‹ C.F. Meyer; sa vie, son œuvreChapitre 147 sur 177 · Cf. Kôgel · texte numérisé non relu

Cf. Kôgel

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courbé, le regard tourné vers le dedans, avec quelque chose d'affaissé dans la démarche et l'attitude ». Il poursuivait un rêve intérieur dont ne le tiraient point les conversations étrangères; celles-ci lui étaient un trouble et une gène : il gardait la trop claire conscience de la ruine de ses forces pour ne pas souffrir d'une activité déployée autour de lui et dont il lui était interdit de prendre sa part.

Dès lors, seul le cercle intime de la famille a pu le connaître sous sa physionomie véritable et avec cette dernière lueur intérieure qui continuait de vivre sous la caducité de l'enveloppe. Le soir, à Kilchberg, il faisait à sa femme et à sa fille la lecture à haute voix, d'un timbre chantant et pénétrant. Elles se le rappellent encore sous les ombrages de Steinegg, où il passait l'été « assis sur un banc, perdu dans la contemplation de la nature et de son propre monde intérieur ».

De temps à autre, la souffrance lui arrachait des plaintes, mais rarement ; l'impression dominante était celle, d'une incomparable bonté, d'une sérénité sans limite, « d'une paix profonde faite avec le Destin et dont la source dernière était sans doute l'intimité vécue delà foi religieuse ». Dans sa résignation suprême, Meyer rejoignait Don Giulio, le héros de sa dernière œuvre.

De ces demi-ténèbres qu'éclairait chaque année un peu plus de lumière, il fut tiré par une mort rapide. Le poète avait autrefois, par la bouche du solitaire d'Lfenau, le chevalier Hutten, souhaité de mourir le matin à l'heure où les « sentiers sont clairs » et

« Qu'au frisson de sa lin, fût mêlé

Le frisson de l'aube qui rafraîchit le inonde. »

(Sc/ieiden im Lie ht]

Ce dernier vœu fut exaucé.

Par une limpide matinée de novembre de l'année 1898, Meyer était sorti pour prendre l'air sous sa véranda. Rentré dans son bureau, il s'était enfoncé dans la lecture d une

LES DERNIÈRES A.NNÉES

étude de W. Seherer sur Goethe dans la Deutsche Rundschau. Ce fut de cette pièce <|ii<- partil le râle profond qui lit accourir sa femme et sa fille. Elles se trouvaient dans la chambre voisine et arrivèrent à temps pour recueillir le dernier soupir d'un agonisant. Meyer, frappé parune attaque d'apoplexie, s'éteignit entre leurs bras.

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