J C.-I". M EVE H
table ' ». Ce fut là que Conrad composa la première ébauche de das Glôcklein, une pénétrante petite pièce où se fondaient la Stimmung alpestre et la mélancolie des séparations éternelles, et que Betsy nous dit n'avoir pu écouter sans fondre en larmes, tant ces vers évoquaient pour elle le souvenir de leur mère, la tendre figure descendue dans la tombe trois ans auparavant.
Quand vint le froid de l'automne, le frère et la sœur redescendirent dans la vallée. Conrad ne devait point séjourner longtemps à Zurich. Au mois de mars 1860, nous le voyons reprendre le chemin de Lausanne, chassé une fois de plus de sa ville natale par une coalition de contrariétés. Nous retrouvons la double cause que nous avons déjà connue à l'origine du départ précipité pour l'Italie : Conrad est poursuivi par ses concitoyens et il est amoureux. Les Zurichois, avec l'inconsciente férocité des inquisiteurs de petites villes, des Krahwinkel et des Seldwyla de tous les temps, ne peuvent prendre leur parti de laisser en repos Conrad. Dans cette cité de l'effort et du labeur, l'absence de carrière, de profession, d'un concitoyen, est à la fois un prodige merveilleux et une incomparable pâture pour les commérages malveillants. Les Zurichois ne se lassent point de s'étonner, commentent, jasent, s'acharnent. Mais il y a pis : Conrad, comme toujours, aime et n'est pas aimé. Cette fois l'objet de désillusion est la fille d'un marchand de Saint-Galles : Clélie Weidmann, douce créature frêle et mélancolique, aux beaux yeux baissés, craintive et effarouchée devant la vie comme une antilope -.