‹ C.F. Meyer; sa vie, son œuvreChapitre 42 sur 177 · C.-F. ME YEN · texte numérisé non relu

C.-F. ME YEN

ilcr qualiflzierteste Musiggang) puis revenons à la maison pour reprendre le travail... à la maison, à côté de notre fidèle petite sœur ».

i - octobre. — « Quelques lignes seulement, chère enfant, pour te dire que je passe ici des moments charmants. Les petits temples, les basiliques ne me plaisent point ; mais j'ai trouvé ce que j'aime dans l'ancienne Pinacothèque, beaucoup d' Italiens, Raphaël, l'admirable Vinci, dont Vasari dit qu'il est le premier qui ait donné au visage humain l'expression de la Bonté. Sa Cécile est peut-être ce que je connais de plus séduisant, de plus aimable, mais aimable sans mollesse ; on ne peut s'en détacher. A côté, beaucoup de Guides, de Dominiquins, de Titiens, de Véronèses ; et puis les incomparables petits mendiants de Murillo, mon préféré, Rubens, trop brutal pour moi, mais splendide et admirablement représenté. Je laisse de côté la quantité de primitifs allemands. Beaucoup de belles choses aussi dans la nouvelle Pinacothèque, mais tout de même très inférieures aux œuvres de l'ancienne. Overbeck m'a paru le plus doué de poésie, mais trop mou !... »

11 y a des points contestables dans ces appréciations un peu banales, notamment le dédain de notre jeune critique pour les œuvres allemandes, les Durer et les Holbein, qui constituent au contraire la parure la plus originale de L'ancienne Pinacothèque. Retenons la phrase intéressante sur « l'élément moral » qui seul « prête force et attraction » aux œuvres d'art ; Meyer est encore dominé par le critérium éthique.

Dans sa dernière lettre du 21 octobre, Conrad, saturé de beauté, n'aspirait plus qu'à une vie de « silence et de travail à côté île sa petite sœur».

Il eut ce qu'il désirait, et c'est de ce moment que commen- 1 ent, pour durer jusqu'au jour où dans l'existence de Conrad une autre vie de femme fera son entrée, cette intimité étroite, cet appui réciproque du frère et de la sœur, cette « Kaplanei » eoiuiiie disait Mathilde Lsrher, une amie de la défunte

Elisabeth Meyer, qui s'indignait un j)ou de voir ces deux jeunesses s'associer ainsi dans un compagnonnage de e curé catholique avec sa gouvernante x » Elle eût préf,iv L'indépendance des deux vies : Conrad marié et Betsy abandonnée à son goût pour les œuvres de bienfaisance sociale.

Vivre pour autrui était depuis longtemps la devise sur laquelle Betsy semblait régler son existence. Les Genevois disaient d'elle : « Mlle Betsy ne pense jamais à elle, mais toujours aux autres2 ». Le goût de l'apostolat et du sacrifice remontait loin dans la famille; nous avons vu la vie de Johann-Conrad Ulrich, tout entière consacrée aux sourdsmuets et cet instinct d'abnégation se perpétuant chez sa fille au chevet du moribond Mallet. La jeune Betsy ressemblait à son grand-père et à sa mère ; depuis longtemps vivait en elle le projet de se faire garde-malade. Par une sorte de singulière et douloureuse attraction, cette jeune fille qui avait perdu une mère folle et failli voir un frère sombrer dans le même abîme se sentait attirée vers les malades qui auraient dû l'éloigner le plus : les aliénés. Elle fit des démarches précises, visita les asiles de Boll en Wurttenberg, d'IUenau dans le duché de Bâle.

C'est au moment où ses idées de renoncement semblaient le plus près de se réaliser qu'arriva de Paris une lettre de Conrad qui changea ses résolutions. Le frère se plaignait d'une indisposition qui l'avait arrêté pendant quelques jours. Il le faisait très sobrement et discrètement pour ne pas inquiéter sa sœur, mais sur un ton touchant de confiance presque filiale qui fut pour Betsy le trait de lumière. La femme en elle, comprenant où était son vrai devoir, ^s'aperçut qu'il était plus proche qu'elle n'avait d'abord pensé, auprès de ce frère dont la lente convalescence n'avait plus qu'elle comme appui. De tout temps avait existé chez elle

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