‹ C.F. Meyer; sa vie, son œuvreChapitre 96 sur 177 · Br. II, p. 5i · texte numérisé non relu

Br. II, p. 5i

3. Cf. par exemple, le testament grotesque du général. Werdmùller .1 emprunté bien des traits au Landolt des Zùrcher Novellea.

i. Der verreckte Schwarze — sic soffen ihn unter den Tiscbs — Schweinchund. — in einem Bettninkel krepieren.

D'Harcourt. is

j-\ C.-F. MEYER

tion de Rubens, de Giambellini '*, des Mille et une nuits, de William Shakespeare. Werdmûller a sur sa table une édition d'Aide Manuce ; son serviteur nègre s'appelle Hassan, par une réminiscence de Namouna ; Othello est cité; enfin il va, épars dans l'œuvre, au moins quatre ou cinq rappels deYOdyssée. La Stimmung antique etspécialementhellénique domine. Les évocations de mythologie grecque sont constantes. Le candidat Pfannenstiel, démasqué derrière le tronc d'arbre qui le dissimulait, sent l'impossibilité de se réfugiai sous l'écorce « comme une Dryade » ; le général Werdmùfc 1er compare sa jolie nièce à une nymphe ; Pfannensthl m Rahel, sous les tonnelles du presbytère de Mylhicon, sorti devenus des « bergers des bosquets d'Arcadie » ; le candidat Pfannenstiel, en entendant les coassements des gr«* nouilles de l'Au, pense aux plaintes mélancoliques « des marais de l'Aehéron » ; les grenouilles elles-mêmes reprennent le chœur d'Aristophane « Brekekex, coax, coax »: G. -F. Meyer parle des « faunes et des satyres » de l'Au, etc. Nous trompons-nous en pensant que c'est YOdyssée ;> — nous savons que c'était un des livres de chevet de Meyer — qui a communiqué à ce petit récit la limpidité de lumière dans laquelle il est pour ainsi dire baigné? Que l'on relise l'Amnlette ou lenatsch, et l'on verra combien l'atmosphère y e«1 opaque, septentrionale, en comparaison de celle qui éclair»' la villa de Werdmûller ou le presbytère de Mythikon. Meyer rencontre pour la première fois dans le Coup de feu en chaire

i. Meyer ne peut s'empêcher de montrer sa • culture ». Il faut <|ti il caractérise, par une sorte de petit « Yortrag » artistique, la technique en tableau que Pfannenstiel a sous les yeux dans la demeure <\r Werdmûller : « La toile était d'un Flamand ou d'un Espagnol de la bonne époque qui venait alors à yine de se fermer : elle avait ci s tons chauds que les modernes ont perdu

■i. Voir les métaphores spéciliquement homériques : « Le Krachhald demanda s il pousserait de l'avant ou s il reculerait, tel un pilote que la temsurprend sur un lac » : Après quelques instants d'angoisse la soil

d'aventures qui son iille dans tout cœur d'homme commença à exercer sur

Pfannenstiel son mystérieux pouvoir. Tel un baigneur se précipite daM l'onde qu'il a d'abord tâtée du bout du pied en frissonnant,. . o etc.

LE FOYER

la qualité de lumière qui met en valeur le profil des chosi et des gens. L'auteur spécifie, des Le débul de sa nouvelle, qu'elle sera éclairée par la lumière du Midi : « Les premiers jours de la vendange avaient été les plus b< aux de l'année; l'haleine tiède du Fôhn avait, à sa façon, idéalisé ces montagnes de neige et ce lac suisse, en Taisant de la ligne de sommets des premières un grand trait de lumière continu et paisible, et en prêtant au second le beau coloris foncé d'un golfe du Sud, comme s'il lui avait plu, dans un caprice, de transporter par delà les Alpes un paysage bachique, un fragment d'Italie. »

Quelle fut l'impression produite sur les cercles zurichois par la publication du Coup de feu en chaire ? Beaucoup détournement et un peu de scandale. L'étonnement allait a cel aspect tout nouveau d'optimisme et de gaieté qui se révélait chez un homme et chez un auteur qu'on n'avait connu que grave (Hiïtlen, Engelberg, V Amulette, lenatsch). Louis Vulliemin écrivait à son protégé : « Mais où donc mon cher Conrad, avez-vous pris tant de gaillardise ' ? » L'auteur lui-même se rendait compte, en s'en étonnant un peu. du contraste paradoxal qui existait entre le fond ancien de son caractère et cette manifestation nouvelle. « J'ai composé là, écrivait-il à Wille, quelque chose d'un peu fou, qui au fond ne va pas à ma physionomie2. » Quant au léger scandale, il était causé par la nuance de sensualité ironique qui se révélait dans la nouvelle. L'aventure du candidat Pfannenstiel était agrémentée de petits traits qui furent jugés irrespectueux à l'endroit du clergé. G. -F. Meyer se permettait quelques sourires sur la rigidité naïve et innocente du vicaire de Mythikon \

i 1- ivy, p. 3 1 5.

Lettre d'août 1877. Br. I, p. 167.

t. Voirie passage où l'excellent être sent s'éveiller eu lui un homme no.u-

la vue du tableau représentant la maîtresse orientale, de Wertmûller,

smu rêve, le passage où le vieux. Krachhalder rappelle avec indignation le

cas du jeune pasteur « qui adressait des clignements d'yeux amoureux à sa

(iancée par-dessus le Saint-Ciboire » elc...

-2-G C.-F. MEYEH

« Le Coup de feu en chaire, écrivait-il à Yulliemin, a ici bien fait rire, mais a, je le crains, aussi choqué plus d'un honnête homme ignorant de l'art pour l'art. » Il eut à se défendre, de façon assez comique, contre les reproches d'anticléricalisme de son vieil ami Fritz von Wyss1. Les bons Zurichois avaient peut-être tort de s'indigner; ils ne se trompaient pas tout à fait en voyant dans le Coup de feu en chaire la manifestation d'une âme nouvelle.

Dans le même printemps de 1878, C.-F. Meyer traça, dans le feuilleton de la Neue Zùrcher Zeitung (16 et 18 marsfc le portrait de Louis Yulliemin. C'était une dette de reconnaissance envers l'homme dont la bonté avait soutenu et affermi sa jeunesse dans sa période la plus critique. Ces deux articles donnaient un joli aperçu de la physionomie de l'érudit vaudois à la fois comme écrivain et comme homme. C.-F. Meyer louait les deux volumes de /' Histoire de la Confédération suisse, leur brièveté lumineuse et pleine, et quelques monographies (Chillon, le doyen Bridel, le journaliste Steinlen) ; il parlait aussi des voyages de jeunesse de l'auteur, puis de la sérénité limpide de sa vieillesse dans sa retraite entourée de Mornex, de cette quiétude d'âme qui lui faisait désormais préférer « les eaux bleues du Léman aux lointains océans ». L'esquisse venait à son heure ; une année plus tard, elle n'eût point trouvé vivant celui auquel elle procura une si douce joie. Louis Yulliemin s'éteignit ejB 1879 à l'âge de quatre-vingt-deux ans. Sa femme, dont nous avons plus haut effleuré le rôle de douce, presque maternelle conseillère à l'égard de celui qui n'était alors que le « pauvre Conrad », sa femme devait lui survivre de quelques années. Et ainsi ne se trouva pas réalisé le vœu que Yulliemin exprimait un jour, au bas d'une lettre à son protégé, comme l'unique souhait de sa vieillesse : « Ma femme et moi n'avons plus qu'un vœu, celui de Philémon et Baucis, mourir le même jour. »

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