Bibl. Univ
80 C.-F. MEYEB
mence à y mettre ; mais dans ses lettres on voit décidément se détacher les écailles qui couvraient sa vue. Je suis frappée de sa franchise et de son ingénuité; si parfois son orgueil remporte, et le lance dans la voie de l'erreur, il s'en aperçoit et reprend de lui-même le chemin de la vérité. Conrad reconnaît l'action du christianisme sur les hommes dont il est entouré; la puissance mystérieuse de l'Évangile sur le cœur humain qu'il salue déjà comme une vérité, l'étonné sans l'irriter. Son incrédulité, j'en ai la conviction, est fortement ébranlée... Sa confiance en vous est grande, et je m'aperçois avec un vif plaisir du chemin qu'a parcouru son jugement depuis le jour de son arrivée à Lausanne. Pourvu qu'il ne vous fatigue pas trop par ses visites, et que votre trop grande bonté ne vous empêche pas de le lui dire l. »
Le 2 septembre :
« Que je laisse les chimères pour me réjouir des progrès réels que Conrad paraît faire grâce h Dieu et à votre affectueuse direction. Je ne suis pas la seule à en sentir le prix, car je ne reçois pas une lettre de Conrad où il ne parle avec une vive et profonde gratitude de tout ce que vous êtes et de tout ce que vous faites pour lui. Le mot <lc remerciement est froid ; je bénirai plus dignement dans le ciel, où l'on ne gale plus par des paroles ce qui se passe dans le sanctuaire de l'âme.
« Vous paraissez assez content de sa traduction (celle dei récits Mérovingiens je souhaite qu'il la termine, même au risque de ne point trouver d'éditeur...
... « .1 ai été en quête d'autres renseignements, et j'ai appris de divers côtés qu'un bon maître de français pouvait ;i peu près compter sur une place avantageuse en AUel magne, mais qn ou y avait des préventions contre les Suisses! 11 faudrait au moins, ni;' disait-on, avoir passé quelque!
i . Bibl. Univ., 1899.
mois à Paris pour se donner un peu de relief. Vous connaissez assez Conrad "pour "comprendre que celte idée de Paris m'effraie comme un cauchemar; aussi ne pourrais-je l'aborder que lorsque vous me direz vous-même : « Votre (ils peut maintenant supporter une atmosphère aussi dangereuse '. »
Enfin, en date du 28 décembre, à la veille de la rentrée de Conrad au foyer, les effusions qui suivent :
« Quel changement, très cher Monsieur, si tout ce que vous avez eu la bonté de me rapporter partait d'un cœur sincère !... Quelle grâce signalée du Seigneur si Conrad était véritablement converti! Ce serait une joie si immense pour moi, que, semblable à ceux qui ne supportent plus de nourriture, parce qu'ils en ont été privés longtemps, je ne saurais peut-être m'y livrer qu'en tremblant...
« Conrad vous aura communiqué que votre excellent ami, le professeur Hottinger, s'est souvenu de lui, à l'occasion dune place de maître de fratieais à Winterthour. Le genre d'occupation, l'endroit, les relations que nous y avons, tout serait à merveille, mais Conrad pourra-t-il subir un examen et ne redoutera-t-il pas la concurrence de gens plus habiles que lui ? Je voudrais qu'il eût le courage de se présenter, même au risque de ne pas réussir cette fois "'. S'il faut y renoncer, je désire vivement le voir prolonger son séjour à Lausanne. L'immense bénéfice qu'il retire de bons conseils, les directions de M. Hirzel, l'atmosphère domestique à la fois bienveillante et intéressante dans laquelle il a le bonheur de se trouver, influent d'une façon