fait taire les bonnes résolutions ; cet abaissement excède les forces de celle qui est maintenant la légitime épouse du dernier dajjs Vieedomini, et, violemment, Antiope tente d'arracher de force l'anneau fatal du doigt de Diane. La mort l'atteint avant qu'elle y soit parvenue ; une flèche accérée, conduite par la main de sa rivale, lui traverse la nuque. Surviennent Astorre et Germano. Devant le cadavre de sa femme adorée, le moine sent sa raison lui échapper. Les deux hommes seprécipitent l'un sur l'autre et se tuent. Astorre chancelle, s'abat à côté d'Antiope. La mort unit les deux amants en les couchant bouche contre bouche dans le grand repos. Eccellino le tyran, que le bruit de la lutte attire, se trouve en face de trois cadavres. Par la fenêtre ouverte, le rire de la foule entre dans la chambre de mort.
Dante a achevé son récit. « Il a payé sa place au coin de l'âtre, il se lève et prend congé de l'assemblée. » Tous les yeux le suivent tandis que « lentement il gravit les degrés de l'escalier éclairé de torches ».
Les Noces du Moine offrent un intérêt chronologique particulier. Composée en i883, celte nouvelle est la dernière œuvre tout à fait sereine de notre auteur. Il y a là une limpidité, un équilibre que ne nous offriront plus les trois productions postérieures de Meyer. S'il fallait préciser ce caractère d'équilibre, nous le chercherions dans la 'perfection artificielle de l'œuvre. Une certaine baisse des énergies — physiques et morales — de réalisation ne permettra désormais plus au romancier d'écrire avec autant de flegme etde sérénité artistiques. Ce n'est qu'en pleine possession de toutes ses forces que l'artiste sait délibérément être aussi artificiel, polir ses armes, calculer ses effets avec autant d'amoureux et complaisant loisir. Les Noces du Moine sont remarquables à ce point de vue. Le mécanisme littéraire, le procédé de facture y sont étonnamment mis à au,