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LES PREMIERS ESSAIS PERSONNELS l5g
Il accable son protégé du poids touchant de ses encouragements et de ses éloges. De ces Ballades nous ne savons en vérité laquelle est la plus distinguée. Toutes se relisent après qu'on les a lues et se relisenl avec un plaisir nou- \imii. » Passons des louanges du même genre sur celui que la .Musc a marqué de son sceau, sur la langue «le Conrad a la l'ois « exacte, juste et profonde, colorée, simple et transparente », etc. etc.
Retenons au milieu do ce panégyrique quelques express. Vulliemin insiste sur « la haute pensée morale », sur « l'élévation morale », sur« l'inspiration chrétienne » des poésies de Conrad. Il écrit une autre phrase plus caractéristique encore à propos de la pièce intitulée : Siegesfeir am Léman, dont le sujet était emprunté à un tableau de Glevre du musée de Lausanne. Les légions romaines passant sous le joug des Helvètes sur les bords du Léman). « On a dit que ce chant ne rendait pas tout ce qui se trouve dans le tableau de (ilevre. Le reproche est singulier. Le poète s'est bien gardé de chercher à rendre tout ce qu'a exprimé ce peintre ; il avait une tâche différente et il a bien compris la sienne. Elle était de détacher du l'ait qu'il avait sous les yeux la pensée qui le domine, et de la dérouler dans ses strophes jusqu'à sa pleine expression. C'est aussi ce qu'il a fait. Cette pensée, celle (Tune Providence qui veille sur les limites de l'Helvétie, et d'une religion qui défend a l'étranger armé de la franchir, on la retrouve au point de départ de son chant et elle en remplit les dernières strophes. »
Ces éloges n'eussent vraisemblablement que médiocrement flatté le Meyer de plus tard, le Parnassien de Botenlauf àé la leUlinertraube, etc. Il lui eût peut-être semblé qu'ils désignaient précisément la partie la plus critiquable de sa manière passée, la prédominance de l'abstraction éthique sur l'esthétique, la substitution des valeurs {morales de la vie à ses valeurs plastiques. Vulliemin loue Conrad de délai lier « du fait » la « pensée » qui le domine; Meyer s interdira ces inductions comme inconciliables avec l'art:
[6o C.-F. MEYER
il enfermera ce dernier dans l'image, et ne cherchera rien audessus ni au delà de la toile.
Quoi qu'il en soit, Fauteur des Ballades de 1864 fut profondémerit touché de la recension de son vieil ami, dont il ne manqua point cependant d'entrevoir avec clairvoyance l'intention d'encouragement, ainsi qu'en témoignent les lignes suivantes: « Que dois-je dire de votre article sur les vin o-\ Ballades? C'est un chef-d'œuvre de critique et un chefd' œuvre de bonté. A plus d'un passage je me suis senti profondément saisi, me promettant de mettre en œuvre toutes les fibres de mon être pour produire mieux et toujours mieux encore. Il me semblait en effet que l'œil de votre esprit avait comme pénétré et deviné ce que j'avais voulu plutôt qu'apprécié la réalitéde mon œuvre1. »
Deux ans s'écoulèrent, deux ans durant lesquels l'activité littéraire de Conrad ne se manifesta que par quelques poésies détachées, restées sans écho, parues dans le Morgenblaa de Stuttgart, grâce à l'entremise de Pfitzer, et dans une obscure revue suisse : Alpenrosen.
En 1866, nous trouvons Conrad dans la montagne en compagnie de Betsy. Des lettres adressées dans l'été de cette année à Ilœssel et à l'ami d'enfance Fritz von Wyss nous permettent de suivre à la foisses itinéraires et ses rêves littéraires. Conrad retraversait, rame émue, les paysages qu'il avait parcourus, bien (les années auparavant, collégien, sa petite besace sur le dos, en compagnie de son père, dans cette forte excursion a pied qui devait être la dernière de cel homme de bonté et de devoir.
Le frère el la sœur atteignirent l'Engadine par Coire et le col du Julier. Ils firent un petit séjour à Silvaplana, qu'ils
prirent c me centre de rayonnement. Puis la nostalgie de
l'Italie et de son soleil les reprenant, les deux voyageuil passèrent le col de la Birnina et descendirent le cours de l'Adda. La guerre entre l'Autriche etla Prusse venait à peine