Belsy, Souvenirs, p
3. La légende «lu début ; le cœur céleste du Ti.tlis ; l'intermède de lutta; la vif conjugale de Engel ; les c vocations » de ses quatre enfants el leun carrières, les amours de Kurt l'ainé et de I.isbeth, sa rivalité avec le Iunker W'olfenschi'-ss. son dépari dans l'armée du comte de Habsburg; les succès du « commerçant » Benedikl à Lucerne ; les progrès scolastiques du moine Beat dans son couvent ; les destinées d'artiste moribond du dernier, Werner, le retour de l'armée de Kurt et sa mort tragique dans le torrent); enfin la t ransfiguration d'Angela.
VENISE i21
lion du détail? Sans doute, il y a de charmants vers dans Engelberg, des vers mélodieux et faciles auxquels les torrents d'avril des Alpes ont communiqué un peu de leur fraîcheur sonore. La musique de la montagne est aimablement rendue dans cette petite œuvre. Mais cette grâce mélodieuse est-elle assez puissante pour nous faire passer sur un défaut pénible : l'insupportable fadeur qui s'attache à la description des personnages et principalement du personnage central, Angela ? Jamais, heureusement, G. -F. Meyer ne devait plus écrire de ce style mou et mièvre, d'une préciosité tendre. Ces mignardises sentimentales, auxquelles le lecteur se résigne au début, sachant qu'il est en plein domaine séraphique, finissent par mettre à l'épreuve sa patience. Il y en a trop ! L'auteur abuse de la qualité angélique de son héroïne. Angela minaude avec le torrent (p. 18). « L'œuvre de prédilection » de cette « grande jeune fille svelte toute pâle de visage et délicate comme les clochettes de mars dans les crevasses humides » est de cueillir des fleurs (p. 35). Les papillons viennent se poser sur sa nuque (p. 55). Nous voudrions citer toute la scène d'amour entre Angela et Kurt, entre autres le déplorable passage où, après avoir planté comme ornement dans la chevelure de sa « fiancée » une des ilèches d'acier de son carquois, le sentimental chasseur la cache dans son sein en disant : « Celle-là a bien fait son devoir; elle a percé deux cœurs au vol1. » (Voir encore le tendre badinage de la page 56.)
Le biographe Ad. Frey nous rapporte que deux figures ont flotté devant la mémoire de C.-F. Meyer pendant la composition de son œuvre : la nièce de David Hess, le « Schwànlein », objet de l'adoration adolescente du poète, et le mystique peintre Deschwanden, spécialiste de tableaux religieux d'une fade banalité de chromo-lithographie. Ce serait là une explication de la sentimentalité molle, comme aussi du caractère inconsistant, irréel, du poème.
i. « Verrichtet hat sein Amt er brav, Da cr im Flug zwei Horzcn traf ».
L'œuvre en somme est médiocre; chose singulière : née en plein domaine d'art latin, inspirée par un tableau vénitien {YAssunta du Titien) — elle a une allure germanique et musicale.
L'influence du séjour à Venise a cependant laissé ici même sa trace. Le résultat de cet hiver italien s'est, pour ainsi dire, fixé en deux points.
Il faut d'abord noter, comme le passage peut-être le plus intéressant du poème, le morceau qui met en parallèle et pour ainsi dire, aux prises, la conception germanique et la conception romane de l'art dans la personne du Suisse Woerner, l'adolescent moribond, fils d'Engel et de Kurt, et de l'artiste Welsche au « regard de flamme », « aux cheveux bouclés », venu de par delà les monts. Le Suisse porte son regard vers l'Au-delà ; la mort « reine des épouvantes» (Dec Kônig aller Schrecken . plane sur sa pensée et sur son œuvre. Ce n'est qu'au delà du seuil de l'existence terrestre que luit à ses yeux le « règne de joie des élus » Due Freudezeii der Frommen). Le Welsche interrompt irrité ce discours désenchanté par la fougueuse réhabilitation des droits de la vie, par l'apothéose des beautés de la terre1.
La perfection, il la cherchera non dans la résignation morale, mais dans le domaine de l'art; il « l'arrachera à la pierre » [Ich selbst Kann nicht vollkommen heissen, Drum *<•/// ich's keck dem Sleïn enlreisseii). Dans cette profession de foi vibre une sorte de défi matérialiste.
L'influence du positivisme vénitien se manifeste sur un second point : dans l'idée philosophique, l'idée-mère tin poème. Voici trois lettres successives de Meyer, écrites H quelques jours d'intervalle, qui peuvent nous éclairer sur cette idée.
Janvier 1872 (à Vulliemin). — « Je suis dans ce moment occupé d'une nouvelle création qui aura pour titre : Engelr berg, une légende. Epoque : commencement du xiv" siècle;