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et do l'envoyer à Leipzig, sans recommandation aucune, à un libraire dont je connais à peine le nom. Il sera refusé très probablement, mais je veux essayer ce moyen tout simple et primitif, avant de recourir à d'autres. Après le nouvel an je recommencerai la lutte l. »
Ce ton net, énergique, celte résolution d'être vaillant dans le combat, de s'obstiner contre la vie, nous étonnent d<' la part de Conrad. Ils nous prouvent ce que prête de force, même a un débile, à un pusillanime comme Meyer la conscience d'être dans sa voie.
Que contenait ce premier manuscrit si courageusement expédié à l'éditeur inconnu? Meyer se cachait sous un pseudonyme. Bilder und Balladen von Ulrich Meister, tel était le titre du recueil. Les Ballades étaient faibles pour la plupart, pâles, prolixes, sans nerf. Il y a bien là un certain nombre de thèmes exploités plus tard par Meyer; mais l'empreinte — plus tard si personnelle, — est absente. La principale acquisition de Meyer — toujours et lentement accrue au cours des années, au point de toucher un jour au défaut, — sera la force dans la brièveté.
Meyer ne s'était pas trompé dans ses prévisions : le manuscrit fut refusé. Mais on est fort quand on lutte pour sa vocation ; Meyer se sait dans le droit chemin ; ceci seul lui donne une optique optimiste, lui apprend à tirer de la nature des échecs des raisons d'espérer.
« Je viens de recevoir des nouvelles de Leipzig qui, à tout prendre, ne sont pas mauvaises. Le libraire à qui je m'étais adressé refuse pour le moment, parce qu'il est surchargé d'affaires, mais il parle de mon travail avec estime et sympathie. Il me donne l'adresse d'un libraire son ami, et il me parle même de Cotta. Je profiterai de ce délai pour reprendre et compléter mon livre, j'en doublerai les pages, et, dès l< nouvel an, je ferai de nouvelles démarches. J'ai bon espoir Force me sera d'ajourner Lavater au nouvel an. J'ai besoii
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DERNIÈRES ANNEES D INCERTITUDE l'i])
de consulter votre bibliothèque et un livre qui vient de paraître. Ce n'est pas si facile d'être juste dans le même livre envers des natures diamétralement opposées. Les idées m'allluent de tout côté ; j'aimerais mieux composer que biographier. Cependant, je finirai le numéro 2 (le travail sur Lavater) dès que j'aurai embelli, fortifié, placé le numéro 1 (ses poésies .Si Dieu me donne la santé, l'année prochaine sera capitale dans ma vie '. »
« J'aimerais mieux composer que biographier ! » Meyer Senl que sa vraie force est dans la production personnelle. II réprime à peine le bouillonnement de l'impatience. Ce n'est qu'un reste de scrupule qui le pousse à s'imposer l'achèvement de la fastidieuse besogne commencée, avant de s'abandonner sans remords au penchant irrésistible de sa nature.
Même à ses mauvaises heures, l'espoir ne l'avait jamais entièrement abandonné. Dans ses promenades à Zurich avec son ami Rochat, ne se rappelait-il pas pour s'encourager lui-même l'exemple de Camoéns n'atteignant la renommée qu'après soixante ans ?
Maintenant le moment est venu de constater si cet espoir n'était pas trompeur, de réaliser ce qui jusqu'ici n'a été que force latente.
Une lettre écrite de Lausanne à Betsy nous donne une idée des sentiments de confiante énergie qui ont remplacé les abandons d'autrefois : « Je suis pénétré de l'idée de donner enfin à mon individualité son cours libre et naturel, de la laisser devenir un arbre de plein vent et de l'émanciper de tous les espaliers qui l'ont jusqu'ici déformée. Quand je pense à tout ce qui s'est coalisé d'influences néfastes contre moi dans ma jeunesse, à tout ce que, dans ces dernières années encore, j'ai goûté d'amertume, a tout ce qui m'a jeté hors de la voie, à tout ce qui m'a lentement rongé. — il me semble alors, que je dois à un prodige d'être