‹ C.F. Meyer; sa vie, son œuvreChapitre 137 sur 177 · Oct. 1889. Br. I, p · texte numérisé non relu

Oct. 1889. Br. I, p

>. Doch foin behutsam und sozusagen hiuterlistig.

i. A Gottfr. Keller il écrit : « Que vois-je d'autre vraiment à vous souhaiter qu'à persévérer dans votre nature .' Vous aimez la terre : 'lie vous retiendra le plus longlsmps possible. Pour moi. je suis loin d'avoir le même sentiment de sécurité de la vie ; nonobstant, j'utiliserai de toutes mes forces le temps qui m'est encore accordé. » Juillet 1889, Br. I. p. Î07. Br.. 11. >±-,

\. A Haessel, Br.. II, 190.

jj<j8 C.-F. MEYER

En 1889, il remonta vers les chères montagnes qui, depuis sa jeunesse, abritaient ses étés. Au sommet du Saint- Héritant sa vue se reposa sur « les torrents rapides et écumeux, les taches éclatantes des neiges, les fonds de sapins noirs ' ».

Son éditeur Haessel vint là lui faire une visite.

Il redescendit en automne vers les altitudes familières, reprit les douces habitudes de l'ermitage de Kilchberg.

Sa pensée allait quelquefois vers une autre retraite, bi<n plus fermée encore que la sienne, celle de la solitaire de W'iissenfels. A travers la distance, il voyait, dans sa mansarde, l'auteur de la Reckenbùrgerin « allumant sa petite lampe, se cuisant une petite soupe »2 ; il savait les heures de ces menus événements, s'y associait, et cette intimité de cœul lui était douce.

En 1889, il composa des poésies3. Presque toutes avaient la même empreinte de mysticisme, de double vue mélancolique1. Betsy ne s'y trompa pas et s'en effraya. L'accent de mort de Noch einmal* était nouveau pour elle ; elle ne lavait pas encore entendu vibrer chez son frère.

Les œuvres en prose le tentaient également. Sa penser, lentement dégagée des ombres de la maladie, se reprenait a caresser les thèmes anciens ; mais elle restait encore débile, ne devait jamais retrouver sa force entière de réalisation et

1. A L. von François, août 1889. Comp. la parité, presque l'identité .1 expression de la lettre à François von Wyss <!<■ la même époque, Br. I. p. (|.j. Le vocabulaire de Mever est tout ensemble préeis et pauvre. Une expression mu' fois trouvée n'est pas volontiers abandonnée.

. Briefw., p. a5o.

; Noch einmal, Wanderfûsse, Auf dem Canal grande II, mein Stern, meià Jahr, der Lieblingsbaum', tenz wer kann dir widerstehen : Ein Pilgrim, die gelôschten Kerzen, Votivtafel, fias kaiserlichv Schreiben.

j. Cf. les vers de Mein Stern :

lu die Bangnis, <li<* Bedrangnis t'unkelt Er mît seinem bellsten Strahle gern, t'nd je mein- die Erde mahlicD dunkelt. Destn n.ihrr. starker brennl mein Stern.

-, Zu Thaï*- /m steigen, das ware mir Schmerz

Ensende 'lu Schutze, ensende das Erz!

Jetzt bin ich ein Seliger! Triff midi tne H erz!

LES DERNIERES A.NNEES '>•)')

île lucidité. El la faiblesse, indélébile désormais, se marquait assez naturellement dans l'exagération du phénomène que nous avons déjà connu comme Inséparable de la production chez Meyer, l'attraction simultanée de trop de thèmes à la fois, tous également tentants, la sollicitation de l'imagination dans trop de directions diverses, — comme résultai : (l'encombrement du chantier littéraire, et l'incapacité d'abour tisscinent. A cette instabilité mentale, morbide dans sou essence, — car l'insuffisance du pouvoir de choisie est l'insuflisance du pouvoir de vouloir, — le poète avait autrefois prêté le vêtement d'un gracieux symbole poétique : le cours du Rhin et sa mélodie se présentent devant l'imagination du chevalier Ilutten.

Vor meinem fessellosen Geiste zielien

Des Rheines Wogen mit Gesang dahin ;

Ein werdend Lied taucht ans des Stromes Laut

Wie eine Fei mit hellen Augen auf ;

Doch eh ich meinen Fang ans Land gerafft,

Erhebt ein zweites schon sieh nixenhafl :

\^ inkt laehend mir mit beiden Armen zu :

Ich bin das schônere, mich dichte du ;

Indem ich sinne, welches schôner sei,

Entflieht die eine mit der andern Fei1.

Les œuvres qui, maintenant, défilaient comme des elles décevantes devant le regard du poète incapable de les arrêter, c'étaient le Dynast ou le Dernier des Toggenburgs l'histoire du dernier comte de Toggenburg, dont la suprême et diabolique ambition est de déchaîner la guerre civile entre ses compatriotes), le Commandeur il s'agit du commandeur Schmid de Kùssnaeht, une douce figure de réformé), le Cas de conscience (un essai de nouvelle psychologique contemporaine), le Pseudoisidor (thème singulier qui devail ftous montrer un moine faussaire finissant par perdre luimême au milieu de ses mensonges la notion du réel . la

i. Ces vers se trouvent dans la i" édition de Ilutten.

/,oo G. -F. MEYER

Sécularisation en douceur, dont nous avons déjà parlé, Frédéric II et Pierre des Vignes, la Résolution de Laure (une nouvelle historique dans laquelle devait venir s'encadrer la figure de Pétrarque).

Après l'indécise revue de tant de sujets anciens, Meyer, comme il lui arrivait souvent. — se décida pour une œuvre nouvelle. Celle-ci devait être Ange la Borgia. Le thème neul offrait l'avantage de comporter moins que ses devanciers de ces « impedimenta historiques » ' devant lesquels reculait de plus en plus la faculté de travail ébranlée du romancier; les sources s'en trouvaient presque toutes co«imodément concentrées dans le volume de Gregorovius sur Lucrèce Borgia2.

L'année 1890 s'ouvrit, et la mort qui, deux ans auparavant, avait l'ait entendre à Meyer un son de cloche si menaçant, l'avertit de nouveau, cette fois, en fauchant autour de lui.

En quelques mois disparurent bien des visages qu'avait connus Meyér : ses beaux-frères, Alfred Ziegler et le Kirchenrat de Kùssnacht, Burckhardt-Ziegler, le conseiller littéraire de sa jeunesse, Gustave Pfitzer, l'administrateur des forêts Tortmeisterj, v. Orelli, le traducteur de IliUlen en français, le comte de Durekheim, Montmarlin.

« C'est effrayant de voir en quel hôpital nous vivons icibas », écrivait Meyer à Fr. von Wyss8.

Nous n'avons point encore nommé la mort qui lui lit le plus d'impression : celle de Gottfried Relier. Relier s'éteignit le i5 juillet après une longue maladie. Meyer nous a laissé dans le Deutsche Dichtung un joli et mélancolique récit des dernières heures qu'il lui fut donné de passer auprès d'un homme qu'il avait peu vu dans le temps de sa force et qu'un caprice ironique du destin lui faisait contempler longuemerit et intimement sur un litd'agonie, à l'heure suprême

1 Expression employée par Meyer, Br. I. [oo. a ( '.!'. Appendice critique.

i. Mai 190, Br. . 97.

LES DERNIERES INNEES ',<»'

« où l'imagination s'égare et où la pensée s'évanouit ' ».

Le souvenir de cette mort devait s'enfoncer en lui. En octobre 1890, dans les visites qu'ils lui firent à Kilchberg, Fritz Kôgel et Wilhelm Langewiesche remarquèrent la sorte d'obstination avec laquelle leur interlocuteur revenait a une mémoire qui apparaissait avec évidence comme occupanl le premier plan de son esprit. « On ne peut pas s'habituer à la pensée que Keller soit mort », écrivait Meyer à Louise \ on (François2. « Depuis la mort de Keller, disait-il à Kôgel, je ressens un singulier sentiment d'abandon. Il a été de si longues années sur l'autre bout de la planche où nous nous balancions tous deux ! et maintenant me voilà seul. »

Pourtant, ce n'était pas un lien du cœur qui se brisait : Keller et Meyer ne s'étaient point' aimés. Et Meyer ne disait que la vérité en écrivant à Fr. Wille, au sujet de l'article nécrologique qu'il avait rédigé sur Keller au sommet du Righi : « J'avais un besoin moral d'écrire quelque part que lui et moi n'avions pas été près l'un de l'autre 3. »

Près matériellement l'un de l'autre, dans cette petite cité de Zurich où ils vivaient parallèlement depuis tant d'années, ils avaient été loin par le cœur'.

S'il nous était permis d'usurper le rôle d'arbitre dans le procès de mésintelligence qui sépara deux concitoyens, nous ne croirions pas nous tromper en disant que du côte de Keller lurent les torts positifs, et que du coté de Meyer il y eul surtout maladresse. Cette maladresse consista principalement à trop vouloir être adroit. Diplomatie, excès de courtoisie, voilà peut-être l'impression dominante qui restera dans l'esprit du lecteur de la correspondance de Meyer avec

1. Cf. Deutsche Dichtung, oct. 1890, reproduit dans l!r..~ II. 5ia-5i8.

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