‹ C.F. Meyer; sa vie, son œuvreChapitre 24 sur 177 · I . 0 llirclil · texte numérisé non relu

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1 onrad a'avail naturellement . ] n ■ > trop de tendance au « far-niente ■> contemplatif. Voici l'idéal d'existence qu'il trace à sa correspondante Cécile Borrel dans un billet du r ' septembre iSVJ : o Marcher modérément, manger bien, boire autant. Le soir fumer un « manille » couché sur le mur d'un cimetière ou dans le créneau d'un vieux château; surtout oublier les trois teinpa] de la grammaire : le Présent, le Passé et le Futur ».

Ne bornons point cependant le rôle de Vulliemin auprès île Conrad à celui de médecin spirituel. Son influence fut plus générale. Peu d'hommes ont plus contribué à déterminer Mever dans les lignes générales de son esprit. Insistons Ici particulièrement sur deux points : c'est à l'influence de Vulliemin que Meyer dut le sens de l'histoire et l'affermissement de son protestantisme. Le contact avec ce savant devait créer chez Conrad l'intérêt historique, ou plutôt le fortifier, car celui-ci existait dès l'origine, comme nous l'ont montré les thèmes qui occupaient son esprit dès l'enfance. Cette influence sur un tempérament artiste devait être encore an usée .par la nature même du talent de Vulliemin éloigné, comme nous lavons vu, de tout excès de sécheresse technique.

Le second point — l'influence protestante — est plus important encore.

C'est à Vulliemin qu'Elisabeth Meyer dut la grande joie de voir s'affirmer dans l'àme de son fils des croyances qu'elle avait vu — ou cru voir ! — chanceler dans la crise difficile de l'adolescence et de la jeunesse. Les lettres qui suivent vont nous montrer avec quelle sorte d'élan mystique cette pauvre mère exprimait sa reconnaissance à celui qui demeurait avant tout à ses veux le bienfaiteur moral de son fils. Meyer restera dans l'ensemble de sa vie un croyant; nous verrons plus tard quelle limitation une conception plus esthétique de la vie devait peu à peu apporter à un rigorisme religieux qui, à fépoqne dont nous parlons, s'affirme dans toute sa vigueur.

Meyer, vers la fin de i853, est le protestant absolu. L'esprit de combativité, d'anticatholicisme — que nous retrouverons disséminé dans son œuvre [Hutten, Souffrances d'un enfant, etc.), ne sera, il est vrai, guère éveillé avant le contact direct avec la mentalité et le sol catholiques latins Paris et l'Italie). Mais dès à présent, Conrad est protestant, en ce sens que sa vision de la vie est avant tout éthique. Le protestantisme est pour lui moins encore doctrine que conception

;, C.-l . MEYER

de l'existence qu'il rêve épurée et austère. C'est là ce qui l'incline vers le Jansénisme, avec, lequel il se sent des allinités presque aussi étroites qu'avec l'Evangélisme. Conrad se nourrit à Lausanne de Pascal, dont les Pensées et les Provinciales sont devenues ses livres de chevet. La fréquentation de Port-Royal ne tarde pas à produire ses fruits sous la forme d'une tendance au renoncement qui est presque de I hostilité a l'égard de la vie. Ce principe est bien traduit dans la lettre que Conrad écrira, en février 184;, à Vulliemin à l'occasion de la mort de son fils :

« Il v aura bientôt cinq mois, quand dans mon deuil1 vous m'avez tendu la main d'un ami, j'étais loin de penser qu'avant peu j'aurais à vous témoigner les mêmes regrets et les mêmes sentiments de vive et sincère sympathie. Q)ue sommesnous? Des êtres éphémères dont l'existence n'est qu'un enchaînement de souffrances, une succession de pertes irréparables, la ruine infaillible de nos plus douces espérances, une école austère d'humilité et de soumission. Souvent la Providence nous détache lentement, peu à peu, d'une terre qui n'est pas notre ; quelquefois elle frappe rudement ; elle désole, elle détruit, pour que le silence se fasse dans notre cœur et qu'elle y parle seule. Perdre un fils, c'est une épreuve terrible ; Saint-Cyran le disait : Dieu est terrible : il n y voyait que cela, mais nous deux, Monsieur, nous ajoutons qu'il est plein de compassion, nous pensons que tout amour en dehors de Dieu, trompe le cœur et qu'il a voulu être aime lui seul. Disons ensemble : Non est qui me consoletur ex omnibus quœ sub cœlo sut//, nisi tu Domine. Deus meus, cœlesiis medicus animarum, <jui percutis et sanas, deducis ad inferos et reducis. »

Conrad Meyer2.

Pessimisme el humilité, voila deux principes malfaisants

i. La mort d'Elisabeth Meyer.

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