‹ C.F. Meyer; sa vie, son œuvreChapitre 30 sur 177 · Ein Greuel · texte numérisé non relu

Ein Greuel

« Continue à agir ainsi, cher Conrad, et le maître du ciel et de la terre saura bien t'accorder le succès même sur cette terre.

« Ta fidèle mère. »

P.-S. — « Tu recevras, en môme temps que les bottines, un cuir à repasser pour le rasoir; — je t'en prie encore une fois, n'essuie ce dernier qu'avec les petits linges que je t'envoie, exclusivement.

« M. Mallet te remercie de ton bon souvenir et Pizipiz (le chien) est devenu si gras qu'il ne peut même plus remuer la queue. »

Le petit trait suivant nous semble assez caractéristique de la sorte de hâte avec laquelle Conrad désirait faire l'apprentissage de sa personnalité en dégageant ses épaules du trop étroit joug maternel. Elisabeth Meyer désirai! exprimer directement à Mrae Cuénod, l'hôtesse de Conrad à Cour, sa reconnaissance pour la sollicitude dont elle entourait son fils et, en même temps, traiter mille points dfl détail domestique. « Il est grand fumeur, par exemple, il faudra sans doute faire reblanchir le plafond de sa chambre » écrit-elle à Yulliemin. Conrad lui répond aussitôt : « Faismoi la grâce, chère mère, de ne pas écrire à M"'c Cuénod : tu détruirais d'un seul coup l'indépendance que j'ai eu tant de peine à conquérir1. »

La faute commise dans l'éducation de Conrad, Bctsv la sentait. La sœur comprenait mieux que la mère l'attitude qu'il eût convenu de prendre vis-à-vis dune nature à la fois débile et impatiente du joug. Elle écrivait à sa mère : Conrad a vingt-sept ans et s*est jusqu'ici rendu toute situation impossible par sa propre faute. Là où on l'a pris, on ne l'a pris qu'à cause de toi ; sans toi, il était un zéro. Maintenant il désirerait connaître lui-même sa valeur ou sa non-valeur; ceci est bon et favorable à son éducai

i. Bibl. Univ., 1899.

tion. Xc l'oublie pas, très chère mère : Conrad n'est point viril, mais il est cependant un homme ; et ce qui pour une iille est le sort le plus doux, peut devenir pénible et pesant à un (ils. Si Ton veut que Conrad apprenne jamais à agir, il faut d'abord l'abandonner à lui-même pour qu'il se connaisse '. »

De sou côté, la mère prend conseil auprès de celle fille chérie qu'elle idolâtre et qu'elle appelle « son plus cher trésor sous le soleil, la lune et les étoiles2. » — Elle lui passe les rênes dans l'éducation de Conrad qu'elle se reconnaît décidément incapable de mener à bien.

« J'écris encore aujourd'hui à Conrad, mais prudemment, de crainte que la maladie ne reprenne la même forme qu'autrefois. Ah ! on a toujours si peur avec un homme aussi changeant que l'est notre pauvre Conrad3 !

« Je n'ai plus confiance en mon propre jugement pour ce qui regarde Conrad, et c'est pourquoi je suis contente de voir d'autres agir en mon lieu... cela me fait plaisir que tu puisses encore t'entretenir à fond avec ton singulier frère \ »

Vers la fin de l'année t 853, l'état de convalescence de Conrad parut suffisamment avancé. Il rentra au foyer le 3i décembre.

i. Ad. Frey, p. 62.

Page 1