Cf. Les vers de Weihgeschenk
\\ i.- ein Ivli dem Wald entronnen Das ein Uppig Tbal entdeckt, Nahtesl schuchtern du dem Bronnen, Bebst, vom eignen LJild erschrekt.
Wie daa Sehuttern zartar Saiten Schlichen sich in jedes Herz Deiner Zuge leiser Schmerz.
DERNIÈRES ANNEES D INCERTITUDE i ', ï
Quand il a bien nettement formulé sa demande et l'a vue reponssée, Meyer s'enfuit à Lausanne pour y cacher sa blessure.
Celle-ci, par l'habituelle et heureuse réaction que nous avons déjà vue suivre chez lui tout changement de cadre et de vie, se ferme assez promptement, plus lentement toutefois que les précédentes. Conrad, à Lausanne, cherche l'apaisement dans les fortes études. Il entreprend de verve un recueil de gallicismes. De ce beau travail ne devaient se conserver que deux lignes de la lettre R : « réclamer la permission » et « se rendre aux prières ».
En même temps, il s'adonne aux études théologiques, à la lecture fervente de saint Paul, qu'il étudie dans le texte grec. Il se fait envoyer par Betsy l'histoire de l'église de Neander. Peu d'études pouvaient davantage le détourner de sa vraie voie ; Conrad continue le contresens sur sa propre nature, se masque ses aptitudes esthétiques par des préoccupations éthiques. Il avouera plus tard à sa femme qu'à ce tournant de sa vie il s'est senti fortement attiré par l'idée de vouer sa vie à la religion, et que seule la conscience de son absolue inaptitude oratoire a été assez forte pour l'en détourner.
L'étude de saint Paul satisfait ses tendances morales, mais elle a en même temps un autre but : elle l'empêche d'être trop seul avec lui-même ; elle l'arrache aux analyses dissolvantes et pessimistes. C'est en névrosé qui voit clair dans son cas qu'il écrit à Betsy : « La lecture de Paul me ramène au grec que je rapprends avec zèle et à fond. Même ce côté philologique du sujet n'est point sans m'éehauffer ; je me
Braune, schwermulsvolle Augen Offnet euch ein letztes Mal!
O wie hatt'icb euch so gerne, Traute, trâumerische Sterne!
Clélic YVeidmann devait mourir fauchée à la fleur de l'âge
Willig stiegest du die Stufen Nieder in dein frùbes Grab.
Mit gelassener Gebarde Schiedest du vom Grun der Erde.
D Harcourt.
i \(> C.-F. MEYEB
laisse aller à cette ardeur d'autant plus volontiers que je ressens parfaitement l'influence bienfaisante de cet effort : 1.^ nouveaux immigrants — j'entends les mots grecs et les verbes irréguliers — chassent de ma tète tout un peuple de pensées inutiles '. »
Conrad s'est donné une règle de vie : il s'astreint à travailler ions les jours de neuf heures à cinq heures. Le soir, il a la distraction de la société brillante et diverse de son hôtel, l'hôtel Gibbon, où il a pris pension; et souvent aussi d'une bonne heure de causerie chez Vulliemin.
Cependanl ce programme ne lui paraissant pas encore assez complet, il veut y faire entrer, le soir, une étude délassante, et il écrit à une de ses connaissances de Zurich. Carl- Heinrich-1 llrich Gysi :
<( Laissez-moi vous annoncer en peu de mots, cher ami, que je suis en bonne santé, heureux et, autant qu'il nous esl donné de prévoir et de juger, dans le bon chemin. J'aurais à vous adresser une petite demande, si elle n'est pas trop j indiscrète. Mes heures de la matinée sont consacrées a des études assez fatigantes dans un domaine nouveau pour moi ; le soir, il me faudrait quelque chose de léger et de distrayant. J'ai choisi une petite élude que je rédigerais en fiançais sur Gœthe et Lavater, leurs relations et leur cor- j respondance; une vétille que j'aurais vite fait de mener à terme ". »
Suit l'indication d'un certain nombre d'oin rages que Meyer veut se faire envoyer.
La <• vétille » ne fui point réalisée si allègrement qu'il l'escomptait, l'ont son travail se borna à quelques très courl noies générales, rédigées en français, et à la traduction de quelques lettres adressées à Lavater et tirées des recueils d'Ulrich Hegner el de Heinrich Hirzel
Remarquons accessoirement l'attraction éthique (pie Lava-
i . Ad Frey, p. 1 j i.
j Br. [,ii.
DERNIÈRES A.NNÉES D INCERTITUDE l '»;
ter exerce sur Conrad. Toutes ses pensées sont absorbées encore par le domaine moral. Dans sa curiosité pour Lavater il se révèle digne descendant de ses aïeux Ulrich. On se rappelle peut-être la situation de livre de chevet qu'avait eue dans la famille, auprès du grand-père Ulrich et de la mère de Conrad, ce Journal de La vater réclamé par Conrad lui-même à sa mère, en mai i853.
Ni les traductions de la Suisse pittoresque, ni l'étude sur Lavater, ni la lecture assidue de saint Paul ne donnaient à Conrad la satisfaction de l'esprit ; ou du moins elles ne lui fournissaient que cette sorte de pauvre contentement, résultat des tâches consciencieuses accomplies par discipline, sans vocation du cœur.
Vers la fin de l'année 1860, il se fit une conversion dans son esprit. Il commença à douter de sa vocation de philologue et d'universitaire; en tous cas, il cessa de résister à la .Muse. La conscience de ses vraies aptitudes commençait à s'éveiller en lui. Cette période, qui embrasse la fin de son séjour à Lausanne est essentielle ; nous y pouvons suivre le rapide affermissement de la volonté d'être soi, c'est-à-dire poète.
Aussi bien l'impossibilité de se faire un nom universitaire n'était-elle que trop évidente après quinze années d'efforts divers et infructueux !
Conrad prend son parti : il rassemble tous ses essais poétiques, tous ces humbles et presque involontaires aveux d'un goût qu'il s'est obstiné à brider par d'ingrates besognes, et en fait un fascicule qu'il envoie à un éditeur.
Le 5 octobre, il a déjà parlé à Bovet de son « métier» qu'il doit « débarrasser » avant le nouvel an1.
I 11 mois plus tard (20 novembre 1860), il écrit au même Bovet :
« Le volume (de poésies) dont je vous ai parlé et que je me proposais de publier à Pâques, je viens de le terminer