Lettre ;'i llœsscl de janvier 1867. 13 r. II. p
œuvre une soif un peu maladive de solitude. Il renonça aux déserts de neige de la montagne; la retraite nouvelle qu'il choisissait était située à Kùssnacht, petit village placé sur la rive orientale du lac à quelques kilomètres seulement de Zurich. L'ermitage restait à portée de la vie et des hommes. Et cependant c'était la solitude; les dernières attaches avec le monde étaient coupées. « Il ne restait plus à Conrad que la vocation qui lui devenait tous les jours plus chère '. »
i. Betsy. Souvenirs.
UÏAPITKE IV
Le 26 avril 1868, Conrad prenait une belle feuille <le papier à lettre portant en vignette l'image de sa nouvelle résidence du Seehof et écrivait à son vieil ami Yulliemin i'épitre suivante toute éclairée de l'optimisme joyeux du propriétaire.
« C'est pour moi un véritable plaisir d'habiter une ancienne maison de campagne zurichoise]; et surtout la hauteur des chambres (12 pieds) peu habituelle dans notre pays m'inspire les sentiments les plus élevés. Très sérieusement faites une course à Zurich, voyez pendant la journée vos amis en ville, puis venez le soir respirer chez moi le bon air et goûter le silence. Je vous le répète, rien ne m'eml pèche de pratiquer ici l'hospitalité telle que vous l'enseignez à Lausanne. De l'espace il y en a dans mon couvent pour y loger tous mes amis, et il est temps maintenant que je pense un peu à rendre toutes les bontés dont mes aimables hôtes, surtout ceux du bord du Léman, m'ont comblé depuis si longtemps. Rendre est grossier, mais j'ai oublié mon français. Quant à Madame, je n'ai rien encore à lui mander, sinon que l'avoir revue et lavoir trouvée si bonne pour moi valait bien la peine d'une course à Lausanne.
« Si je vous envoie ma photographie, c'est que j'avais promis de le faire; elle est bien mauvaise, œuvre d'un artiste d occasion trouvé dans un coin des Grisons ; et puis, je suis un peu comme MUo Escher, je ne peux souf-
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f ri r mon image, j'en suis lu » (souligné dans le texte '
Le Seehof rappelait en tous points la demeure familiale du Stadelhofen quittée par Conrad et Betsy en 1807. C'était la même construction allongée, ayant sa façade la plus étroite tournée du côté de la vue, c'est-à-dire du lac; la seule différence était que, là-bas à Zurich, la Seefeldstrasse s'interposait entre la maison et le lac, tandis qu'ici les fenêtres donnaient directement sur la belle eau bleue. Même disposition d'ailleurs fort simple à l'intérieur : un grand couloir au premier étage traversant la demeure d'un bouta l'autre et sur lequel s'ouvraient de chaque côté les chambres. Cette similitude de plan n'avait rien d'étonnant. Les deux bâtisses avaient pour auteur un certain Lochmann à la fois général et architecte du temps de la guerre de Trente ans.
Le Seehof, qui portait encore sur le linteau de sa porte principale sa date de naissance (1606), avait été autrefois une noble demeure ; le temps avait détruit ou fort endommagé ses beautés; ses sculp'tures de bois s'effritaient; les cuirs dorés qui jadis tapissaient ses murs s'en allaient par morceau. Tel quel, le Seehof avait encore de quoi plaire à une âme d'aristocrate et de conservateur : Meyer y trouvait l'ombre du passé, et aussi ce silence et cette paix dont ont soif les cœurs que froisse le contact de la vie.
.Meyer se plut à façonner sa demeure. Comme beaucoup de natures de sensibilité plutôt féminine, il avait le goût de l'harmonie entre lui-même et les choses. Dans le corridor central, un solitaire et froid couloir revêtu de carreaux rouges, qui donnait à la maison quelque chose « d un cloitre ». nous dit Betsy, Conrad fit accrocher une forte lampe à suspension en métal luisant, pour que la gaieté de sa lueur qu'on voyait de loin et qui brillait « comme une étoile sur les ondes nocturnes du lac » lui souhaitât la bienvenue quand il rentrait le soir à Kussnacht par un des bateaux à vapeur. Cette lampe aimée éclairait aussi ses allées