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Meyer, s'assimilant plaisamment à une vieille toile restaurée, signait gaiement une lettre à son ami le professeur d'histoire de l'art, R. Rahn, par ces mots : « Dein aller, theilweise renovirter, C.-F. Meyer' ».
La maladie ne s'éloignait cependant pas franchement; elle laissait derrière elle, comme une sorte d'inquiétante signature, une singulière sensation de défiance de la vie Cette « insécurité de vivre »,dont nous avons déjà parlé, cette Le pens Unsieherheit », dont la correspondance est pleine, est une des impressions les plus personnelles et les plus profondes de Meyer. La sensation même de l'existence revêt chez lui un caractère d'exception. La vie est un bien tremblant, capricieux, qui menace et se dérobe comme une sorte de mystérieuse créature qu'il convient d'apaiser par les ménagements de la superstition et aussi de dérouter par une continuelle diplomatie. Cette espèce de commerce personnel, sur un pied de défiance, avec la vie dicte à Meyer des expressions singulières. Lingg lui a demandé s'il a quelque œuvre nouvelle sur le chantier, et il répond : « Sans doute, sans doute, je rumine du nouveau, du nouveau très osé même, mais avec prudence, avec méfiance et, pour ainsi «lire, sournoisement2, car après la dure année traversée en 1889, je n'ai pas encore entièrement recouvré la sécurité de la vie \ »
Ce sentiment de malaise ne devait point se dissiper : jusqu'à la fin, jusqu'à la catastrophe qui ensevelit la pensée de Meyer dans la nuit, ses lettres sont pleines de conjurations superstitieuses, de « unberufen ». Il écrit quelquefois « dreimal unberufen » '.