‹ C.F. Meyer; sa vie, son œuvreChapitre 38 sur 177 · Inédit · texte numérisé non relu

Inédit

(,', C.-F. MEYEli

après son retour dans le milieu familial. Ses lettres vont nous faire connaître une note un peu différente; l'accent général en est moins l'optimisme que la résignation — résignation assez mélancolique.

Ce n'est probablement qu'au prix d'une tension de la volonté que Conrad montrait à sa mère ce visage « confiant et ouvert » dont celle-ci parle dans une lettre à Betsy.

Il écrit a Félix Bovet, jeune littérateur neuchâtelois rencontré dans la Suisse française et dont il devait faire un ami, le 5 février iS.V} : « Vive le travail! Ne fût-ce que parce qu'il empêche de songer ailleurs... N'écoutons pas en arrière* avons recours aux études fortes; là il y a de quoi calmer le cœur et de quoi apaiser l'esprit. J'y tâche et j'ignore si j'y parviendrai. Que Dieu vous garde mon cher ami! ' »

Et à la date du 21 janvier 1 855 :

« J'espère que tôt ou tard il se trouvera une place. Où que ce soit je m'y enterrerai; je tâcherai alors d'avoir un goût quelconque, ne fût-ce que celui des échecs; et vous n'entendrez plus parler de moi, ni vous ni personne- ».

A sa confidente Cécile Borrel, il écrit :

Zurich, 5 août 1 85 ; .

« ... Je songe bien souvent à Préfargier, à Saint-Biaise, à Neuchàtel, et je vous vois au milieu de vos malades, leur prodiguant vos soins, étant aimée de tous. Jamais je n'oublierai tout ce que je vous dois, ainsi qu'à M. James que je vous prie de ne point oublier de remercier de tous les bons conseils qu'il a bien voulu nie donner.

« Rien de plus réglé que notre vie. Ma mère s'occupe des autres et se rappelle avec bien du plaisir son amie de Neuchàtel. Betsy dessine, et pour moi, je suis tout à mes travaux. Je puis le dire, le travail m'absorbe entièrement; tout • •H regrettant des années à peu près perdues, je me promets

1. Br. I. |>. 111. I>;i lettre esl écrite en français. Br I. |> 11 i. texte français.

RENTREE Al" FOYER 9 >

de ne plus perdre un instant. J'espère que mon premier travail verra bientôt le jour. Non que j'ambitionne n'importe quelle récompense; c'est la science — si le mot n'esl pas trop ambitieux — qui me captive par elle-même. Il faudra beaucoup de temps, des études non détachées, mais suivies et ardentes pour arriver à faire œuvre qui vaille. La tête est lionne, mais la santé assez faible, as*sez délicate; il me faut souvent ruser avec mon corps, le faire faire son devoir. Courage ! 1 »

Zurich, 24 novembre i85 « Mademoiselle,

« Il me serait certes impossible de laisser partir M'"" Wyss sans la charger de quelques mots pour vous et pour Monsieur votre frère. Je suis sur que ni vous, ni M. Borrel n'avez jamais douté de ma gratitude, malgré mon silence que du reste vous vous expliquerez facilement en vous représentant ma manière de vivre. Ayant écrit souvent toute la journée, le soir je suis las à n'en pouvoir plus; recevant quelquefois des lettres de libraires, ou désagréables ou pressantes, v répondant de mon mieux, je suis quelquefois excédé d'ennui et de chagrin, car il s'en faut que mes petites affaires aillent toujours bon train. Tout ceci compose une vie fatigante et monotone, en même temps qui guérit de toutes les idées superflues. Je néglige et je dois négliger tout ce qui ne se rattache pas à mes occupations, qui, tout en me fatiguant bien, ne me mènent pas à grand chose. Malgré tout cela, je n'ai oublié aucune de vos bontés que souvent je me rappelle une à une avec l'émotion bien douce de la reconnaissance...

« ... 11 serait difïîcile de s'imaginer une position plus impatientante que la mienne. Entouré de jeunes hommes, jadis mes camarades, qui tous sont arrivés ou arrivent à quelque chose, cherchant à me rattacher partout et n'y réussissant que rarement; regardé de haut en bas par des

Page 1