Ad. Froy. p
L'instinct de protection, d'enveloppement1. « De bonne heure, écrit-elle, et dès la mort de notre chère grand'mère — (elle avait alors treize ans) — j'étais bien moins occupée d'obéir à notre mère, ce qui était trop naturel que de l'abriter dans la mélancolie de son veuvage, contre les soucis de la vie quotidienne- ». Maintenant lui apparaissait le beau rôle qui s'offrait à elle d'être auprès de ce frère si mal armé pour la vie pratique, à la fois la sœur et la mère. C'était l'acceptation vaillante du célibat, le sacrifice personnel : il n'était pas fait pour effrayer une âme de cette trempe.
Sous quels traits se présente à nous l'association entre Conrad et Bctsv ? Peu de vie de grands hommes, bien que l'on y trouve assez souvent pareille collaboration morale et matérielle entre frère et sœur, en offrirait une image tout à fait exacte. Et certes ce ne serait point le « ménage » du « Brummbâr » Relier avec sa dévouée et bougonne Régula. Betsy ne se contente point d'être auprès de Conrad la « surintendante des vivres » ; le dévouement dans le détail domestique de l'existence, cette sollicitude ménagère à laquelle si peu de femmes se soustraient à côté d'un homme ne constituent qu'une très petite partie de son rôle et la moins essentielle. Ce qui donne à la collaboration de ces deux existences son charme profond, c'est la communion dans la vie intérieure.
Betsy fui auprès de son frère l'animatrice. Alors que les autres raillaient, souriaient dédaigneusement, que les plus indulgents doutaient, elle crut, elle crut obstinément en lui. Outre d'inépuisables réserves de foi, il trouvait en elle les plus favorables conslrastes de nature : la vaillance dont
i. Cf. les jolis vers Je Ohne Datum [Gedichte).
Die Stumle rennî doeb hab'ich einen Hort,
Den Keine noir entfdhrt, in deiner ïreue!
Sie i-t <li.' alte wie die ewig neue,
Sie ist die Rast in dieser Plùcht u. Flttt,
Kin fro m m Geleite leisen FlUgelscbwebens.
Sie i-t dei Segen, der bestandig rubt
Auf alleu Augenblieken meines Lebens.
i. Betsy. Souvenirs.
sa débilité avait besoin, et cette « grande allégresse intérieure » — « eine grosse inneve Freudigkeit ' » — dont s'éclairait sa propre mélancolie et dont il devait lui-même proclamer le bienfait. Malgré toute la délicatesse féminine dont elle enveloppe la retraite commune, cette sœur représente Sans le couple l'élément viril. C'est à la constante et tendre mise en demeure d'énergie, à l'esprit de suite imposé par Betsy que Meyer devra de se réaliser.
Nous avons parlé de Mathilde Escher. Ce fut une des personnes que Conrad vit le plus et le plus régulièrement dans l'hiver qui suivit son retour de Munich ( 1 85^?- 1 858) .
Tous les lundis à sept heures et demie ponctuellement, le couvert de Conrad et de Betsy était mis à la table de Mathilde, dans cette maison du Felsenhof qu'elle habitait à Zurich avec son vieux père. Ceci ne dispensait point le frère et la sœur de visites fréquentes à la Schipf, l'habitation d'été des Escher sur le bord du lac, durant la belle saison. L'importance que ce caractère de femme prit dans l'évolution de Conrad nous autorisera peut-être à entrer ici dans un peu plus de détails.
Mathilde était née en 1808 d'une famille considérée et bien assise dans l'opinion de Zurich. Le principal ouvrier de cette solide réputation avait été le père, Hans-Kaspar Escher, le fondateur de la marque industrielle Escher et V> yss qui devait acquérir une si grande notoriété. Celait un homme d'énergie, possesseur d'une grosse fortune acquise par un labeur incessant. Il devait transmettre à sa 611e ses qualités de vaillance, de lucidité et de régularité et aussi sa bonté.
Mathilde dans sa jeunesse voyagea beaucoup; elle visita Prague, Carlsbad, Vienne, Paris, Londres. Ce fut dans cette dernière ville que, pour la première fois, elle alla dans " h- monde » et y constata son absolu manque d'aptitude à cette sorte de futilité salonnière indispensable, sans laquelle,