‹ C.F. Meyer; sa vie, son œuvreChapitre 7 sur 177 · Belsj Mej er, Souvenirs · texte numérisé non relu

Belsj Mej er, Souvenirs

L ENFANCE iq

G'étail Arnold de Melchthal, les Nibeltmgen, Charlemagne et ses preux, Roland et Berthe. Et tout le fracas étincelant des armes et des hauts laits, tout le flamboiement héroïque de cette époque de géants revivait dans la petite cervelle exaltée de l'enfant. Quand, le dimanche, le chœur des cloches s'ébranlait dans la bonne ville de Zurich, le petit Conrad entendait, dans son imagination peuplée de merveilleux, les bndes sonores des bourdons de cathédrale chantant le sacre de Charlemagne; dans cette tête d'écolier, c'était un long défilé de pourpres, d'armures et de gloire, une apothéose féerique du grand Passé Impérial.

De ces rêves d'enfant, de ces merveilleux voyages de l'imagination, il restera quelque chose chez C.-F. Meyer écrivain. Dans toutes ses œuvres revivra l'impérialisme gibelin, l'Allemagne souveraine et universelle, — et puis aussi un certain goût d'autocratie représentative, d'éclat de cour, de pouvoirs absolus, de beaux tyrans...

Ainsi coulait l'enfance du jeune Conrad et de sa sœur; elle se laissait aller au fil des jours, sans notion du temps, dans le repos berceur de l'inconscience. Dehors, un grand jardin, de la verdure, du plein air, un champ illimité de jeux et. d'explorations; dedans, un intérieur charmant, où aucune gronderie, aucune difficulté, aucun surmenage d'études n'étaient à craindre, où la vie semblait faite pour devoir s'écouler indéfiniment entre les livres d'images et les conversations de l'heure du thé.

« Vraiment, nous n'eûmes point à nous plaindre, écrit Betsy, en fait d'air, de lumière, et de liberté, nous fûmes toujours comblés; jusqu'à la mort de notre père, nous eûmes une jeunesse exceptionnellement favorisée, des jours limpides, lumineux, abrités, sans une ombre1 ».

« Il nous manquait, à un point inouï, effrayant, toute espèce de plan d'avenir, tout instinct d'arrivisme" ».

i . Betsy. Souvenirs.

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