‹ C.F. Meyer; sa vie, son œuvreChapitre 4 sur 177 · Journal d'Elisabeth Merer · texte numérisé non relu

Journal d'Elisabeth Merer

En tète du Journal est faite mention des lectures habituelles d'Elisabeth; les ouvrages du prédicateur Fàsi, des diacres Hess et Orelli, du chanoine Bràmi, l'évangile de saint Jean, l'histoire de Fénelon par Bausset, les Lettres spirituelles de l'archevêque de Cambrai, les œuvres de Thomas à Kampis, Pascal, Lavater, y voisinent avec La Bruyère, Manzoni, Gustave Schwab, M"" de Staël, Jean-Paul. Ilerder, etc...

Chaque année, Elisabeth choisit une devise : toutes portent l'empreinte de la résignation et du mysticisme chrétien l.

La délicatesse de fibres déjà signalée chez le Regierungsrat Ferdinand Meyer s'exagère chez sa femme : elle devient de la fragilité, fragilité physique et fragilité d'âme. « Uberzart », c'est l'adjectif par lequel C.-F. Meyer caractérise sa mère ; frêle et gracieuse, ce sont les deux mots qui viennent à notre pensée, que nous lisions le Journal ou les Lettres d'Elisabeth Ulrich, ou que nous considérions le portrait qu'a laissé d'elle Conrad Zeller, une esquisse où un délicat visage nous sourit d'un tremblant et mélancolique sourire.

i. En 1829 : « Qui aime Dieu tire profit de tout. » — i83o : « Tout châtiment attriste sur ie moment, il aguerrit ensuite, et porte les fruits apaisants de la justice ». — 1 83i : «. Seigneur que ta volonté s'accomplisse et non la mienne ». — i832 : a Seigneur délivre-nous du mal ». — i833 ; « Craindre et désirer, telle est toute l'existence » (en français dans le texte), etc., etc. Le Ier janvier 1829 Betsy écrit ces lignes résumant le ton du Journal. « Sois la bienvenue, jeune année. Dans ton sein dorment bien des choses, les unes joyeuses, les autres douloureuses. Tu peux combler mes espérances : tu peux aussi justifier les angoisses, les sombres pressentiments qui me torturent actuellement (suit un passage où les mots ne sont désignés que par des initiales).

Seigneur que ta volonté soit faite et non la mienne. Comment une créature de poussière pourrait-elle s'enhardir à vouloir pénétrer les conseils de l'Eternel ? .Moi aussi le destin pourra m'atteindre et me ployer; je veux me tenir désespérément à la conviction que tous ceux qui aiment Dieu tirent parti de tous les événements, de tous, même des plus durs. Car celui qui sème dans les larmes moissonnera dans la joie... L'enjeu est beau et grande l'espérance... Rien ne nous suit par delà le seuil de cette vie, rien que le trésor de vérité d'amour et de paix amassé dans notre cœur et aussi la conscience que ni la joie ni la douleur n'ont pu nous arracher au devoir. »

Une telle nature apparaissait à Hermann Grimm comme une sorte de paradoxe dans la Suisse du xixe siècle ; elle évoquait a ses yeux quelque fine miniature du xvme siècle l.

La nécessité de tracer une esquisse un peu détaillée du père et de la mère de C.-F. Meyer nous a contraints de négliger les ascendants plus éloignés du poète. Contentonsnous ici de dire que la catégorie sociale la plus largement représentée dans l'histoire de cette famille est celle du fonctionnaire.

Rien, dans l'atavisme de C.-F. Meyer, de la fraîcheur ni de la robustesse paysannes des aïeux de Keller. Les ancêtres de C.-F. Meyer sont des patriciens citadins et des intellectuels, des bureaucrates qui ont usé leurs yeux, sous la clarté de la lampe, sur des actes administratifs. Ils lèguent à leur descendant l'héritage d'une grande délicatesse intellectuelle et morale, mais en même temps, un sang doublement appauvri par la sélection et le labeur cérébral.

Comme homme et comme écrivain, Meyer ne mentira guère à son hérédité.

Chez le fils de ces conservateurs, à l'honnêteté timorée, la li nesse native sera longtemps réelle impuissance à vivre.

Ecrivain, Meyer sera ce que les Allemands appellent un « épigone », un continuateur vivant sur le passé, n'ayant point assez de sève propre pour renouveler les formules, un artiste achevé, point un créateur.

i /; Rundschau, 1910. Hefl 7

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