RENTREE .VU FOYER
Notons dans les derniers mots un éclair d'espoir assez remarquable. Jamais Conrad — même au milieu de ses pires crises de dépression — ne devait complètement abandonner « la foi en son étoile ».
(les humbles travaux lui donnèrent-ils le bonheur? Belsy nous représente son frère comme ressuscité par son séjour auprès de Vulliemin, revenant à la maison maternelle métamorphosé, reconquis à l'espérance et à la confiance dans la vie, le cœur plein de beaux projets de travail. Elle nous dépeint les deux années qui vont s'écouler à Stadelhofen, avant la mort d'Elisabeth Meyer, comme une période de bonheur uniforme, paisible, s'écoulant dans cette sorte de recueillement dont on prend soin parfois d'envelopper les joies tardives qu'on craint d'effaroucher. « Dans notre muette reconnaissance envers la vie, nous vivions nos jours en évitant de penser en avant * ».
Cette impression d'optimisme est aussi celle qui se dégage des lettres d'Elisabeth Meyer vers cette époque. Dans un de ces mouvements d'exaltation mystique qui la caractérisent, elle écrit à Vulliemin, quinze jours après la rentrée de son fds à Zurich : « L'impression que je reçois du changement moral et religieux de Conrad est si décisive que j'en remercie le Seigneur à mains jointes. Je suis si heureuse aussi de ce pieux ami de mon excellent mari a été l'instrument de la plus grande de toutes les grâces, et je crois que notre joie trouve un saint retentissement dans le ciel... Vous n'avez pas trop dit. Mon fils est chrétien. L'esprit de Dieu l'a convaincu de péché. Si Conrad n'avait pas senti sa propre faiblesse, jamais il ne serait allé à Jésus chercher le pardon et le changement de son cœur... Il a un sentiment si profond de sa misère et de la commisération divine, que nos prières, je l'espère, seront tout à fait exaucées... Ce qui lui manque encore, c'est la ténacité et la persévérance, et vous le savez, quoique vous ne 1 indiquiez qu'avec ménagement2. »