Betsy, Souvenirs, p. 2o
Betsy Meyer nous a laissé quelques pages saisissantes silices dernières journées que la vie lui donnait de passer aux entes de son frère. Dès sou arrivée à Kilcbberg, le poète lui fit la lecture de son œuvre, dans sa pièce de travaif, par une fin d'après-midi brûlante dont la pesanteur rendait difficile à l'auditrice son rôle de critique. Il y avail pourtant, nous confesse la sœur, autre chose encore que la lourdeur de l'air dans la difficulté qu'elle éprouvait cette fois à suivre la lecture ; l'oeuvre nouvelle lui donnait une sensation de déséquilibre ; elle ne s'y retrouvait pas, elle, l'ancienne et fidèle habituée de la pensée de son frère. Et cette sensation insolite et inquiétante venait s'aggraver de toul ce qui chez le lecteur trahissait trop clairement le déclin, jusqu'aux lignes en dérive, à l'écriture énorme, démesurément appuyée de son manuscrit. Quelques jours seulement avaient été prévus pour la tâche de mise au net de l'œuvre ; ils ne suffirent point. « Le brouillon et la sœur durent partir ensemble1 » pour le château de Steinegg, cette propriété du beau-frère de Meyer dont nous avons déjà parlé.
Et durant quelques jours, Betsy put se croire revenue au temps de la composition de Hiitten, à l'époque où elle assislait à l'éclosion de la pensée de son frère. Le cadre avail changé : la petite pièce intime du Seehof de Kùssnacht était remplacée par une grande et haute bibliothèque aux belles boiseries un peu sévères; mais c'était bien le même frère que la sœur voyait de nouveau devant elle marchant comme jadis de long en large, un feuillet à la main, dictant et improvisant; et « c'était pour elle un court retour inattendu aux vieux jours de jadis », retour dont le charme s'approfondissait de toute la « certitude mélancolique » avec laquelle elle ne pouvait s'empêcher de se repéter : « C'est la dernière fois - ».
Le manuscrit mis au net partit pour Berlin, le 14 août