‹ C.F. Meyer; sa vie, son œuvreChapitre 95 sur 177 · Frey, p · texte numérisé non relu

Frey, p

\ . Die Trauindeutiing. Voir l'ingénieux commentaire donné de c< par le Dr Sadgcr, et les conclusion;- qu'il en lire touchant une inconscient? aspiration des sens. La thèse de 1' 0 unbewusste Erotik », entièrement arbfc

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de Conrad se réalisèrent : il eut le carrosse, c'est-à-dire L'aisance, la situation extérieure; il eut la femme et la moustache. Celle-ci ne devait pousser qu'à cinquante ans ! Tous trois lui donnèrent le sentiment intime d'assiette morale, l'assurance dont sa faiblesse avait besoin

Il faut ici nous représenter Conrad sur sa terre de Kilehberg. Une lettre citée plus haut nous avertit qu'il a acheté cet h1 propriété cent mille francs, à la date du 17 janvier 1877, 0 M. Ott. C'est un fort joli chalet avec un beau paie et une admirable vue, situé sur la crête de t'Utliberg, qui sépare la tallée de la Sihl du lac de Zurich. Le vagabond est fixé ; l'imaginatif pris dans le solide réseau de la vie pratique. Celui que le « Biïrgeretat » — liste civile — de Zurich ne mentionnait si longtemps que sous la dédaigneuse appellation de « Literat » — homme de lettres — est un propriétaire, un « Gutsbesitzer », avec tout ce que le terme comporte de titre à la considération auprès d'un peuple qui aime les catégories sociales bien définies. L'assurance joyeuse du propriétaire parle bien haut dans toutes les 'lettres écrites par Conrad aussitôt après son mariage. A Mm0 Vulliemin il écrit : « Chère Madame, vos aimables lignes me rappellent tant d'anciens et heureux moments passés près de vous, que j'ai mauvaise grâce à vous dire l'impossibilité où je suis de vous tracer à la hâte autre chose qu'un mot d'amitié et de reconnaissance. C'est cependant la vérité. J'ai à bâtir, j'ai à gouverner tant bien que mal une petite terre, j'ai des dettes. j'ai des visites, toutes les fois qu'il fait beau temps, j'ai une femme à aimer, j'ai des libraires à mes trousses, j'ai une correspondance littéraire assez étendue qui me fâche quelquefois et m'ennuie toujours, j'ai des critiques à faire pour mes relations, amis d'Allemagne qui m'envoient leurs livres et qui sont bien étonnés quand je dis et que j'exprime le peu de bien que je pense de leurs écrits. J'ai la passion du grand art et je ne sais si je suis de taille à y atteindre

traire à notre sens dans la généralité systématique que lui donne son auteur, semble ici assez défendable.

jamais. Tout dernièrement, à la lecture de la notice biographique de Xaville sur Micheli, j'ai eu, un moment, l'indicible désir d'une vie plus simple et plus paisible ; mais ce n'est pas maintenant qu'il faut reculer, et je me sens quelque vigueur pour vaincre ces attendrissements. J'ai relu les Souvenirs de mon cher et vénéré ami, et, au chapitre Un rêve, je m'écriai tout haut : « Moi, je ferai mon Charlemagne. »

« Ma sœur est revenue d'Italie en fort bonne santé. Nous l'aurons en août. Embrassez pour moi M. Vulliemin, s'il le permet, et croyez-moi : votre Conrad. »

P. -S. — « A propos de Conrad, je me suis fait donner civilement par décret municipal mon nom littéraire de Conrad* Ferdinand l. »

A II. Lingg : « J'aspire vraiment à vous voir ici; j'ai des ombrages, de grandes pièces ; nous causerions si bien, un verre de bière à la main!.. Je suis vraiment, entre nous, aussi heureux que me le permettent ma nature et l'agencement de cette planète 2. »

A Alfred Meissner : « Depuis que je porte ma propre terre âmes semelles, j'ai pris une sorte de raideur et d'assurance suisses [eine Art Schweizertrotzkopf) qui, ou bien ne me réussira pas du tout, ou me portera résolument en avant :;. »

La métamorphose est grande depuis le temps où, âgé dfl trente ans, Conrad Meyer écrivait les pauvres lettres déprimées de renoncement que nous connaissons : « J'espèrij que tôt ou tard il se trouvera une place ; ou que ce soit, je m'y enterrerai ; je tâcherai alors d'avoir un goût quelconque, ne fût-ce que celui des échecs, et vous n'entendrez parler • le moi, ni vous, ni personne \

Maintenant qu'il est propriétaire, son temps est un peu éparpillé par ses nouvelles obligations, ses visites, ses

i. Lettre de juillet 1877J texte français. Bill. Univ., déc. 1899.

I uiii 1 876. Br. [I, p ig • .

S. Nov. 1877. Br. II, p. 27 ;.

.',. Br., I. u ;.

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constructions. Il se sent débordé. 11 ne cesse dans ses lettres ée se lamenter sur la presse qui bouscule ses journées. Il écrit au bas d'une lettre à H. Lingg : « Vae possidentibus ! » Mais que de joie — - à peine masquée — exulte sous ces Lamentations! la joie de la vie dense et pleine.

Le mariage fait une coupure nette dans l'existence de G.-F. Meyer. Nous avons,. à partir de i<S;.">, une antre ligure morale et physique devant nous, un autre personnage Pareille métamorphose à cinquante ans a quelque chose [l'incroyable ! Son œuvre, et particulièrement ses vers, en sont la poétique attestation. Non seulement Meyer, dont l'élaboration artistique a jusqu'ici été si pénible, entre maintenant, et maintenant seulement, dans la vraie période de productivité, mais la nature de son œuvre change. Il écrit Fûlle, Morgenliecl, etc. La partie la plus jeune de son œuvre est celle qui est composée après cinquante ans. Cette extraordinaire renaissance lut embellie par la claire conscience qu'en eut le poète. Lisons les beaux vers de Tag schein herein uncl Leben flieh hinaus.

« J'étais enchaîné par un lourd sortilège.

Je ne vivais pas. Je gisais pétrifié dans le rêve.

De tous ces milliers d'heures perdues

Se gonfle l'ardente sève de mon Présent.

Pour faire jaillir du sol obscur la verte moisson,

Il ne faut que le soleil et la rosée.

Je sens que mille germes se lèvent en moi 1. »

Si nous ne craignions d'employer des termes médicaux a propos d'une transformation — qui aussi bien fut physiologique dans son essence, — nous dirions qu'à une période « d'inhibition » succède une période « d'euphorie ». Meyer, dont la maigreur était auparavant telle qu'un photographe lui donnait l'amical conseil de revêtir avant l'épreuve un

i. La pièce Tag schein herein und Leben flieh hinaus existe déjà dans le recueil de 1870 Rontanzen u. Bilder mais ce qui nous importe c'est que levers ci-dessus n'y sont point ! La comparaison des deux poèmes est bien instructive, au point de vue de l'évolution de leur auteur.

paletot pour paraître plus « étoffé », Meyer devient corpulent. Son écriture se métamorphose. Après d'extraordinaires variations qu'il est infiniment curieux de suivre, elle acquiert d'un coup son caractère définitif. Parmi les causes qui influèrent favorablement sur l'équilibre physique de G. -F. Meyer, nous pensons pouvoir compter, d'abord, « l'extériorisation » à la fois par les soucis matériels (bâtisses] aménagements...) et surtout parla sociabilité dont sa situation nouvelle lui fait des devoirs1; puis, la satisfaction de l'amour-propre, la fierté, comme l'écrit formellement Betsyj « d'aller reprendre son rang avec honneur dans ces cerclai zurichois dont il ne s'était détaché qu'à contre-cœur » ; enfin. — pourquoi ne pas le dire ? — le mariage en lui-même, l'appel de la vie, d'autant plus puissant peut-être que Meyel est par nature un concentré, un timide. « Vous comprendrez que la vie réclame maintenant ses droits », écrit-il, en septembre 1870, à Hermann Lingg avec une franchise rare chez cet épistolier circonspect.

La caractéristique des trois œuvres prochaines qu'il nous donnera (le Coup de feu en chaire, 1878, le Saint, 18791 Piaule au Couvent, 1881), le trait d'union entre les trois jalons de la période la plus équilibrée de son existence, sera un optimisme nuancé d'ironie et de sensualité. « L'ironie, écrit un jour C.-F. Meyer, est le vrai thermomètre de la force ; elle emporte tout ce qui est mou et faible. »

La première des trois nouvelles, le Coup de feu en cliuiir, parut au printemps de 1878 dans une petite revue locale, le Zùrcher Taschenbuch. C.-F. Meyer s'est expliqué, dans une lettre à Vulliemin, sur les conditions dans lesquelles naquit l'œuvre : « Ces messieurs de Zurich m'ont demandé quelque chose d'amusant, et, notez, quelque chose d'amusant qui fui en même temps du cru. Je leur ai répondu que j'avais biei un sujet tics l'utile, à la vérité, et qui, pour être supportable, demandait à être traité un peu follement. « Le voulez-vous

1. Le 11} février 1876. il accomplit avec sa femme quarante visite--, comme nous le raconte M. Langmcsser.

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à vos risques et périls? » leur ai-je demandé, et ils m'ont dit que oui l. »

Voici le sujet de cette bluette. Le vicaire Pfannenstiel, desservant d'une paroisse imaginaire des bords du lac de Zurich, Utikon, est un excellent jeune homme, haut sur jambes, très naïf, avec de doux yeux bleus et de légers cheveux blonds que le vent ébouriffe facilement. Il est ardemment épris de la jolie Rahel, la fille du pasteur Werdmùller de Mythikon, — encore une paroisse dont le nom dénote tout de suite l'origine légendaire; — mais en même temps il est désespéré, car son amour se heurte à l'insurmontable obstacle d'une trop grande différence de position sociale entre lui et l'objet aimé. D'ailleurs, le supérieur hiérarchique de Pfannenstiel, le brave pasteur Rosenstock, avec lequel nous le voyons en conversation au début de la nouvelle, ne contribue point à lui rendre l'espoir. « Mon pauvre Pfannenstiel ! Rahel est une fille de hobereau; elle n'épousera qu'un hobereau ! C'est un petit échec d'amour-propre ; mais console-toi; moi aussi j'ai essuyé plus d'une rebuffade de ce genre: je ne m'en porte pas plus mal ! » Cependant. 1 amoureux désespéré ne l'entend pas de cette oreille. « Il lui manque la couche de graisse qui amortit les battements du cœur de son confrère. »

Alors, il veut prendre la chose au tragique. Puisque la vie le refuse, il se jettera dans les bras de la mort. Il se monte la tète, s'échauffe l'imagination. Une place d'aumônier est libre là-bas, dans le Levant, très loin, dans les pays de dangers et de fièvres. Il va la briguer. Le bon vicaire, qui ne compte jusqu'ici comme campagnes que de copieuses et pacifiques a dissertations », nous offre le type délicieux de l'intellectuel changé en mouton enragé, et qui, soulevé par une sorte de fièvre héroïque d'abnégation, veut quitter son vrai royaume, les rayons de sa bibliothèque, pour foncer tète basse dans le tourbillon de la vie. Celte sorte de

i. DOc. 1877. tcxlc français. Bibl., Univ., duc. 1899.

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romantique nostalgie du danger, ce vertige d'action vont se briser d'amusante façon contre le pire ennemi de toutes les adaptations factices, de tous les « moi » d'emprunt, l'ironie. Il se trouve que c'est au général Werdmuller *3 oncle et parrain de Rahel, sorte de soudard voltairien qui a puisé dans vingt ans de campagne à travers toutes les contrées du globe la connaissance immédiate de la vie et des hommes, que le pauvre Pfannenstiel doit adresser sa demande. L'accueil du soldat est pour la timidité du vicaire, et plus encore pour son héroïsme factice, la plus glaçante des douches : « Mon pauvre ami, votre charpente physique n'est point suffisante. Le premier soudard venu de Leipzig ou d'Iéna en imposera plus à mes hommes que votre bonne face de saint Jean. Sortez-vous cela de la tête... Mais que diable ! restez ici, chez vous. Regardez donc autour de voua Comptez-moi tous les clochers du lac, cette vraie Terre Promise des pasteurs ! Pourquoi donc, morbleu ! seraient tracées les paisibles voies des vies bourgeoises, si ce n'était pour servir de carrière aux mortels qui vous ressemblent? Mon pauvre ami. vous ne vous doutez pas du muscle qu'il faut pour manier souverainement la vie! »

Mais Pfannenstiel n'est point au bout de ses amertume* L'ironique général veut décidément s'amuser de sa naïveté et lui l'ait croire que ce qui lui a nui auprès de l'objet aimé, c'esl un manque d'attitude virile. Le vicaire est consterné» Il confesse humblement qu'il n'est jamais arrivé à mettre une balle dans la cible, alors que la belle Rahel fait mouche a tout coup. Toute sa foi en lui-même s'écroule!

Cependant, le lendemain de sa conversation avec le général, et après une nuit fiévreuse d'insomnie, il veut tenter un dernier coup. Puisque la mort ne veut pas de lui. qu< offres héroïques sont tournés en dérision, il va essayer le

i. Le Werdmuller de la nouvelle n'est, en quelque sorte, que la continuation » du lieutenant Werdmuller de lenatsch ■ les deux | offrent les mêmes traits de caractère, appartiennent au même type psychologique.

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moyen suprême recommandé par le général comme infaillible auprès du beau sexe, se montrer un homme, en impo ser. 11 quitte au pas de course la demeure de Werdmùller, franchit d'un bond la clôture du presbytère où demeure la belle Rahel et se présente à sa flamme, une sorte d'audace eomique dans les yeux, — l'audace désespérée des timides, — Le cheveu hirsute, l'air .égaré, la soutane veuve de bouton-. Cette fois encore, ce sera l'ironie qui sera la bonne rectificatrice des vains efforts pour revêtir un moi factice.

Toutefois la seconde leçon sera moins dure que la première : le rire sortant d'une bouche aimée perd tant de sa cruauté ! La douce Rahel confesse son ami : « Comment ? Mais qu'a-t-il fait? Que signifient cet air tragique et ces boutons arrachés? Vite du fil et une aiguille pour réparer le désordre ! » Et c'est dans une attitude qui n'a plus rien d'héroïque, confiant sa soutane maltraitée à l'aiguille et aux douces mains de ménagère de sa chère Rahel, que le vicaire confesse ses aventures, sa conversation avec le général, sa tentative pour essayer d'en imposer par une attitude d'énergie. Maintenant, et devant le regard droit de ces jolis yeux, !<■ moi factice est tombé. Don Quichotte a disparu, il ne reste plu- (pie Pfannenstiel ! 11 fait si bon dans le petit jardin du presbytère ! tant de bonheur s'abrite dans la verdure de ses tonnelles ! l'été chante ; les guêpes dansent de belles rondeautour des fruits mûrs. Et la douce Rahel, moitié rieuse, moitié émue, laisse tomber ces paroles profondes : « Parrain — c'est le général — a été méchant envers vous ; mais il a eu raison de vous détourner de votre rêve d'aventure 'il ''rient. Vous vouliez sortir de votre vraie nature, et il vous y a ramené — en se moquant de vous1! Aussi pourquoi changer ? Vous me plaisez tel que vous êtes, tout juste tel. »

Et tout s'arrange, grâce a un stratagème du malicieux général, qui est. au fond, un bourru bienfaisant, et ne veut que

i. Jolie «pression du texte : « er liât Eue h heimgespottet. a

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le bonheur des deux amoureux. Ce stratagème, qui n'est pas l'essentiel du récit, mais qui lui donne son titre, est le suivant : le général "YYerdmiiller sait que l'obstacle à l'union rêvée des deux jeunes gens est l'absence d'une position sociale suffisante du côté du vicaire Pt'annenstiel. Si ce dernier possédait le titre de pasteur, par exemple, tout s'arrangerait. Werdmùller a une idée diabolique. Il sait la passion de son cousin le curé de Mythikon pour la chasse et le tir. Il lui apporte une paire de pistolets, des chefs-d'œuvre d'armurerie ancienne. Ces deux pistolets jumeaux se ressemblent à s'y méprendre; la seule différence entre eux est * j ne la détente de l'un est d'une extrême douceur, tandis que l'autre, rouillé, s'oppose de façon rebelle aux plus vigoureux efforts de l'index pour le faire partir.

Le curé de Mythikon examine les deux armes avec la tendre complaisance du connaisseur. Cependant, les cloches de l'église sonnent l'heure du service divin. Profitant d'un départ précipité, le général substitue habilement au pistolet rouillé son frère jumeau tout chargé. Dans la chaleur du prune, le bon pasteur Yerdmuller, sans méfiance, et dans l'innocente conviction qu'il a en poche l'arme rouillée, presse sur la détente d'un geste machinal. Violente détonation, nuage de fumée ! Stupeur indignée des paroissiens de Mythikon! Après une pareille aventure, l'infortuné pasteur n'a qu'à donner sa démission. Le malicieux général le dédommage en lui abandonnant son terrain de chasse. Le bon Pt'annenstiel prendra le titre de pasteur de Mythikon, et, doté d'une solide position, épousera sa chère Rahel.

Condamnation passée sur la mesure d'invraisemblance de l'aventure, — invraisemblance atténuée par tout le caractère résolument burlesque de l'œuvre, — le trait essentiel de ce petit récit, c'est sa limpidité optimiste. La tonalité générale est celle de la Versôhnung, avec tout ce que ce mot. très expressif et difficilement traduisible, exprime de sérénité apaisante, d'indulgence à la vie. On sent que l'auteur a l'ait sa paix avec l'existence, qu'il a pris le parti de l'accepter el

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d'en rire. Et cet optimisme vrai est peut-être le trait qui rapproche le plus cette nouvelle de la manière de Relier1.

Cette parenté est double ; elle se retrouve dans le fond et dans le détail. Nous parlions à l'instant de la leçon de vie qui se dégage du Coup de feu eu chaire^ de l'ironie latente de l'existence correctrice des moi factices. N'est-ce pas l'enseignement même des Gens de Seldwyla ? Et la formule dans laquelle Meyer faisait tenir la « pensée essentielle » de l'œuvre de Keller : « Prendre son parti de la vie et savoir être soi-même — Sich zu bescheiden und sich selbst zu sein "■ » ne se trouve-t-elle pas résumer à merveille la philosophie de l'aventure du candidat Pfannenstiel ? Les points de contact dans le détail du récit seraient une certaine brutalité d'expression, une certaine verdeur locale de langage, et, plus encore, le caractère circonstancié, minutieux, du burlesque3.

Et, cependant, bien des différences séparent même ici C.-F. Meyer de son grand émule : d'abord, le caractère artificiel de l'œuvre, où, malgré une sorte de faux naturel, tout est délibérément construit, calculé, et dont toute spontanéité estbannie;.ensuite le caractère de « Bildungsmensch » dont l'auteur n'arrive point à se débarrasser. Malgré la meilleure bonne volonté d'atteindre le caractère « peuple » et immédiat, à travers la crudité de l'expression, il n'y parvient point; il n'est décidément pas le peintre des petites gens. Ses brutalités de langage' laissent l'impression d'un placage. C.-F. Meyer est un homme du monde qui s'évertue à parler argot en conser vant ses gants. Il n'arrive pas à être local, il reste cosmopolite et humaniste. Dans cette nouvelle zurichoise, il est fait men-

i. « Auch meine ich dass Ihr fcsler Glaube an die Giite des Daseins die hôchste Bedeutung Ihrer Schriften ist. » Lettre de Meyer à^iottfr. Keller, juillet 1899. ^r- I- P- 3°7-

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