Y. lettre à Wyss, Br. I
LE FOYER
Quelques jours après l'essai biographique paru clans la Neue Zurcher Zeitung, C.-F. Meyer écrivait, à Pâques 1878, à Mme Vulliemin qu'il venait de terminer son nouveau roman le Saint. Il ajoutait : « C'est, vous le verre/, Thomas Becket, mais assez singulièrement tourné (sic)1 ». Plus d'une année entière devait encore s'écouler avant que l'œuvre parût. Le Saint ne fut envoyé qu'en mai 1879 à Julius Rodenberg, le directeur de la Deutsche Rundschau, qui, à partir de cette date, devait avoir la primeur de toutes les œuvres de Meyer
Cette nouvelle, la plus profonde et la plus pénétrante de toute l'œuvre de Meyer comme analyse, nous offre l'occasion de dire quelques mots sur la façon dont notre auteur concevait la part de collaboration du psychologue dans le roman historique.
Il a, dans une conversation dont le résumé parut dans la Neue Ziïrcher Zeitung (16 septembre 1894 3), comparé sa tâche à celle du laboureur qui, une fois son champ circonscrit, doit « le retourner, le fouiller, de telle façon qu'il donne son maximum de rendement, que pas une, même la plus petite, de ses ressources cachées n'échappe à l'œil du propriétaire ». Cette opération aura pour résultat « de rapprocher » de l'artiste, « humainement parlant, les personnages historiques dans leur façon de penser, les conceptions de leur époque, leur manière de sentir, leurs faiblesses, leurs passions ».
« Les traits de détail, rencontrés souvent par hasard, ont parfois ici le plus grand prix; ils peuvent nous faire voir que certains actes historiques, qui semblent ne point cadrer avec le caractère général de leur auteur, eussent bien pu avoir d'autres mobiles que ceux que leur assigne l'histoire. Cette simple possibilité suffit au poète — et il en a le droit — pour, le cas échéant, prêter à son héros quelqu'un de ces mobiles non consignés dans l'histoire, mais que légitime
. 1 Dibl. Univ., 1899.
"i. Sauf Les souffrances d'un enfant.