‹ C.F. Meyer; sa vie, son œuvreChapitre 22 sur 177 · Lettre du 3 .•. mai 1 S j · texte numérisé non relu

Lettre du 3 .•. mai 1 S j

■i. Conrad Nûsoheler, engagé dans l'armée autrichienne . en qualité d'officier de cha sscurs.

se trouvera... Si malgré cela je tourne au sérieux, et qné j'aie peu de foi clans l'avenir, c'est que je ne sens qu'à présent que Préfargier m'a brisé le cœur. Je ne l'eusse pas cru. La vie la plus retirée, active, sans bruit, enfin une place dans un gymnase, quelques amis, point d'émotions surtout, voilà ce qu'il me faut. Je vivrai probablement encore longtemps, mais plutôt pour les autres que pour moi, qui m'attriste et m'ennuie de mon a moi ». Et, une autre fois (4 juin 1 853). « Je n'ai point d'amis, et je m'en trouve bien, je suis tout à mes travaux. Si j'envisage ma position avec sang-froid, il me semble sage de rester encore quelques mois, peut-être même une année, à Lausanne et de me mettre alors sur les rangs pour attraper quelque place de professeur de français dans une ville quelconque d'Allemagne ; puis, je me cantonnerai tranquillement dans mon coin. Ainsi, j'attends les choses à venir, sans espérance, sans crainte, menant une vie strictement comme il faut et cherchant à me donner le goût du travail. S'il plaît à Dieu de me rappeler quand que ce soit, j'y applaudirai ; car il me semble parfois que nous payons un peu cher et de beaucoup d'ennuis les quelques instants de joie qui colorent un peu la vie et qui passent si vite... »

La note de mélancolie contenue dans ces dernières lignes s'accentue dans d'autres passages, et la mauvaise voix de la tristesse d'autrefois se fait de nouveau entendre. « J'ai quelquefois l'air d'être peu stable, écrit Conrad, le ior septembre 1 853 ; mais cela n'est pas. Il y a du triste et du sauvage au fond de moi, mais ni vanité, ni légèreté, ni même fierté ; et si, de temps en temps j'aime à rire, c'est comme les enfants qui chantent à tue-tête quand ils ont peur d'être seuls. » Et ailleurs : « ... Il faut bien s'amuser un peu, toutes les choses étant monotones et au fond un peu tristes, hors les choses éternelles l. »

La lutte entre les deux personnalités se résout toutefois — c'est l'impression dominante qui reste de la lecture des

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