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i.ullri 1 s ,s 1 , Br. I. p. ; \o.
'>. Bibl. Univ., 'I<c. 1899.
Pour ce qui est de l'état d'àme du solitaire, écrira un jour Meyer à Keller à propos de Hutten, vous me concéderez que je le connais suffisamment Br. I. p. '290.
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ce n'est point le Hutten de 1020, celui de « Vadiscus », l'étincelant polémiste dont l'âpre ironie domine un moment le grand conflit de Rome et de la Réforme, non, c'est le soldat blessé de ioa3, celui que repousse Erasme, qu'oublient ses amis, que ses anciens compagnons de lutte mettent au rancart « comme une arme brisée1 », celui qui vient abriter sur les bords obscurs d'un lac suisse son agonie physique et la détresse plus douloureuse encore de l'ancien lutteur qui voit gronder autour de lui la bataille dont il n'est plus-. Toute cette fin de la vie de Hutten est d'une infinie mélancolie; Meyer goûtera toujours la poésie douloureuse des belles vies d'hommes brisées.
Une étude de détail de la vie de l'humaniste du xvie siècle nous montrerait du reste ailleurs que dans la fin de sa carrière, plus d'un trait par où Meyer pouvait sympathiser. Comme Meyer, Hutten fut « emboîté » de force dans des études qui ne lui convenaient pas (le droit), comme lui, il fut un errant, à la recherche sur les grandes routes du monde de sa substance intellectuelle ; comme lui, il fut un ardent, un fiévreux et un sensible ; comme lui, il connut les épreuves physiques et à ce titre, a droit à la sympathie générale que Meyer a accordée à tous les « Dulder » ; comme lui enfin il souffrit de cette dédaigneuse considération qui pèse siliceux qui n'entrent point dans le rang, qui n'ont ni fonction ni position sociale. En sorte que, positivement, il serait diilicile de décider auquel du « raté » du xvie siècle ou du « raté » du xix'. la vie avait donné le plus de titre à écrire cette délicieuse satire du « Xemo » où Hutten se plaint et se glorifie à la fois de n'être « personne », de ne point posséder une <!•■ ces personnalités de bon aloi que donnent les diplômes tarifés et les emplois classés. Peut-être cette sympathie intime pour la personne de Hutten entraina-t-elle Meyer à prêter à son héros des accents trop subjectifs1. La vérité
i. « Wie fin halbzertrùmraert Kriegsgcriith » {Hutten XXXIV . i « Mich rùhrte sein einsames Erlôsehen wahrend ohne ihn die Reformation weiter kàmpfte » [Mein Erstling).
historique du portrait a pu subir de ce chef une inconsciente déformation. Meyer ne nous a-t-il pas confessé qu'à ses yeux, même dans le tracé d'une figure historique, il n'y avait point « d'objectivité complète ' » ?
Des critiques récents ont été sévères à la science de Meyer historien. On a reproché au poète d'avoir trop vu en Hutten le précurseur des hommes d'Etat contemporain-, ouvriers de l'unité allemande ; et pas assez l'humaniste, l'érudit de la Renaissance. Cette critique nous paraît exagérée. Car enfin le « Yadiscus » ne nous montre-t-il pas précisément en Hutten l'impérialiste, le rêveur d'une Allemagne une et indépendante ? On a ensuite reproché à Meyer d'avoir prêté à son héros le regard d'un voyant, d'un prophète, d'avoir fait prédire par le polémiste du xvie siècle la guerre de 1870. Il est certain que ces « vaticinia post eventum » sont condamnables. Mais il faut ici tout de suite ajouter à la décharge de Meyer que les passages où ce défaut éclatait le plus nettement ont été supprimés par la main même de l'auteur -.
Les derniers jours de Hutten, tels qu'ils s'offraient en 1871 au public, étaient une belle œuvre. C'était la révélation d'un artiste fièrement doué. Il y avait là des vers impérissables, d'une admirable netteté d'empreinte, d'une incomparable force massive. Celui qui pouvait frapper de pareilles pièces était un maître graveur ! C'est l'honneur de Meyer et la plus claire preuve de son étonnante souplesse esthétique, de son extraordinaire don « d'adaptation », d'avoir pu écrire Hutten un an après les Romanzen u. Bilder et quelques années avant le Saint, d'avoir pu être si âpre après avoir été si tendre, si simple avant d'être si subtil. Et ce n'est pas ici virtuosité de plume, mais souplesse de tempérament. Meyer porte la même sincérité dans ses œuvres si diverses; seulement l'écrivain tire ici avantage de la suggestibilité de
1. Cf. Appendice critique. Lettre à Bovel, déc. 1860. Br. I, lai. ■2. Ibidem.
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l'homme. C'est la pierre de touche de certaines altérations de la personnalité que la trop facile adaptation à L'individualité d'autrui. Meyer n'épouse si facilement et même si ardemment la personnalité étrangère que précisément parce que la sienne est peu marquée; la débilité du tempérament se trouve ainsi convertie en force littéraire.
La plus grande beauté de Hutten à notre sens est peutêtre moins encore la force que l'incomparable tonalité de mélancolie qui est répandue sur toute l'œuvre. Le poète a ici réalisé cette difficile gageure : la mélancolie dans la virilité d'accent. Kinkel écrivait en 1872 à Meyer: « J'ai relu votre Hutten avec une profonde émotion ; je n'ai jamais pu, sans larmes, arriver à la fin \ »