C.-F. MEYElt
gieuse, la religion lui donnait un appui dont avait besoin son esprit mobile et ardent, prompt à se laisser entraîner au loin. En elle résidait quelque chose d'exceptionnel et d'impondérable, qui la rendait intellectuellement supérieure à son mari malgré la haute culture de ce dernier. La vertu de Ferdinand Meyer avait quelque chose de plus correct, de plus régulier que celle de sa femme. Elle eût osé ce dont il ne se fût point senti le courage l ».
« Elle souffrit toute sa vie de ses nerfs malades », écrit quelques lignes plus loin Bluntschli, et c'est un point sur lequel il convient d'insister. Ce trait, nous le retrouveronchez le fils, dans la biographie duquel il prendra une importance essentielle ; d'une façon générale, qu'il s'agisse ou des dons de l'esprit ou des tares physiologiques, l'atavisme maternel se présente chez G. -F. Meyer, selon une loi assez, commune, beaucoup plus développé que l'atavisme paternel.
Elisabeth Ulrich2 était la vraie fille de son père, Johann Conrad l'irich (1761-1828), un philanthrope fougueux qui, après avoir étudié à Paris sous la direction de l'abbé de l'Epée, avait voué sa vie à l'éducation des sourds-muets, un révolutionnaire ardent doublé d'un mystique, une âme d'élan et de désir chez laquelle la passion du devoir prenait un caractère de fièvre, mais que la plénitude d'une vie coml)lci' d'efforts ne préserva pas des heures de lassitude et de mélancolie. Sa fille hérita de lui les nerfs facilement ébranlables, la « vibrance » inquiète, et aussi le brillant de l'esprit. La mélancolie, refoulée et combattue chez le père par l'activité extérieure d'une existence d'homme, étendit sur cette âme de femme plus repliée sur elle-même des ombres prématurées.
La souffrance physique s'y ajouta de bonne heure. Elisabeth I Urich fut toute sa vie tourmentée par d'horribles maux