Bitsv. Souvenirs, pp. i6i-i
principes reconnus comme les seuls valables par Meyer lui coûtera toujours un effort : « Ce n'est, écrit Ad. Frey, que par l'énergique représentation morale d'une scène, à force de la regarder, que Meyer arrivait à la voir plastiquement, à en déchiffrer les lignes, les traits, les couleurs essentielles l. »
Le séjour de Venise, pour être ramené à sa valeur exacte, ne doit pas être considéré comme une révélation; ce fut bien plutôt un aboutissement, la confirmation dernière et sans appel de vérités lentement mûries. Deux esprits avaient ouvert les voies : Fr.-Th. Vischer et Jak. Burckhardt. Tour mesurer le chemin parcouru depuis le début, faisons appel à la mémoire de Betsy.
Les toutes premières productions poétiques de son frère étaient, raconte-t-elle, de légères ébauches, sans contact avec li réalité, fragiles, incertaines, « aériennes » d'une inconsistance de « fantômes » (Schemen). Il leur manquait à un degré fondamental cette solidité matérielle, cette « pesanteur substantielle » [Kôrperliche Schwere) que Meyer devait plus lard inscrire en tête de son credo poétique.
Puis vint une seconde erreur ; à un art trop volatil»' d'adolescent succéda un art abstrait: Meyer moralisa. « C'est plus vigoureux, mais ce n'est pas encore beau, disait l'auteur; ce n'est pas de la vraie poésie-. » Ad. Frey nous a transmis quelques monuments de cette période : les fragments d'une nouvelle intitulée Clara, déplorablement secs et froids, (la narration directe étant perpétuellement brisée par des intercalations de réflexions personnelles de l'auteur qui explique son œuvre plus qu'il ne la raconte) et des sortes de proverbes, de sentences de vague philosophie morale.
Ce fut ce cercle dans lequel Meyer restait enfermé que les deux esprits dont nous venons de parler, Vischer et Burckhardt, aidèrent à briser. Meyer a dit lui-même « la lumière
i . Frey. p. 282.