‹ C.F. Meyer; sa vie, son œuvreChapitre 29 sur 177 · Ilibl. Univ., 189g · texte numérisé non relu

Ilibl. Univ., 189g

■1. Vers la même époque, Elisabeth Meyer écrit à son amie Cécile Borel ; « Je me prépare à voir échouer Conrad. Saura-t-il supporter des échecs. et continuera-t-il à travailler sans avoir la perspective d'obtenir des résultats ? Ce sont des questions dont la solution m'est si cachée, que je ne puis qu'espérer et prier. Quant aux lettres que vous avez eu la bonté de me communiquer, elles sont « tout Conrad ». De l'attachement, du naturel, de l'entrain et une si méchante écriture, que s'il est vrai qu'on regrette quelquefois que la lecture d'une lettre soit terminée, mon fils possède le talent de prolonger cette jouissance ». ^Inédit. Lettre du i5 déc. i833.)

D'Harcourt. <>

8i C.-F. MEYER

si avantageuse sur lui que chaque mois de prolongation me fait l'effel d'un véritable bonheur.... Un legs inattendu me permet heureusement de subvenir a cette dépense. »

Pendanl qu'elle s'entretient avec Vulliemin au sujet de Conrad, Elisabeth Meyer écrit directement à ce dernier- Cette pauvre mère n'obtient de ce fils qui, dans le même temps, s'épanche pourtant si librement et avec tant de confiant abandon dans le sein de Cécile Borrel, que de brefs et insignifiants billets. Cette sorte de douloureuse contraction

,1,. cœur, qui esl le hait essentiel de l'attitude de Conrad vis-à-A is d'elle, a pour cause principale la tendre mais maladroite tutelle qu'elle continue d'exercer à l'égard d'un fils de vingt-huit ans. Elisabeth Meyer tombe dans l'erreur commune a bien des inères, mais particulièrement grave vis-àvis d'un débile comme Conrad : elle ne voit pas son lils erandir. Elle ne voit pas combien sont malfaisantes < lisières de la tendresse, bonnes pour les tout petits, et dont elle continue à vouloir entraver les pas d'un homme.

Elle écrit à Conrad lé ier juin 1 853 — et rien ne saurail mieux accuser que ces lignes la différence d'attitude entre Vulliemin. le professeur d'énergie, et cette mère trop maternelle — la lettre suivante :

« Cher Conrad,

« En vérité, les lettres deviennent si petites, si petites, que bien lot je serai obligée de prendre un verre grossissant pour les voir. Tu aurais pu aussi me faire le plaisir de me donner un peu plus de détail sur tes dépenses, et aussi d'y ajouter quelques-unes de ces choses qui pourraient adoucir à une pauvre mère le sentiment de la solitude, .le veux croire cependanl que tu as la volonté de le faire, que tu le fais déjà, et aussi que tu ne travailles pas « un peu •> comme lu las écrit premièrement, mais « avec ardeur » comme tu l'as ajouté en le raturant; que ceci soit absolument indispensable pour faire ton chemin, tu le vois certes aussi bien que moi. et je n'ai rien de plus à ajouter

à ce <[iie je te disais déjà au sujet de M. de Marval : réfléchis. réfléchis !. ,. »

« J'ai été vraiment touchée que cet excellent homme t'ait répondu. Nùscheler t'écrit aussi, et M. Mallet fera de même ; ceci est à mes yeux aussi certain que la ponctualité de Betsy dans la correspondance. Figure-toi que cette pauvre curant affirme que tu la délaisses et la négliges. Parlons maintenant du chapitre des finances qui hélas joue un tel rôle dans nos lettres et dans notre vie. Tu vas recevoir par ce courrier cent vingt francs pour ton entretien ec tes dépenses en général. Ecris-le, c'est important.

« Tu n'as pas besoin d'acheter de nouvelles bottines ; je vais t'en envoyer une paire que tu as laissée ici et qui est encore charmante '. Dans aucun lieu du monde on ne paie vingt-cinq francs pour une paire de bottines. Quel terrible cordonnier ce serait là !

« Je t'ai moi-même acheté chez M. Waser un rasoir fort cher ; mais je t'en prie en grâce ne l'essuie pas avec tes mouchoirs; ce serait là une véritable abomination-. J'ai joint exprès de petits linges à cet effet. Les trous que tu as fait autrefois à tes mouchoirs me restent toujours présents à la mémoire.

... « As-tu déjà écrit à M. Pfitzer?

« Le legs de cette bonne mademoiselle de Tournes nous permet de prolonger ton séjour à l'étranger, sans que nos finances en souffrent trop. J'ai en effet l'intention d'ouvrir ma bourse quand la tienne ne pourra suffire. En toute mesure et prudence, bien entendu ! Adieu, cher Conrad, je voudrais que nous fussions au Ciel; nous n'aurions plus besoin de tant parler d'argent ; mais, comme on ne peut y monter gratis, ainsi que Jean-Paul le remarque fort justement, il nous faut nous défendre de notre mieux, et remplir tous nos devoirs aussi fidèlement que possible.

i. Die noch ganz charmant sind.

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