Betsy. Souvenirs, p. ±o
a. Betsy, Souvenirs.
1891, pour être soumis au verdict de Julius liodenberg.
Meyer annonçait sa nouvelle à quelques-uns de ses amis. « Lucrèce Borgia, écrivait-il à Félix Bovet, le 6 septembre 1 891 , y a sinon le premier, du moins un grand rôle. Je l'ai arrachée d'entre les mains des professeurs, tels que Gregorovius, qui étaient en train d'en faire une honnête femme, et je lui ai rendu ses crimes1. Cette nouvelle est à proprement dire l'histoire de la conscience. »
Et dans un mot à Ilermann Iiaessel, qui précise mieux le problème moral, tout en le revêtant, selon une habitude chère à la pensée de Meyer, d'un symbole plastique : « L'idée créatrice de la nouvelle est l'antithèse de deux femmes dans la manièreitalienne : — l'amour sacré et l'amour profane de Titien, — trop de conscience — trop peu de conscience. La nouvelle devrait exactement s'intituler : Lucrèce et Angela Borgia \ »
Le titre à' Angela Borgia est en effet trompeur. Il y a très nettement deux parties dans l'œuvre : dans la première, Angela Borgia et Don Giulio dominent la scène; dans la seconde, c'est Lucrèce avec ses passions qui usurpe franchement le premier rôle. Il y a deux nouvelles dans une nouvelle. Commençons par la première.
Le sujet nous en est donné par Gregorovius, qui écrit à la page 281 (et suiv.) de sa biographie de Lucrèce Borgia : « A la cour de Lucrèce vivait une jeune femme dont le charme conquérait tous les cœurs, jusqu'au moment où elle devint la cause d'une tragédie à la cour de Ferrare. C'était cette Angela Borgia que Lucrèce avait amenée avec elle de Rome à Ferrare... Parmi les admirateurs d'Angela se trouvaient
1. Nous trouvons dans un article d'Erich Schmidt de 1882. Ariost in Deutsckland, i' série des Charakteristiken, les lignes suivantes qui ollrent une frappante analogie de pensée avec le billet écrit à Bovet : .M, m mochte fasl bedauern dass Lukrezia neuerdings durcli Gregorovius ihres dâ monia* chen Rufes entkleidel und heruntergekommen, weil gewolinlich erscheint. » Meyer a 1 il connu les pages d Erich Schmidt ?
■2. Br. I, 1 jj.