RENTRÉE AU FOYER
Il y rentra sans joie, pour plusieurs raisons. D'abord il revenait aux lieux où il avait souffert, dans ce triste Stadelhofen où s'était développé son mal et dont les murs, dans cette imagination trop sensible de malade, étaient associés à des images morbides.
Et puis, il y avait encore une seconde raison d'ordre plus général. 11 quittait Lausanne pour Zurich, la Suisse française pour la Suisse allemande. Et cette seule phrase est grosse de sens. — De tout temps les deux parties de la Suisse reflétèrent un esprit différent. La partie allemande est plus industrielle, plus travailleuse ; l'effort pour la lutte vitale y est plus mécanique et plus âpre; sur les bords du Léman, l'existence a infiniment moins de tension; il y a moins d'usines et plus de salons ; la douceur de vivre et de penser a droit de cité ; !«■ brassage des affaires ne semble pas l'unique sens de la vie. I Mi conçoit que ce retour dans ce foyer de vie intense et de concurrence économique n'ait point été fait pour enchanter un esprit artiste comme celui de Conrad, qui ne pouvait manquer <!.• s y retrouver dépaysé. Là-bas, on l'avait compris; ici, il rentrait parmi ses contempteurs d'autrefois, ces durs tâcherons qui n'avaient pour l'art qu'un sourire de mépris.
Cependant Elisabeth Meyer avait tout tenté pour adoucir à son fils, dont elle savait la convalescence encore bien fragile, ce retour dans le cadre de jadis. Ce cadre, elle chercha d'abord, autant qu'il était en elle, a le transformer. Elle se