‹ C.F. Meyer; sa vie, son œuvreChapitre 45 sur 177 · Ad. Frey, p · texte numérisé non relu

Ad. Frey, p

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<mi fleurs. La traversée de Marseille à Civila-Vecchia se fit sans incident par un temps radieux.

Arrivés à Civita, Betsy el Conrad prirenl place dans la a poste» qui taisait le trajet de la Côte èi Rome, une antique et étroite berline cahotante qui leur offril comme compagnons de route un tailleur français, fanatique de pèlerinages, et un prêtre belge fondateur d'un ordre pour la conversion des détenus. Celui-ci venait recevoir des mains du Saint- Père la dignité de camérier. Betsy nous conte dans ses Souvenirs la conversation qui s'engagea avec le digne ecclésiastique. Le frère et la sœur portaient encore le deuil de leur mère : Betsy avait le chapeau et la très simple robe noirs qu'elle ne devait jamais quitter. Quant à la mise de Conrad, elle était d'une austérité puritaine que venait confirmer dans sa sévérité l'aspect sans doute monacal d'un visage alors entièrement glabre. Un psychologue plus perspicace que l'excellent dignitaire belge eût pu s'y tromper : confirmé dans son erreur par le françnis correct que parlaient les deux jeunes gens, il prit, sans hésiter, la sœur pour une nonne, Conrad pour un curé catholique, et demanda à Betsy si c'était chez les « Dames du Sacré-Cœur » qu'elle avait fait ses vœux. La réponse par laquelle celle-ci lui apprit qu'elle était protestante ainsi que son frère dérouta entièrement l'excellent prêtre. — « Mais pourquoi allez-vous à Rome si vous n'êtes point catholiques? » demanda-t-il tout affligé. « Mon frère — poursuit Betsy — eut beau lui exposer les motifs qui avaient décidé notre voyage, il n'arriva pas à éclairer notre interlocuteur qui continua à déplorer de ne pouvoir arracher d'aussi verses personnes à des erreurs de païen tout en restant d'ailleurs pour nous jusqu'à la fin le meilleur des compagnons de route '. »

Cependant, on arrivait à Rome. La route, un peu abrégée par les amicales discussions avec le camérier belge, avait

i . Betsy. Souvenirs.

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été longue. Il faisait nuit ; les hôteliers romains profitèrent des ténèbres, de la l'aligne des voyageurs, peut-être aussi de l'inexpérience naïve qui se peignait sur leurs honnêtes visages suisses pour les exploiter de façon inconsidérée. La probité naturelle de Conrad, déjà mise à rude épreuve par les prévarications douanières de Civita-Vecchia, se révolta. II écrit à son ami Friedrich von Wyss : « Après les brigandages de Civita, l'odieuse façon dont les hôteliers de Rome ont profité de notre arrivée nocturne pour nous duper m'a mis le sang en révolution. Le lendemain matin, la belle place d'Espagne m'a calmé1 ». En effet, le lendemain, après < nuit maussade, il avait la surprise d'un réveil en pleine vie italienne, sur la noble place romaine, toute sonore de cria d'enfants, d'appels chantants et gutturaux des petits boutiquiers ambulants, de gazouillements d'oiseaux. Une fièvre d'antiquité s'empare de ce Germain dès son premier pas sur cette terre de beauté et de souvenirs : Conrad au petit jour abandonne sa sœur encore lasse de la route et s'enfuit au Forum, son Manuel de Forster à la main.

Cependant la Semaine Sainte approchait ; les hôtels étaient combles. Betsy et Conrad se sentaient mal à l'aise au milieu de cette agitation. Ils se mirent en quête d'un gîte plus paisible. Chez le sculpteur Badois Lotsch deux chambres les séduisirent tout de suite par leur aspect de propreté suisse : des nattes de paille, des carreaux, des chaises de jonc. Ils prirent pension chez lui.

Lotsch les fit entrer dans un milieu artiste, les emmena dans «les ateliers. Ils fréquentèrent ainsi le paysagiste Corrodi et le sculpteur Imhof, tous deux des compatriotes : le premier de Zurich. le second d'Uri. Corrodi, avec cette aptitude des gens de son pays a créer des groupements nationaux a l'étranger, faisait de son atelier un centre, un rendez-vous pour les citoyens d'Helvétie de passage ou fixés à Rome. Conrad, en bon Suisse, s'agrégea à ce petit noyau

i . Br. I. |» 56.

auquel il dut sans doute à la (ois l'agrément personnel de ne point être trop brusquement dépaysé en terre latine et l'inconvénient de ne point entrer aussi vite en vrai contact avec l'élément italien.

Cette faute ne sera pas commise dans le second séjour en Italie.

Quel était le programme des journées de nos voyageurs ? Conrad, armé de lectures, muni d'un Tacite fraîchement acheté I raine peut-être un peu trop après lui le bagage de sa science ; il ne s'abandonne pas assez à ses impressions ; il gène la « grâce ». Il recherche trop assidûment les « points historiques », est trop archéologue. Il s'afflige de ne pouvoir « préciser l'aspect du Forum de la République » se réjouit de reconnaître la roche Tarpéïenne, mais se désole tout aussitôt à nouveau de l'incertitude qui règne dans la science « au sujet de l'attribution des ruines sans inscription1. »

Pendant ce temps-là, Betsy, qui étudie depuis longtemps et avec succès la peinture, passe toutes ses heures au musée. Conrad est un peu agacé de cette passion exclusive. Il écrit à son ami Wyss :

« Betsy et moi, nous ne nous entendons pas trop mal ; mais elle souffre de mon ardeur infatigable à rechercher les ruines et moi réciproquement de ses jouissances d'art. Certes, je ne me fais point prier pour admirer la grâce si aisce de Raphaël et la profondeur, le caractère gigantesque de Michel-Ange. Mais il y a aussi d'autres noms envers qui il faudrait être juste. Et puis à la fin il y en a trop! Quand vient le tour de la quatrième ou cinquième Chaste Suzanne que je vois défiler sous mes yeux, l'agacement m'empoigne et je commence à sentir la faim2 ».

Le frère et la sœur se réconcilient dans leur goût pour la promenade. Là, tous deux ont les mêmes joies. Ils errent dans les rues de la vieille Rome, emplissent leurs yeux des

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