‹ C.F. Meyer; sa vie, son œuvreChapitre 25 sur 177 · Bibl, Univ · texte numérisé non relu

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pour Conrad. « L'orgueil de la vie » n'est point à craindre chez ce déprimé, que « tout ce qui est honneur et gloire » bisse indifférent et qui écrira que sa seule ambition est de passer dans la vie « silencieusement, sans se faire remarquer1 ».

Mais cette lettre n'éclaire pas seulement le caractère de Conrad à cette époque ; elle nous mène à une autre constatation : la maîtrise que Meyer acquit à cette époque dans le maniement du français. Il a écrit plus tard à Louise François : « N'oubliez pas que, pendant dix années de ma vie. de vingt-cinq à trente-cinq ans, j'ai été Français2 ». Ce fut au point qu'il balança sérieusement entre la langue française et la langue allemande pour y faire sa carrière. Le second séjour de Lausanne est à ce point de vue beaucoup mieux employé que le premier. Quelles sont les lectures de Conrad ? Thierry, Pascal, Saint-Simon, Fénelon, Alexandre Vinet. La lettre ci-dessus révèle d'évidente façon l'influence même stylistique de Port-Royal.

Et quelle fut l'influence de cette « romanisation » ? Betsy nous vante l'heureuse influence sur cet esprit trop inconsistant des contours à « arêtes vives » (scharfe Umrisse de la langue française, mais nous trouvons un passage plus décisit encore sous la plume d'une personne qui — nous dit M. Charles Vulliemin — suivit de fort près toutes les phases de son développement.

« Le séjour de Lausanne de 1 853 fut une année de crise pour Conrad Meyer. C'est la clarté, la précision de la langue française qui le fît sortir d'un certain vague mélancolique et pessimiste auquel il se laissait aller. C'est le génie français qui l'amena à concentrer, en les disciplinant par l'étude, ses vastes facultés et ses connaissances étendues. A partir de ce moment, sa pensée sut saisir la forme artistique qu'elle cherchait, sa vie avait trouvé son but3 ».

i. Ad. Frey, p. 61.

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