Cf. appendice critique
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œuvre. Cette critique trop isolée était eu revanche excellente. Gottschall parlait « de cette sobriété, de cette épargne de moyens d'un poète qui sait nous donner en quelques coups de pinceau brefs un tableau, et qui, par cette économie même, provoque plus le lecteur à la contemplation personnelle que ne peuvent le faire les peintures trop achevées et trop complètes ».
Il parlait de ce charme prêté aux poésies de l'auteur par le clair-obscur d'une pensée « qui ne s'exprime qu'à demi et se voile », et encore, — revenant toujours sur cette pudeur d'âme dont c'est l'honneur du critique d'avoir dès 1869 découvert l'importance essentielle dans la personnalité de C.-F. Meyer — de cette impuissance de l'auteur « à exprimer franchement, à traduire au dehors clairement sa personnalité. Celle-ci et toute la Weltanschauung du poète ne transparaissaient que voilées et cà travers l'interposition de tableaux et de récits, ce qui n'allait pas sans prêter à l'œuvre, malgré tout son talent plastique, une sorte de froideur artistique et d'objectivité l ».
Le « talent plastique » ou plus exactement l'augmentation de la qualité plastique, telle était bien en effet la marque du nouveau recueil si on le compare au précédent2. C.-F. Meyer entre résolument dans l'Ecole Parnassienne. La première œuvre portait un incontestable cachet moralisateur, d'ailleurs un peu mou, qui n'avait pas échappé à Gustave Pfitzer. Cette note disparaît, ou du moins s'atténue infiniment dans le second recueil. Meyer renonce au « contenu », à l'intention dans l'art; il cherche, sans y parvenir encore avec la perfection qu'il atteindra plus tard, à nous donner de pures « images » de la vie. Le titre Romanzen it. Bilder n'est-il
1. L'article de Gottschall, paru dans Bhïtter fiir liter. Unterhaltung, 1870, a été eu partie reproduit par Ad. Frey, p. 207 208.
2. Un des plus clairs témoignagnes du progrés poétique accompli entre 1864 et 1869 est 1 appréciation portée par l'auteur lui-mèine sur ses Ballades, trois ans après leur publication. Il accuse leur « maigreur », leur « insuffisance » (so dùrftig sie mir erscheinen) et ajoute : « Vous savez tout le peu de cas que je fais de ces productions ». (Lettre à Hœssel, 4 févr. 1867.
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pas déjà un peu, a lui tout seul, révélateur d'une intention nouvelle de plasticité? Examinons de plus près ce mince recueil. 11 contient des pièces comme : Der Erntewagen (maintenant : Anf Goldgrund). — Der Schône Brunnen (maintenant : Der rômische Brunnen). — Kommet wieder (qui a donné deux poésies ': Gesang des Meeres et Minvenflug). — Die ne 11 a M u se ii (maintenant : Der Musensaal). — Papst Julius. — Michel- A ngelo. — Cœsar Borgia maintenant : Cœsar Borgids Ohnmacht). — Der Mars von /■'/<>■ renz. — Alalante (maintenant : Die Seitenwunde). — DU Dioskuren (maintenant :Der Botenlauf). — Die l'a h ri <l<-s Achilles (maintenant : Der tote Achill). — Alexanders Fest (maintenant : Der trunkene Gotl). — Die Dryade maintenant : Die Dry-as). Certaines pièces comme : Der schône Brunnen et Die gegeisseite Psyché ont pu, ce qu'on ne pourrait dire d'aucune des « 20 Ballades », passer presque sans retouche dans l'édition définitive. Ceci signifie quelque chose pour qui sait la conscience presque maladive avec laquelle l'incomparable orfèvre que fut Conrad- Ferdinand Meyer limait ses pièces, ne se décidant qu'après d'innombrables transformations à les laisser sortir de son atelier.
Ensuite un simple coup d'œil jeté sur les titres ci-dessus nous vaudra une constatation nouvelle : Meyer connaît et exploite deux domaines qu'il n'avait pas touchés dans sa première ouvre : la Renaissance (5 pièces) et la Grèce (4 pièces) l. 11 convient' ici proprement de parler de découverte. L'initiateur a été Jak. Burckhardt. Nous lui devons ici directement le thème (Y Alalante, et, ce qui est intiniment plus précieux, une nouvelle conception de I art en général.
Le recueil des Roman zen n. Bilder se divisait en deux pailics a peu près égaies. La première était intitulée : SU
1. Cf. au contraire la place que tenaient dans le premier recueil l'histoirt Romaine, plus morale, plus » doctrinaire 0 cl le Moyen Age. Lue piè* comme Das Munster iSc Ballade] est caractéristique!
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nuing, la seconde Erzâhlung. C'est dans cette seconde partie composée de Ballades et d'un caractère impersonnel, que se marque — assez naturellement — avec le plus de netteté cette évolution Parnassienne dont nous venons de parler.
La première partie contenait des impressions, des Stimmuugen personnelles. La note dominante en était l'optimisme. Il y a là un souille libérateur de jeunesse, une renaissance, une rentrée en grâce auprès de la vie. Certaines pièces comme Epheu parlent bien clairement de guérison. Le poète s'adresse au lierre :
Lierre, vieil ami de mes murs.
Tu es tout brillant de feuilles nouvelles,
En ces jours de sève et de vigueur ;
Ton vert et silencieux vêtement d'hiver
Comment s'accorde-t-il avec la turbulence joyeuse
Des nouveaux venus, des enfants?
Ami, toute vie possède.
A côté de la vieille feuille, la feuille nouvelle;
Elles verdissent aux côtés l'une de l'autre,
L'une sombre, l'autre toute claire de joie;
Et toutes deux cependant sortent de la même poitrine,
Jaillissent de la même racine.
Peut-on, — sous une forme allégorique — peut-on plus nettement désigner que par ces vers la greffe sur la personnalité ancienne d'une personnalité nouvelle ?
Ailleurs (cler Pfad — maintenant : Die Felswand) un voyageur recule d'abord épouvanté devant une gigantesque muraille de rochers qui lui barre la route. Puis une sorte de mystérieuse attirance (ein geheimer Bann) l'oblige à revenir sur ses pas, vers ce sombre et sinistre chaos de blocs qu'il explore dans tous les sens. Enfin il aperçoit le mince filet d'un sentier serpentant vers les hauteurs ; son regard le suit et maintenant l'horreur de ce désert de pierres ne l'effraye plus; « le sentier est le trait d'union entre l'abîme et les sommets ». C'est la libération de Conrad devant le destin
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dressé à l'enlrée de sa vie comme une roche impitoyable1!
Sans doute le poète a encore de mauvaises heures, des heures où il souffre [Im Walde III — maintenant : Abendroth Im Walde) d'autres aussi, les plus sombres de toutes, où le passé l'appelle, veut l'attirer vers le gouffre dans lequel il faillit sombrer. Une des pièces les plus poignantes de G. -F. Meyer est cette Schwùle où le poète exprime l'attraction étrange et maladive de la mort. Sur le lac il croit entendre s'élever du fond de l'eau la voix de sa mère quij elle, ne résista pas à l'appel mauvais et charmeur, et maintenant veut entraîner son fils à partager avec elle le grand repos.
Tentons sur la rédaction définitive que recevra cette pièce une traduction de ces vers à titre simple de « compte rendu » et sans avoir l'illusion de rendre l'intensité d angoisse obscure, le charme indéfinissable, troublant et morbide de l'original :
« Le lourd jour d'été s'est éteint obscurément ;
Le bruit de mes rames résonne mat et triste.
Etoiles, étoiles — le soir est venu
Etoiles, pourquoi ne paraissez-vous plus?
La vie est blême, blême la paroi de la roche,
Roseau que murmures-tu de cette mauvaise voix d'angoisse ?
Le Ciel est loin, l'abîme est près, —
Etoiles, pourquoi n'apparaissez-vous pas ?
Une voix aimée, une voix chère m'appelle,
M'appelle constamment du fond de l'eau —
Arrière, spectre qui me lis signe si souvent!
Etoiles, étoiles, n'ête9-vous donc plus là?
Enfin, enfin, à travers la nuit perce —
Il était temps ! — une faible el tremblante clarté
Car je ne savais plus ce qu'il advenait de moi ; Etoiles, étoiles, restez toujours près de moi.
Ilàtons-nous de dire que de pareils accents sont l'exception dans le recueil de 1870. La tonalité générale est l'opti-
1. ('A'. Pentheus daus les Gedichte. Cf. également : Les souffrances d'un
ru faut
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iiiisme et un optimisme d'une qualité spéciale de légèreté et de grâce. Ce n'est pas sans raison que tant de pièces du recueil portent le titre de Frùhlingslufte à tel point que railleur qui tenait à son titre a été obligé — et la sécheresse toute scientifique de ce classement dans un livre de vers n'est pas à l'abri de la critique ! — de numéroter toutes ces « brises de printemps » [Frùhlingslufte /, Frùhlingslufte II. cf. également Auf de m See (/, //, ///, IV), Im Walde (/. //, II L IV). Et, de fait, le souille et la grâce de la Primavera traverse le recueil. Quelle fraîcheur de brise, quelle limpidité et quelle légèreté d'atmosphère dans « Tag schein'herein u. Leben flich hinaus ! l » ! La pièce ouvre le recueil, donnant ainsi comme en-tête et si l'on peut dire comme égide à l'œuvre nouvelle un des plus clairs hymnes île jeunesse qui soit sorti de la plume de l'auteur.
Quelle mélodie d'eau chantante, quelle grâce de rythme dans le merveilleux nocturne qu'est Auf de m See2 (maintenant : eingelegte Ruder) !
A l'impression d'incontestable progrès plastique, à la sensation de grâce optimiste et légère que nous laisse le recueil de 1870, il faudrait ajouter pour être complet, un accent très personnel de délicatesse un peu morbide. Une pièce comme « Im Walde I » (maintenant Sonntags) en donne assez bien idée. Le poète connaît au fond de la forêt un étang solitaire dont le silencieux miroir, de toutes parts protégé par la verdure, n'a jamais reflété les « ardeurs du matin » ni « l'illumination des soirs » et vers la nappe dormante duquel l'attire le mystère d'un « amour secret ». Un jour qu'il rêve sur ses bords, des cris, des clameurs, les rires d'une bande joyeuse viennent tout à coup troubler et profaner la retraite sacrée.
Etang, cache ton miroir, un danger te menace!
Je n'en veux point à la jeunesse des éclats brutaux de sa joie